jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET DUPLANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 janvier 2022, 10 décembre 2022 et 30 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 23 août 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil en sa qualité de demandeur d'asile, depuis le 23 septembre 2020 jusqu'au mois de novembre 2022, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles 37 et 35 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il ne peut être regardé comme ayant été " en fuite " ni même comme s'étant soustrait aux exigences des autorités chargées de l'asile au sens des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que le directeur de l'OFII n'a pas apprécié sa situation de vulnérabilité ;
- elle méconnait l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il se trouve effectivement en situation de vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en ce qu'elle le prive d'un niveau de vie digne et est disproportionné au regard des prétendus faits à l'origine du refus.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 6 juillet 2022 et 5 janvier 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement UE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lacassagne a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant afghan né le 31 décembre 1998, déclare être entré sur le territoire français le 7 septembre 2019. Il a déposé une demande d'asile le 16 septembre 2019 à la préfecture des Yvelines enregistrée et le même jour, a accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui étaient offertes par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). La consultation du fichier européen Eurodac ayant révélé qu'il avait sollicité antérieurement l'asile en Allemagne, la demande d'asile a été placée en " procédure Dublin " et le préfet du Loiret a assigné l'intéressé à résidence en vue de son éloignement vers ce pays. Le 3 février 2020, M. D a refusé d'embarquer pour un vol à destination de l'Allemagne, dans le cadre de l'exécution de son transfert et a, par suite, été déclaré en fuite. Par une décision en date du 23 septembre 2020, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 23 juillet 2021, M. D a sollicité l'asile et, par un courrier du 6 août 2021, a demandé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII. Par une décision du 23 août 2021, le directeur général de l'OFII, après avoir constaté que l'intéressé n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge par cet établissement et après avoir examiné ses besoins et sa situation personnelle et familiale, a refusé de faire droit à cette demande. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. "
3. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues ou retirées, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
4. En l'espèce, en premier lieu, M. D soutient qu'il ne s'est pas soustrait aux autorités chargées de l'asile et que, s'il a pu ne pas se présenter à ces autorités à une occasion donnée, il s'agissait d'un fait isolé qui ne justifiait pas, à lui seul, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui soit retiré. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces émanant de la police aux frontières produites en défense par l'OFII que l'intéressé a refusé de quitter le local d'attente pour effectuer son embarquement dans le vol à destination de l'Allemagne, pays vers lequel il faisait l'objet d'un arrêté de réadmission, le 3 février 2020 à 14h35, caractérisant ainsi une volonté de se soustraire à ses obligations. Par suite, et alors même que l'intéressé n'aurait méconnu aucune autre obligation auxquelles il avait consenti, il n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII ne pouvait considérer qu'il rentrait dans les prévisions du 3° de l'article L. 551-16 cité au point 2.
5. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.
6. En troisième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a pu bénéficier le 16 septembre 2019, d'un entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile. M. D a signé le même jour le formulaire d'évaluation des besoins du demandeur d'asile, a été informé que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être suspendu, retiré ou refusé conformément aux dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et coché la case " je certifie avoir été évalué par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dans une langue que je comprends avec le concours d'un interprète professionnel ". A l'issue de cet examen, la situation de vulnérabilité a été cotée 1 sur une échelle de 0 à 3. Dans le cadre de la procédure contradictoire précédant le retrait des conditions matérielles d'accueil, l'intéressé n'a transmis aucune observation à l'OFII.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le 6 août 2021, M. D n'a pas fourni d'éléments de nature à démontrer son état de vulnérabilité. Si, après la décision litigieuse du 13 août 2021, l'intéressé a produit une attestation en date du 16 novembre 2020 indiquant qu'il a recours aux subsides dispensées par des associations de secours depuis trois mois, une autre attestation de Mme B du 27 septembre 2022 faisant état de sa vulnérabilité et des ordonnances médicales de 2019, 2020 et 2022, ces pièces, qui n'ont pas été portées à la connaissance de l'OFII avant la décision attaquée, ne sont en toute hypothèse pas circonstanciées. Elles sont dès lors insuffisantes pour établir l'état de vulnérabilité du requérant, né le 31 décembre 1998, célibataire et sans enfant.
8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'OFII a méconnu les dispositions de L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
9. Il résulte, enfin, de ce qui a été dit ci-dessus que M. D n'est, en tout état de cause, pas fondé à prétendre que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil méconnait les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en ce qu'il le prive d'un niveau de vie digne et est disproportionné au regard des prétendus faits à l'origine du refus.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est fondé ni à demander l'annulation de la décision attaquée ni, par voie de conséquence, qu'il soit enjoint à l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais irrépétibles. Sa requête doit donc être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Anne-Laure PAJOT
Le président-rapporteur,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026