vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200165 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2022 et le 29 juin 2022, M. D A, représenté par Me Yela Koumba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit pour défaut d'examen particulier de sa situation en ce que la préfète n'a pas examiné sa demande au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 le prévoit et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a évoqué son lien de filiation avec son père de nationalité française en des termes soupçonneux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 16 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires et son avenant, signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Yela Koumba, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité sénégalaise, né le 13 novembre 2001, est entré en France, selon ses déclarations, en décembre 2020 muni d'un visa " tourisme " délivré par l'ambassade d'Italie. Le 23 août 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 janvier 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. L'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, notamment les articles
L. 423-12 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire de M. A. La préfète du Loiret mentionne la situation personnelle du requérant, à savoir que son père est de nationalité française, qu'il n'est pas entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de type D de longue durée, qu'il est célibataire, que sa mère et ses frères résident au Sénégal. Si M. A soutient que la préfète n'a pas cité l'accord franco-sénégalais signé le 23 septembre 2006 ni l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle était tenue de se fonder dessus, une telle argumentation relève davantage du moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation lesquels seront examinés ci-dessous. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord susvisé relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Sénégal du 23 septembre 2006 modifié, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". Ces stipulations, qui renvoient à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021, à la date de l'arrêté litigieux. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du code. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".
5. Aux termes de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 412-1, préalablement à la délivrance d'un premier titre de séjour, l'étranger qui est entré en France sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ou qui, âgé de plus de dix-huit ans, n'a pas, après l'expiration depuis son entrée en France d'un délai de trois mois ou d'un délai supérieur fixé par décret en Conseil d'État, été muni d'une carte de séjour, acquitte un droit de visa de régularisation d'un montant égal à 200 euros, dont 50 euros, non remboursables, sont perçus lors de la demande de titre. Cette disposition n'est pas applicable aux réfugiés, apatrides et bénéficiaires de la protection subsidiaire et aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-22, L. 426-1, L. 426-2 et L. 426-3. Le visa mentionné au premier alinéa tient lieu du visa de long séjour prévu au dernier alinéa de l'article L. 312-2 si les conditions pour le demander sont réunies. "
6. Il ne résulte pas de ce qui précède que l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 impose de manière systématique à l'autorité administrative d'examiner les demandes au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'est pas expressément saisie d'une demande de titre sur le fondement de ces dispositions. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée et de la fiche de renseignements complétée par le requérant que ce dernier a présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-12 du même code et n'a en revanche pas coché la case " admission exceptionnelle au séjour ". Enfin, les dispositions de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 5, ne visent ni expressément ni exclusivement les étrangers qui sollicitent leur régularisation à titre exceptionnel. Dès lors, M. A ne saurait justifier par la seule production d'une attestation d'acquittement de la somme de 50 euros au titre du droit de visa de régularisation, de ce qu'il aurait expressément sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce nonobstant la circonstance que cette attestation mentionne -maladroitement- que le droit à régularisation est associé à l'admission exceptionnelle au séjour. Enfin, l'autorité administrative n'étant jamais tenue d'office de faire usage de son pouvoir de régularisation, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen particulier de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "
8. Il résulte de ces dispositions que l'obtention d'une carte de résident pour les enfants étrangers d'un ressortissant français, âgés de dix-huit à vingt et un ans ou qui entrent dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qui sont à la charge de leurs parents, est subordonnée à la production d'un visa de long séjour et à la régularité du séjour. Il est constant que M. A n'est pas entré sur le territoire français muni d'un visa long séjour, celui-ci alléguant notamment qu'il était muni d'un visa " tourisme " délivré par l'ambassade d'Italie au Sénégal. S'il établit avoir acquitté, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, un droit de visa de régularisation en produisant notamment le timbre fiscal délivré à son nom le 24 août 2021, le respect de cette obligation fiscale ne permet pas à l'étranger de se prévaloir, lors du dépôt de sa demande, de la possession du visa de long séjour requis pour la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète du Loiret n'a pas entaché son arrêté d'erreur de droit en refusant de lui délivrer une carte de résident sur le fondement du
L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il n'était pas détenteur d'un visa de long séjour.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.
10. Si M. A soutient qu'il vit avec son père, de nationalité française, qu'il a entrepris des démarches pour intégrer une formation professionnelle et pour s'inscrire à des ateliers sociaux linguistiques et informatique pour l'année 2021/2022, il ne justifie toutefois pas, par ces seuls éléments, d'une insertion sociale et professionnelle suffisamment stables. En outre, il ressort des pièces du dossier que sa mère et ses trois frères résident dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations conventionnelles citées au point précédent ne saurait être accueilli.
11. En dernier lieu, si M. A soutient que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en évoquant sa filiation en des termes douteux et soupçonneux, il ressort toutefois des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la filiation du requérant avec M. B A n'a jamais été remise en question, l'arrêté relevant que : " il n'a pas démontré être à la charge effective de Monsieur A B, demeurant à Sartrouville (Yvelines), son ascendant de nationalité française ". Par suite le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Les conclusions de M. A aux fins d'injonction doivent, par voie de conséquence, être également rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
La rapporteure,
Anne-Laure C
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Martine DESSOLAS
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026