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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200142

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200142

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, Mme A C, épouse B, représentée par Me Madrid, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2021 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte de 50 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la préfète du Loiret a omis d'étudier de manière approfondie sa situation en considérant qu'elle pouvait revenir de manière régulière sur le territoire français dans le cadre de la procédure de regroupement familial et a ainsi méconnu l'étendue de ses compétences ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de motifs exceptionnels et/ou humanitaires ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 6 juin 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est tardive et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Tournier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 21 décembre 1982, est entrée sur le territoire français le 16 mars 2020 selon ses déclarations munie d'un visa Schengen délivré par les autorités consulaires portugaises à Alger valable du 1er mars 2020 au 4 avril 2020. Le 12 décembre 2020, elle s'est mariée avec M. B, ressortissant algérien titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 9 mars 2025. A la suite de ce mariage, elle a sollicité des services de la préfecture du Loiret son admission exceptionnelle au séjour. Par la décision attaquée du 10 août 2021, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure attaquée.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Loiret du 27 juillet 2021, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret " à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit donc être écarté.

Sur la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Dès lors, la préfète du Loiret n'avait pas à examiner la demande de titre de séjour de Mme B au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions à l'appui de sa requête. Par ailleurs, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que la préfète du Loiret, sans méconnaître l'étendue de ses compétences en indiquant que Mme B avait la possibilité de revenir en France par le biais de la procédure de regroupement familial, a apprécié l'opportunité d'une mesure de régularisation de l'intéressée dans le cadre du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose.

4. En deuxième lieu, Mme B se prévaut de son mariage, le 12 décembre 2020, avec M. B, compatriote titulaire d'un certificat de résidence d'algérien valable jusqu'au 9 mars 2025. Elle soutient que sa cellule familiale composée de son mari et de leur fille née le 4 octobre 2021, soit postérieurement à la décision attaquée, ne peut se recomposer en Algérie, où son époux n'aurait plus aucune attache, dès lors qu'il réside en France depuis plus de vingt-sept ans et qu'il y a ses attaches en la personne de ses enfants issus d'un premier mariage. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'attester des liens que M. B aurait conservés avec ses enfants et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il bénéficie en France d'une situation professionnelle stable et ancienne. Enfin, la circonstance que M. B dispose d'un certificat de résidence d'Algérien de dix ans et réside en France depuis plus de vingt-sept ans ne l'empêche pas de s'établir en Algérie, pays dont il a la nationalité, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans, dont son épouse est également originaire, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans, de sorte que, eu égard à l'ensemble de ces éléments, la cellule familiale pourrait s'y reconstituer. Enfin, compte tenu du caractère particulièrement récent de la vie commune des époux B, rien ne fait obstacle à ce que Mme B retourne dans son pays et y sollicite le bénéfice du regroupement familial. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B et la préfète du Loiret, en prenant la décision attaquée, n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme B.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la décision faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La préfète du Loiret, en prenant la décision attaquée, n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'elle a portée sur les conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de recevoir soulevée par la préfète du Loiret tirée de la tardiveté de la requête, qu'il convient de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 20223, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

Stéphane D

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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