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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200416

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200416

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2022, Mme C A, représentée par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale " et dans cette attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet ;

- l'absence d'avis préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration constitue un vice de procédure entachant la légalité de l'arrêté contesté ;

- faute de communication de l'avis, il est impossible de savoir si les textes législatifs ont été respectés notamment eu égard à la composition du collège et la non-participation à son délibéré du médecin ayant établi le rapport médical ;

- il n'a pas été répondu à l'ensemble des moyens de droit qu'elle invoquait à l'appui de sa demande de titre de séjour dès lors qu'elle sollicitait un titre de séjour également sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle établit que son état de santé est incompatible avec un retour dans son pays d'origine et qu'il justifie que lui soit délivré un titre de séjour ;

- le préfet s'est considéré en situation de compétence liée et a refusé à tort d'exercer son pouvoir d'appréciation ;

- le refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle justifie de motifs humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle justifie compte tenu de son état de santé qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé pour quitter le territoire français ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est illégale du fait de l'absence de perspective raisonnable d'exécution.

Par un mémoire enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante marocaine née le 10 août 1980, est entrée régulièrement sur le territoire français le 5 février 2012, à l'âge de trente et un ans, munie d'un passeport revêtu d'un visa médical afin de consulter un gastro-entérologue. Elle a bénéficié de titres de séjour régulièrement renouvelés jusqu'en 2018. Par un arrêté du 22 janvier 2018, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Elle a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif d'Orléans qui par un jugement du 31 juillet 2018 a rejeté sa requête. Se maintenant depuis lors irrégulièrement sur le territoire français, le 17 mars 2021, elle a sollicité des services de la préfecture du Loiret la régularisation de son séjour. Par l'arrêté attaqué du 3 décembre 2021, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la demande titre de séjour datée du 9 mars 2021 formée par le conseil de la requérante que Mme A a présenté sa demande de titre de séjour tant sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable que sur celles des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du même code. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que le préfet de Loir-et-Cher a omis de se prononcer sur ladite demande en tant qu'elle était aussi présentée sur le fondement des dispositions des 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en ne répondant pas à tous les fondements invoqués au soutien de sa demande de titre de séjour, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 3 décembre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de Loir-et-Cher procède au réexamen de la demande de Mme A. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder au réexamen de la demande de l'intéressée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cariou renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cariou de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 décembre 2021 du préfet de Loir-et-Cher est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de procéder au réexamen de la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Cariou en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cariou renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le rapporteur,

Stéphane B

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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