mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200411 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 février 2022, M. C D, représenté par Me Blin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 422-1 du même code ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du même code ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du même code.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2022.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.
Vu le jugement n° 2200411 du tribunal administratif d'Orléans du 1er mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien né le 22 juillet 2003, est entré régulièrement en France le 6 août 2019 muni d'un visa C valable du 15 juillet au 15 août 2019. Il a ensuite été confié à l'aide sociale à l'enfance le 9 août 2019 jusqu'à sa majorité en application d'une ordonnance de placement provisoire du tribunal pour enfants de A édictée le 19 août 2019. Le 15 mai 2021, il a présenté une demande d'admission au séjour à titre exceptionnel en qualité de salarié, sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Le 5 janvier 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de faire droit à sa demande et a assorti son refus de décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Par un arrêté du 11 février 2022, la préfète d'Eure-et-Loir l'a par ailleurs assigné à résidence.
Sur l'étendue du litige :
2. Par un jugement en date du 1er mars 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans, statuant sur les conclusions de la présente requête à l'exception de celles tendant à l'annulation de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a rejeté les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et contre la décision fixant le pays de destination et a renvoyé à la présente formation collégiale les conclusions du requérant dirigées contre la décision de refus de titre de séjour, ainsi que celles à fin d'injonction afférentes à cette décision. Il n'y a donc lieu de statuer que sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ou travailleur temporaire, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient, ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
5. Il est constant que M. D est entré régulièrement en France le 6 août 2019 à l'âge de seize ans et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Saint-Denis à partir du mois d'août 2019 et jusqu'à sa majorité, à savoir le 22 juillet 2021. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé s'est inscrit au centre de formation d'apprentis interprofessionnel (CFA) de Chartres pour suivre une formation en alternance en CAP boucherie, qu'il a obtenu le 1er septembre 2020 un premier contrat d'apprentissage auprès de la boucherie Chabane à Vernouillet et, suite à la vente de celle-ci par son propriétaire, a pu signer le 20 mai 2021 un second contrat auprès de la boucherie Tiranimine à Vernouillet, qui s'est d'ailleurs engagée à le recruter en contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2022, à l'issue de sa formation. De même, le requérant a validé le diplôme d'études en langue française (DELF A2) le 2 juillet 2020. Enfin, la structure d'accueil de l'intéressé, la fondation Apprentis d'Auteuil, a donné un avis favorable à la régularisation de sa situation administrative eu égard aux réels efforts mis en œuvre par celui-ci pour son insertion sur le territoire français, à sa réactivité dans la recherche d'un nouvel employeur suite à la vente de la première boucherie où il avait exercé et à sa capacité d'intégration sociale dans la ville de Dreux. Ainsi, et alors même que la préfète oppose en défense l'absence de suivi réel et sérieux de la formation en raison des nombreuses absences de l'intéressé aux cours dispensés par le centre de formation et de l'insuffisance de ses notes dans diverses disciplines, le requérant démontre une réelle volonté d'intégration caractérisée par une constance dans son projet professionnel, une capacité à trouver rapidement un nouvel employeur après un événement inattendu et des appréciations favorables faisant état de sa bonne volonté et de son implication dans ses projets. Au surplus, si la préfète justifie en particulier son refus de délivrance d'un titre de séjour par la crainte d'un détournement de procédure, suspectant que l'intéressé serait entré en France à ses seize ans avec un visa touristique qu'il n'a pu obtenir qu'avec l'aide de ses parents dans le but de voir sa situation régularisée à sa majorité et pouvoir ensuite faire venir sa famille, ces suspicions ne sont corroborées par aucun élément objectif, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant disposerait toujours d'un lien relationnel important avec les membres de sa famille restés dans son pays d'origine. Dans ces conditions particulières, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.
6. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il résulte de tout ce qui précède que la décision du 5 janvier 2022 par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivrée à M. D. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer ce titre de séjour à M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Blin renonce à percevoir le bénéfice de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blin de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant refus de titre de séjour de la préfète d'Eure-et-Loir du 5 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer à M. D une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Blin, avocat de M. D, la somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la préfète d'Eure-et-Loir et à Me Blin.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.
La rapporteure,
Laurence B
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026