jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CALENGE GUETTARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 24 janvier 2022, le 23 février 2022, le 12 avril 2022, le 29 juillet 2022, le 28 janvier 2023, et un mémoire enregistré le 22 janvier 2024, non-communiqué, M. C et Mme C, représentés par Me Pigot, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler les arrêtés du 28 juillet 2021 et du 11 juillet 2022 par lesquels le maire de Valencisse a délivré à l'Entreprise individuelle D G un permis de construire et un permis de construire modificatif portant sur deux hangars agricoles sur un terrain situé au lieu-dit " Lourière " sur la commune nouvelle de Valencisse et la décision rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune nouvelle de Valencisse une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire initial :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente faute de justifier d'une délégation de signature régulière ;
- le dossier de demande ne comporte pas les documents exigés en application de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme alors que le projet constitue un établissement recevant du public ;
- le dossier de demande est incomplet au regard de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme en ce que :
o il ne rend pas compte de l'état initial du terrain et de ses abords et ne précise pas quelles sont la végétation et les éléments paysagers existants ;
o il ne fait pas mention du traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ;
o il ne localise ni les accès, ni les zones de circulation et de stationnement ;
o il ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux lieux avoisinants, notamment la ferme de Thomassière et la ferme de Lourière ;
- le dossier de permis de construire ne comporte aucune indication sur les modalités d'évacuation des urines et déjections des animaux si bien que le permis de construire méconnait l'article 156 du règlement sanitaire départemental du Loir-et-Cher ;
- le dossier est entaché d'inexactitude quant à sa localisation en raison de l'imprécision des références cadastrales ;
- l'arrêté méconnait les articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;
- il méconnait l'article A11 du règlement du PLU.
En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire modificatif :
- le dossier de demande est incomplet en ce que, à supposer que le projet porte désormais sur des bâtiments agricoles non destinés à accueillir du public, il ne fait pas mention de la modification de la destination du bâtiment initialement à vocation d'activité économique ;
- le permis de construire modificatif aurait dû faire l'objet d'une consultation préalable pour avis du préfet de Loir-et-Cher ;
- les modifications induites par le projet autorisé par le permis de construire modificatif en changent la nature et devaient faire l'objet d'une nouvelle demande de permis de construire ;
- le projet ne régularise pas le vice tiré de la méconnaissance de l'article A1 du PLU.
Par des mémoires enregistrés le 9 mars 2022, le 14 avril 2022, le 23 juin 2022, le 9 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 2 mai 2023 non-communiqué, l'Entreprise individuelle D G, représentée par Me Fortat, conclut à titre principal au rejet de la requête, subsidiairement à ce que le tribunal fasse application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause, à la mise à la charge des requérants d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 février 2023, la commune nouvelle de Valencisse représentée par Me Micoud conclut au rejet de la requête.
Elle s'en remet aux mémoires en défense produits par l'Entreprise individuelle D G.
Par une lettre du 5 novembre 2024 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible, conformément à l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, d'écarter comme irrecevable le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 156 du règlement sanitaire départemental de Loir-et-Cher lequel a été soulevé pour la première fois par le mémoire enregistré le 29 juillet 2022, soit plus de deux mois à compter de la communication du premier mémoire en défense.
Par des observations enregistrées le 11 novembre 2024 et communiquées, M. C et Mme C font valoir que ce moyen est bien recevable en ce qu'il a été soulevé sous l'angle de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire, lequel a été soulevé dès la requête introductive d'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gasnier, rapporteur
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique
- et les observations de Me Durand, représentant M. C et Mme C, et de Me Liaud, représentant l'Entreprise individuelle D G.
Considérant ce qui suit :
1. L'Entreprise individuelle D G exerce une activité agricole de culture de céréales, légumineuses et de graines oléagineuses sur le territoire de la commune nouvelle de Valencisse (Loir-et-Cher). Cette entreprise a déposé une demande de permis de construire deux hangars de stockage dont le premier est destiné à la stabulation et au stockage de céréales (hangar A) et le second au stockage de fourrages (hangar B) sur des parcelles cadastrées section E 332 et E 333 sur le territoire de la commune nouvelle de Valencisse. Par arrêté du 28 juillet 2021, le maire de Valencisse a délivré le permis de construire sollicité. M. et Mme C, propriétaires de la parcelle cadastrée section E 269 ont adressé au maire, le 24 septembre 2021, un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté lequel a été implicitement rejeté. Par un arrêté du 11 juillet 2022, le maire de Valencisse a accordé à l'entreprise D G un permis de construire modificatif. M. et Mme C demandent l'annulation des arrêtés du 28 juillet 2021 et du 11 juillet 2022 et de la décision rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'incompétence de l'auteur de l'acte :
2. Par arrêté du 5 juin 2020 régulièrement affiché et transmis le 9 juin 2020 au représentant de l'Etat dans le département, et qui a été soumis au contradictoire le 5 novembre 2024, le maire de Valencisse a donné délégation à Mme F E, adjointe au maire en charge de l'urbanisme et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous les documents liés à la gestion de l'urbanisme incluant ainsi nécessairement les permis de construire. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la complétude des dossiers de demandes de permis de construire :
S'agissant des moyens dirigés contre les deux dossiers de demande de permis de construire :
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".
5. Premièrement, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de demande de permis de construire comporte, au même titre que le dossier de permis modificatif, l'état initial du site en mentionnant les constructions et l'accès existants, l'espace boisé situé à une centaine de mètres, la borne incendie ainsi que le transformateur. La notice rappelle en outre la distance des constructions projetées par rapport aux habitations les plus proches. Le dossier comporte, enfin, des photographies de l'état initial de l'environnement proche. Enfin, en l'absence d'instauration d'un périmètre de protection des abords, la circonstance que le dossier ne mentionne pas l'existence de constructions situées à plus de 150 mètres et classées comme remarquables par le plan local d'urbanisme (PLU) n'est pas de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable, laquelle était en tout état de cause en mesure de vérifier ces éléments par la simple consultation du site géoportail, librement accessible au public.
6. Deuxièmement, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet entrainerait l'abattage d'arbres existants. D'autre part, le dossier de demande de permis de construire modificatif détaille le parti paysager retenu par le projet et localise, sur les plans qui y sont joints, la végétation à créer.
7. Troisièmement, le plan masse du dossier de demande de permis de construire initial (pièce PC 2), comme celui du dossier de demande de permis modificatif (pièce PC 2), répertorie la localisation de l'accès et des places de stationnement conformément au f) du 2° de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ".
9. En l'espèce, la notice descriptive et les plans de coupe du dossier de demande de permis de construire initial précisent l'aspect extérieur des constructions (matériaux et couleurs) et matérialisent la végétation qui sera plantée aux abords de celles-ci. Le dossier comprend par ailleurs plusieurs photographies des lieux environnants ainsi que des projections graphiques permettant d'apprécier l'insertion du projet dans l'environnement et la localisation de l'accès. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas soutenu par les requérants, que le projet serait en situation de covisibilité avec les deux fermes de Thomassière et de Lourière classées comme éléments de paysage à protéger, eu égard notamment à la configuration des lieux, à la végétation existante aux abords de chacune de ces fermes et aux plantations végétales prévues par le projet. Dès lors, l'absence de mention ou de représentation de ces deux bâtiments dans le dossier de demande de permis de construire n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par le maire de Valencisse sur la conformité du projet aux règles relatives à l'aspect extérieur des constructions.
10. En troisième lieu, compte tenu des nombreux plans, documents graphiques et informations joints au dossier de demande, le caractère erroné de la référence cadastrale des terrains d'assiette du projet n'a en tout état de cause pas induit en erreur le service instructeur sur sa localisation réelle. Au surplus, cette erreur a été corrigée par la délivrance du permis de construire modificatif dont le dossier mentionne sans erreur l'intégralité des parcelles d'implantation du projet.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code ". Aux termes de l'article R. 143-2 du code de la construction et de l'habitation : " Pour l'application du présent chapitre, constituent des établissements recevant du public tous bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises, soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non () "
12. Les requérants font valoir que le projet en cause sera destiné à l'exploitation d'une pension pour animaux qui pourra être ouverte aux sorties scolaires. Ils se prévalent à ce titre de l'activité de loisirs exercée par la SARL du Prunay laquelle propose notamment des visites au public des animaux de la ferme.
13. Il ressort effectivement des pièces du dossier que M. D G, gérant de l'entreprise individuelle pétitionnaire, est également le gérant de la SARL " Ferme du Prunay ", entreprise dédiée à la gestion de terrains de camping et parcs pour caravanes ou véhicules de loisirs, implantée à 1,4 km au Nord des terrains d'assiette du projet sur la commune de Seillac au lieu-dit " Prunay ". Il ressort également des pièces du dossier que M. G propose des visites de sa ferme au public qu'il accueille sur le site de la SARL du Prunay pour des activités de camping. Il ressort toutefois de la notice descriptive jointe aux dossiers de demandes de permis de construire initial et modificatif que le projet autorisé par les arrêtés en litige porte uniquement sur la construction de deux hangars de stockage destinés à regrouper le stock de fourrage, céréales et à transporter les animaux d'élevage détenus par le pétitionnaire pour leur stabulation lesquels sont actuellement situés sur son site d'exploitation au lieu-dit " Prunay ". Or il n'est pas établi que les visites des animaux actuellement proposées par la SARL du Prunay auront également lieu sur le terrain d'assiette du projet, alors que cette société n'est pas le pétitionnaire du projet autorisé par les arrêtés en litige. Il en résulte que les constructions autorisées par le projet en litige ne peuvent être regardées comme étant, par elles-mêmes, destinées à recevoir du public pour l'application de l'article R. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. Le projet ne peut, par suite, être regardé comme un établissement recevant du public de sorte que le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à inclure les documents mentionnés à l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
14. En dernier lieu, les dispositions du code de l'urbanisme n'imposent pas de préciser dans le dossier de demande de permis de construire les modalités d'évacuation des urines et déjections des animaux destinés à être abrités par les constructions projetées. Le moyen doit donc, en tout état de cause, être écarté.
S'agissant de la composition du dossier de demande de permis de construire modificatif :
15. En premier lieu, les requérants font valoir que le dossier de demande de permis de construire ne mentionne pas le changement de la destination des constructions qui étaient, selon-eux, initialement dédiées à un pensionnat et à l'accueil du public.
16. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement que les constructions autorisées par le permis de construire initial ont une destination agricole de stockage et de stabulation d'élevage. Le dossier de demande de permis de construire modificatif n'a donc pas changé la destination initiale des constructions laquelle a toujours été agricole. Le moyen tiré de son imprécision ou de l'absence de régularisation du vice allégué au point 12, doit donc être écarté.
17. En deuxième lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
18. Les requérants soutiennent que, à supposer que le projet modifié ne soit plus considéré comme destiné à un pensionnat d'animaux, la modification intervenue changerait la nature du projet et justifiait le dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire.
19. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les constructions projetées sont destinées à une activité agricole de stockage de céréales et d'élevage. Cette destination n'a pas été modifiée par le dossier de demande de permis modificatif. D'autre part, les modifications envisagées par le pétitionnaire consistant principalement en un faible déplacement de l'emplacement des constructions au Nord et à la plantation d'essences paysagères aux abords du projet ne constituent pas des modifications telles qu'elles changeraient la nature-même du projet. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet modifié devait faire l'objet d'un nouveau permis de construire doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude des dossiers de demande de permis de construire doit être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne le recueil de l'avis du préfet de département :
21. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, en particulier des articles R. 423-50 et suivants du code de l'urbanisme, que la délivrance du permis de construire modificatif en litige, eu égard aux modifications envisagées, devait être préalablement soumis à l'avis du préfet de département. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne la conformité du projet au règlement du PLU :
S'agissant de la méconnaissance des articles A1 et A2 du règlement du PLU :
22. Aux termes de l'article A1 du règlement du PLU de Chambon-sur-Cisse, commune déléguée de la commune nouvelle de Valencisse : " dans l'ensemble de la zone A, sont interdites toutes occupations et utilisations du sol non liées et nécessaires à l'activité agricole et à la diversification agricole ". Aux termes de l'article A2 de ce règlement sont autorisées les " constructions, installations et extensions à condition qu'elles soient nécessaire[s] à l'exploitation agricole ".
23. Au soutien de leur moyen, les requérants font valoir que l'activité exercée serait économique et de loisirs et non agricole compte tenu des liens entretenus avec les activités gérées par la SARL du Prunay et de l'implantation des panneaux photovoltaïques. Ils font également valoir que les constructions projetées ne sont pas nécessaires à l'activité agricole exercée par le pétitionnaire au regard des capacités de stockage existantes et du dimensionnement des hangars projetés.
24. En premier lieu, il ressort de la fiche de renseignement complémentaire attestant de la nécessité de la construction du projet en zone agricole que, d'une part, l'Entreprise individuelle D G exerce une activité de production de céréales, légumineuses et graines oléagineuses sur une superficie de 150 hectares générant une moyenne de 6 tonnes de céréales par an par hectare, une activité de production de fourrage et de paille, et une activité d'élevage de 15 chèvres, 5 moutons et 5 chevaux. Elle justifie dès lors de l'existence d'une exploitation agricole d'une consistance suffisante.
25. D'autre part, il ressort de la note jointe aux dossiers de demande de permis de construire initial et modificatif que l'exploitation agricole comprend actuellement un hangar de 200 m² occupé par un quart du cheptel, et qui sera démoli, deux hangars de 1 000 m² affectés à l'abri d'une partie du cheptel, au stockage du matériel agricole, de la nourriture pour ce cheptel et situés sur les parcelles limitrophes à celles du projet autorisé, et enfin un dernier hangar de stockage de nourriture, paille et fourrage, loué par le pétitionnaire, situé sur la commune de Mesland à 8 kilomètres de l'exploitation et dont la location ne sera pas renouvelée. Le pétitionnaire déclare dans sa fiche de renseignement complémentaire jointe au dossier de demande, sans être contesté sur ce point, que 500 m3 de fourrage, 1 000 m3 de paille et 1 000 m² de matériel agricole sont actuellement stockés hors abri ou dans un bâtiment ne lui appartenant pas. Il ressort du dossier de permis modificatif que la construction des deux hangars en litige d'une superficie d'environ 571 m² chacun, est justifiée par le regroupement sur un seul et même site des lieux de stockage de l'exploitation et par l'agrandissement de ses capacités de stockage actuellement insuffisantes, qui contraignent notamment le pétitionnaire à vendre ses céréales en période de récolte et à stocker hors abri ou dans un bâtiment ne lui appartenant pas, 500 m3 de fourrage, 1 000 m3 de paille et 1 000 m² de matériel agricole. La construction du second hangar (B) permettra en outre, d'une part, d'abriter le cheptel (chèvres et moutons) qui, compte tenu de l'insuffisant dimensionnement des installations existantes et de la perte future des 200 m² d'un autre hangar, est pour partie contraint de rester dans les prairies et endommage en conséquence le sol sur lequel ils pâturent. Il favorisera, d'autre part, le regroupement de l'activité de la société pétitionnaire. Il s'ensuit que le projet permettra non seulement de stocker durablement des quantités de céréales qui ne pouvaient l'être auparavant, afin de les céder en période où le cours est le plus haut, et de développer l'activité de négoce de vente de foin et de paille, mais également d'abriter l'ensemble du cheptel et des volumes de fourrages et de paille actuellement non abrités ou stockés dans un bâtiment n'appartenant pas à l'entreprise D G. Enfin, eu égard à la capacité de production annuelle de céréales de l'exploitation du pétitionnaire, dont il n'est pas contesté qu'une partie n'est actuellement pas stockée, aux besoins cités ci-dessus de stockage de matériel, de fourrage et de paille et de stabulation des animaux, et aux perspectives de développement de l'exploitation, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas établi par les requérants, que le dimensionnement des constructions, d'une superficie totale de 1 142 m², serait excessif.
26. En deuxième lieu, à supposer-même, comme le font valoir les requérants, que le pétitionnaire envisagerait d'accueillir des sorties scolaires aux fins de découverte de son exploitation agricole en lien avec l'activité de loisirs exercée par la SARL du Prunay dont il est gérant, cette circonstance ne remet en cause ni la destination agricole principale des bâtiments projetés, ni la nécessité de construction des deux hangars au regard des justifications apportées par le pétitionnaire. L'installation des panneaux photovoltaïques ne remet pas davantage en cause la destination agricole avérée de ces bâtiments.
27. Il résulte de ce qui précède que les constructions en litige doivent être regardées comme nécessaires à l'activité agricole du pétitionnaire. Par suite le projet autorisé par les arrêtés en litige ne méconnait pas les dispositions des articles A1 et A2 du PLU.
S'agissant de la méconnaissance de l'article A4 du règlement du PLU :
28. Aux termes de l'article A4 du règlement du PLU " Les aménagements nécessaires au libre écoulement des eaux doivent être réalisés sur la parcelle et répondre aux caractéristiques du terrain ainsi qu'à l'opération projetée (épandage, infiltration, traitement). ".
29. Il ressort du dossier de demande de permis modificatif, que les eaux pluviales seront évacuées vers un bac de réception des eaux situé sur la parcelle cadastrée 033 E 331 laquelle forme, avec les deux parcelles d'implantation du projet, une unité foncière. Le moyen doit, par suite, être écarté.
S'agissant de la méconnaissance de l'article A11 du règlement du PLU :
30. L'article A11 du règlement du PLU dispose que : " () Pour les couleurs de bardage métalliques ainsi que des menuiseries et serrureries sont interdite les teintes autres que celles (ou approchant) du nuancier, en annexe 5 du présent document. / Les constructions contemporaines et la mise en place de solutions liées au développement durable (toitures végétalisées, maisons bioclimatiques, maisons innovantes) sous réserve d'une bonne intégration architecturale, urbaine et paysagère dans le site sont à rechercher ".
31. Il ressort des pièces du dossier que les constructions projetées s'implantent dans un milieu agricole, sur une unité foncière comportant déjà deux hangars contemporains de stockage et à proximité d'une zone boisée située à 100 mètres en arrière-plan. Deux groupes de bâtiments classés comme " éléments de paysage à protéger " au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme sont également situés dans un rayon d'environ 150 mètres au Nord et au Sud du projet. Dès lors, malgré la présence des deux hangars existants, l'environnement du projet n'est pas dénué de tout intérêt paysager et patrimonial.
32. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la visibilité du projet depuis la ferme de Lourière au Nord et la ferme de Thomassière au Sud, groupes de bâtiments classés par le PLU sur le fondement de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, mais également depuis les points accessibles au public, sera fortement réduite par les aménagements paysagers prévus par le projet d'une part, et par les arbres existants situés devant chacun des deux corps de ferme, d'autres part. La plantation d'essences végétales favorise en outre l'insertion du projet avec l'espace boisé situé en arrière-plan. Par ailleurs, les couleurs utilisés sont semblables à celles des toitures et des quelques constructions avoisinantes et conformes aux prescriptions de l'annexe 5 du PLU à laquelle renvoie l'article A11. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A11 ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance du règlement sanitaire départemental du Loir-et-Cher :
33. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ".
34. Il ressort des pièces de la procédure que, par un mémoire enregistré le 29 juillet 2022, M. et Mme C ont soulevé pour la première fois le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 156 du règlement sanitaire départemental du Loir-et-Cher. Ce moyen a toutefois été soulevé plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense produit par l'Entreprise individuelle D G laquelle est intervenue le 24 mars 2022. Le moyen doit donc être déclaré irrecevable.
35. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, les conclusions d'annulation de M. C et Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
36. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune nouvelle de Valencisse la somme demandée par M. et Mme C au titre des frais non compris dans les dépens.
37. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser à l'Entreprise individuelle D G sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : M. C et Mme C verseront la somme de 1 500 euros à l'Entreprise individuelle D G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et Mme A C, à la commune nouvelle de Valencisse et à l'Entreprise individuelle G D.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Frédérique GAUTHIER
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026