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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200445

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200445

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. C A, représenté par la SCP d'avocats Cariou-Lévêque, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'examiner à nouveau sa demande et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ; de dire que, dans l'attente, il devra se voir délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, dès lors qu'il n'est pas fondé sur sa situation individuelle ; les dispositions de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et celles des articles L. 211-2 à L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ont ainsi été méconnues ;

- l'avis qui aurait été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été communiqué par le préfet, de sorte qu'il n'est pas possible de vérifier qu'il existe réellement, ni de s'assurer de sa régularité ; la production de cet avis devant le tribunal ne pourra pas régulariser ce vice de procédure ;

- le préfet, en ne se prononçant pas sur le fondement, notamment, des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas même visés par l'arrêté, n'a pas répondu à tous les moyens de droit qu'il invoquait au soutien de sa demande de titre de séjour ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision imposant un retour en Guinée est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet n'était pas lié par les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 10 juin 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un jugement du 10 juin 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal a statué sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachaient, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1996, est entré irrégulièrement en France en 2016, selon ses déclarations. Sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 15 octobre 2019. Le 27 avril 2021, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour, en invoquant son état de santé. Par un arrêté du 7 décembre 2021, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de faire droit à cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Le 10 février 2022, M. A a saisi le tribunal administratif d'Orléans d'une requête tendant à l'annulation de cet arrêté, dans toutes ses dispositions. Par un arrêté du 7 juin 2022, intervenu en cours d'instance, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé l'assignation à résidence de M. A pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 10 juin 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal, statuant en application de l'article L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, a statué sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachaient, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction en tant qu'elles s'y rattachent ainsi que des conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si M. A avait initialement présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a complété cette demande par un courrier du 10 août 2021 de son conseil, parvenu par voie de télécopie le même jour dans les services de la préfecture de Loir-et-Cher, en demandant à titre subsidiaire qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " lui soit accordé sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or il résulte des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de Loir-et-Cher n'a pas examiné le droit au séjour de M. A sur le fondement de ces dispositions, qui ne sont d'ailleurs pas visées par l'arrêté. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée est entachée d'un défaut d'examen de sa demande.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 7 décembre 2021 du préfet de Loir-et-Cher.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique seulement que le préfet de Loir-et-Cher procède à un nouvel examen de la demande de titre de séjour présentée par M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce nouvel examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à la SCP Cariou-Lévêque dans les conditions prévues par ces dispositions et celles de l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 7 décembre 2021 susvisé du préfet de Loir-et-Cher est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de statuer à nouveau sur la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la SCP Cariou-Lévêque une somme de 1 500 euros dans les conditions prévues par l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène LE TOULLEC

Le président-rapporteur,

Frédéric B

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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