jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200143 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CALENGE GUETTARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 janvier 2022 et le 12 juillet 2022, l'association One Voice, représentée par Me Moreau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 20 novembre 2021 en tant que le préfet de Loir-et-Cher a refusé de procéder au retrait des animaux d'espèces non domestiques détenus par M. C et Mme B ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de produire le rapport d'inspection intégral réalisé en 2021 s'agissant de l'établissement exploitant des animaux d'espèces non domestiques géré par M. C et Mme B ;
3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder au retrait conservatoire des spécimens de psittacidés détenus par M. C et Mme B et de les confier à l'association One Voice ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- les conditions de détention des animaux contreviennent aux dispositions des articles L. 214-3 et R. 214-17 du code rural et de la pêche maritime ;
- elles contreviennent aux dispositions des articles L. 413-2 et R. 413-9 du code de l'environnement et aux prescriptions de l'arrêté préfectoral du 1er juin 2007 autorisant l'ouverture de l'établissement mobile de présentation au public d'animaux vivants d'espèces non domestiques, de l'arrêté préfectoral du 10 septembre 2015 autorisant l'extension de cet arrêté ;
- les psittacidés encore détenus par M. C et Mme B doivent être retirés en application des articles L. 171-7 et L. 171-8 du code de l'environnement et des articles L. 214 et suivants et R. 214-17 et suivants du code rural et de la pêche maritime.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- par un arrêté du 28 octobre 2021, il a procédé à la fermeture de l'établissement ;
- par deux arrêtés du 31 janvier 2022, il a prononcé le retrait de tous les certificats de capacités détenus par M. C et Mme B ;
- les moyens soulevés par l'association One Voice ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à M. C et Mme B, représentés par la SCP Calenge Guettard, qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- et les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 8 septembre 2021 reçu par le préfet de Loir-et-Cher le 20 septembre 2021, l'association One Voice a demandé, d'une part, que lui soient confiés à titre définitif l'ensemble des animaux d'espèces non domestiques détenus par M. C et Mme B et à défaut de les inviter à s'en dessaisir de toute urgence auprès d'un établissement zoologique et, d'autre part, qu'il soit procédé au retrait de l'ensemble des certificats de capacité et des autorisations d'ouverture pour toutes les espèces non domestiques. Une décision implicite de rejet de sa demande est née le 20 novembre 2021. Toutefois, par arrêté du 28 octobre 2021, le préfet de Loir-et-Cher a retiré l'arrêté d'autorisation d'ouverture de l'établissement détenant des animaux d'espèces non domestiques détenue par M. C et Mme B et, par des décisions du 31 janvier 2022, le préfet de Loir-et-Cher a également retiré tous les certificats de capacités dont ils étaient titulaires. Dans le dernier état de ses écritures, l'association One Voice demande principalement au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet en tant que le préfet a refusé de procéder au retrait des animaux d'espèces non domestiques détenus par M. C et Mme B.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 413-2 du code de l'environnement : " I. - Les responsables des établissements d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques, de vente, de location, de transit, ainsi que ceux des établissements destinés à la présentation au public de spécimens vivants de la faune locale ou étrangère, doivent être titulaires d'un certificat de capacité pour l'entretien de ces animaux. II. - Par dérogation au I, les professionnels ressortissants d'un Etat membre, de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen sont dispensés de la possession du certificat de capacité s'ils exercent leur activité de façon temporaire et occasionnelle en France () ". Aux termes de l'article R. 413-8 du même code : " L'ouverture des établissements d'élevage, de vente, de location ou de transit d'animaux d'espèces non domestiques, ainsi que des établissements fixes ou mobiles destinés à la présentation au public de spécimens vivants de la faune locale ou étrangère, fait l'objet d'une autorisation préalable dans les conditions définies par la présente sous-section () ". Et, aux termes de l'article R. 413-9 du même code : " Les caractéristiques auxquelles doivent répondre les installations fixes ou mobiles ainsi que les règles générales de fonctionnement ou de transport et les méthodes d'identification des animaux détenus sont fixées par arrêtés conjoints des ministres chargés de la protection de la nature et de l'agriculture, après avis du Conseil national de la protection de la nature. Ces arrêtés peuvent exempter d'une partie de leurs dispositions certaines catégories d'établissements, notamment en raison du faible nombre d'animaux ou d'espèces qu'ils hébergent, dans la mesure où ces exemptions ne portent pas atteinte aux objectifs de protection de la nature et des animaux. "
3. Les dispositions précitées sont exclusivement relatives aux établissements détenant des animaux d'espèces non domestiques et aux autorisations d'ouverture de ces établissements, dont ne sont d'ailleurs plus titulaires M. C et Mme B. Par suite, l'association requérante ne peut utilement soutenir que les conditions de détention des animaux contreviendraient à ces dispositions.
4. En deuxième lieu, l'association requérante ne peut pas davantage utilement prétendre que la détention des animaux n'est pas conforme aux dispositions des arrêtés préfectoraux du 1er juin 2007 et 10 septembre 2015, autorisant M. C et Mme B à ouvrir un établissement mobile de présentation au public d'animaux vivants d'espèces non domestiques et un établissement d'élevage d'ursidés non ouvert au public, ces arrêtés ayant été expressément abrogés par l'article 3 de l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 28 octobre 2021.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut, en outre, ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 45 000 € par le même acte que celui de mise en demeure ou par un acte distinct. Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. () II.- S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8 aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision. III.- Sauf en cas d'urgence, et à l'exception de la décision de mise en demeure prévue au premier alinéa du I du présent article, les mesures mentionnées au présent article sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. " Aux termes de l'article L. 171-8 du même code : " I. - Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : () 3° Suspendre le fonctionnement des installations () jusqu'à l'exécution complète des conditions imposées et prendre les mesures conservatoires nécessaires, aux frais de la personne mise en demeure () ".
6. Il résulte de ces dispositions que le préfet peut mettre en demeure un exploitant de régulariser sa situation mais qu'elles ne l'autorisent pas à procéder au retrait d'animaux détenus, une telle mesure relevant d'un pouvoir de sanction lequel ne peut être mis en œuvre qu'après l'édiction d'une mise en demeure. Par suite l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'erreurs de droit et d'appréciation en ne procédant pas au retrait des psittacidés sur le fondement des dispositions précitées du code de l'environnement.
7. Enfin, aux termes de l'article L. 214-3 du code rural et de la pêche maritime : " Il est interdit d'exercer des mauvais traitements envers les animaux domestiques ainsi qu'envers les animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité. Des décrets en Conseil d'Etat déterminent les mesures propres à assurer la protection de ces animaux contre les mauvais traitements ou les utilisations abusives et à leur éviter des souffrances lors des manipulations inhérentes aux diverses techniques d'élevage, de parcage, de transport et d'abattage des animaux. Il en est de même pour ce qui concerne les expériences biologiques médicales et scientifiques qui doivent être limitées aux cas de stricte nécessité. " Aux termes de l'article R. 214-17 du code rural et de la pêche maritime : " () Si, du fait de mauvais traitements ou d'absence de soins, des animaux domestiques ou des animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité sont trouvés gravement malades ou blessés ou en état de misère physiologique, le préfet prend les mesures nécessaires pour que la souffrance des animaux soit réduite au minimum ; il peut ordonner l'abattage ou la mise à mort éventuellement sur place. Les frais entraînés par la mise en œuvre de ces mesures sont à la charge du propriétaire. () "
8. Il résulte de l'instruction que, à la suite de la condamnation prononcée par le juge pénal à l'encontre de M. C et Mme B, des mesures de régularisation ont été prises. A cet égard, il est constant que la volière des psittacidés a été réalisée et que les psittacidés possèdent des cages intérieures et des volières extérieures qui ont été aménagées dans de meilleures conditions. Lors de la dernière visite de juin 2021, les constatations faites et dont il est possible de prendre connaissance à la lecture du rapport nonobstant l'existence de mentions occultées, permettent de retenir que les conditions de vie de ces animaux sont considérées comme conformes en termes d'aménagement et de nourrissage. Enfin, l'association ne justifie pas d'éléments précis permettant de caractériser une situation de danger pour ces animaux de nature à justifier la remise de ces derniers à un sanctuaire ou une association. Par suite, et à supposer même que les dispositions du code rural et de la pêche maritime citées au point précédent permettent au préfet d'ordonner aux détenteurs des psittacidés de remettre ces animaux, une telle mesure n'est en l'espèce pas justifiée. L'association requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que le préfet devait en application de ces dispositions procéder au retrait des psittacidés détenus par M. C et Mme B.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à titre d'injonction, sans qu'il soit besoin d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de produire le rapport d'inspection réalisé en 2021 non occulté s'agissant de l'établissement exploitant des animaux d'espèces non domestiques géré par M. C et Mme B.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'association One Voice au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
11. Dès lors que la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées sur ce fondement doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association One Voice est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice, au préfet de Loir-et-Cher, à M. C et à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026