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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200475

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200475

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2022, M. B G D, représenté par Me Blin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 5 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de signature au bénéfice de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de ses trois enfants ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 5 mai 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B G D, ressortissant indien né le 19 août 1989, est entré régulièrement en France le 1er février 2014 muni d'un visa de type D en qualité de conjoint de français valable du 22 septembre 2014 au 22 septembre 2015. Le 15 février 2015, il s'est vu délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français régulièrement renouvelée jusqu'au 15 février 2019. Le 28 janvier 2019, M. D a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 13 janvier 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Adrien Bayle, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par un arrêté du 20 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible sur internet, Mme F E, préfète d'Eure-et-Loir, a donné délégation à M. C à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, si la préfète d'Eure-et-Loir n'a été saisie par M. D que d'une demande de renouvellement de son titre de séjour en tant que conjoint de français présentée sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette même autorité a, par l'arrêté attaqué, rejeté cette demande en ajoutant que " M. D n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit en application du CESEDA ". Ce faisant, la préfète a examiné d'office si l'intéressé était susceptible de bénéficier d'un titre de séjour sur un autre fondement que celui dont elle était saisie, et notamment sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 de ce code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est opérant pour contester la légalité de l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français.

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D, séparé d'avec son épouse avec laquelle il s'est marié le 20 février 2014, est père de trois enfants français nés le 15 juillet 2015 et le 17 mai 2016. Cependant, il ressort également des pièces du dossier et notamment d'une ordonnance sur mesures provisoires du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Meaux en date du 5 janvier 2022 que l'intéressé fait preuve d'un désintérêt manifeste dans la prise en charge de ses enfants depuis plus de quatre ans de sorte que ses enfants " ne le connaissent pas ". Eu égard à ces circonstances, la résidence des enfants de M. D a été fixée au domicile de leur mère et seul un droit de visite médiatisé a été accordé au bénéfice du requérant, qu'il ne prétend pas exercer. Si M. D soutient qu'il verse une pension alimentaire à la mère de son enfant, en exécution de l'ordonnance précitée, il n'en justifie aucunement. Dès lors, l'intéressé ne saurait être regardé comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète d'Eure-et-Loir en prenant la décision attaquée aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Si M. D entend se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions, il ne le fait pas utilement, dès lors que la filiation de ses enfants a été établie en application de la présomption de paternité instituée par l'article 312 du code civil et non par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil, auquel se réfèrent les dispositions invoquées. Ainsi, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5, que M. D entretienne des liens avec ses enfants. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée portant refus de séjour porterait atteinte à l'intérêt supérieur des enfants et par suite méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant précité. Le moyen doit être écarté.

En qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement méconnaîtrait les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 13 janvier 2022 présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G D et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

M. Joos, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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