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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200197

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200197

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET SAMIRA BENMERZOUG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2022, M. A C, représenté par Me Benmerzoug, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2021 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de Français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient qu'il remplit les conditions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré en France de manière régulière muni d'un titre de séjour slovène en cours de validité et qu'il est marié depuis le 10 avril 2021.

Par un mémoire enregistré le 2 mars 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 19 juin 1990 portant application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 relatif à la suppression graduelle des contrôles aux frontières ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien qui s'est marié avec une ressortissante française le 10 avril 2021 a, le 27 avril suivant, déposé une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Par une décision 17 août 2021, le préfet de Loir-et-Cher, qui a classé sans suite sa demande de titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français, doit être regardé comme ayant refusé de délivrer à M. C le titre de séjour qu'il sollicitait. M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes du 2° de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit " au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à un ressortissant algérien marié avec un ressortissant de nationalité française est conditionnée par son entrée régulière sur le territoire français.

3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Dès lors, les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet de Loir-et-Cher s'est fondé ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, le préfet, qui soutient dans son mémoire en défense que la condition d'entrée régulière est rappelée dans l'article 6 de l'accord franco-algérien, doit être regardé comme demandant une substitution de base légale fondée sur le 2° de cet article. Il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale dès lors que celle-ci n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'application de l'un et l'autre texte.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien : " Sans préjudice des stipulations du Titre I du protocole annexé au présent accord et de l'échange de lettres modifié du 31 août 1983, les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises. / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

5. D'autre part, selon l'article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". Aux termes de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au 1er décembre 2017 : " L'article L. 531-1 est applicable à l'étranger qui, en provenance du territoire d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, est entré ou a séjourné sur le territoire métropolitain () sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité () ". Aux termes de l'article R. 212-6 du même code, dans sa rédaction applicable à la même date : " L'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse n'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français : / 1° S'il n'est pas assujetti à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Ou s'il est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, qui a été délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois, la déclaration doit être souscrite par les résidents d'Etats tiers qui sont désignés par arrêté du ministre chargé de l'immigration ".

6. Il résulte de la combinaison de ces stipulations et dispositions qu'un ressortissant algérien, lequel est soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois, n'est dispensé de la déclaration mentionnée à l'article 22 de la convention de Schengen que s'il est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990.

7. M. C soutient qu'il est entré régulièrement en France le 1er décembre 2017 en provenance de la Slovénie muni d'un titre de séjour délivré par ce pays, valable du 22 novembre 2017 au 22 mars 2018. Toutefois, ce titre de séjour a été délivré pour une durée inférieure à un an. Le requérant était donc soumis à l'obligation de déclaration d'entrée en France prévue par les stipulations de l'article 22 de la convention de Schengen. Or, il n'est pas établi ni même allégué que celui-ci a effectué une telle déclaration. Par suite, il ne peut être regardé comme justifiant d'une entrée régulière. Le préfet n'a donc pas entaché sa décision d'illégalité en rejetant la demande de titre de séjour du requérant pour défaut d'entrée régulière sur le territoire français.

8. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, sont inopérants.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 17 août 2021 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

Hélène B

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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