mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LEPAGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 22 février 2022 et le 28 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Lepage doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours, suite au recueil de l'avis de la commission académique d'appel, a confirmé la décision d'exclusion définitive de son fils B C du lycée Maurice Violette à Dreux ;
2°) de condamner l'académie d'Orléans-Tours à lui verser la somme de 1 555 euros en réparation de ses préjudices moral et économique subis du fait de la sanction prononcée.
Elle soutient que :
- la décision du 15 décembre 2021, suite à l'avis de la commission académique d'appel, est insuffisamment motivée ;
- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors que la possibilité de consulter le dossier de son fils ne lui a pas été offerte avant la tenue du conseil de discipline du 27 septembre 2021 et qu'il en est de même pour son fils qui n'a pas pu consulter ces pièces pour préparer sa défense ;
- la décision d'exclusion est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;
- elle est illégale, ce qui est de nature à engager la responsabilité de l'administration ;
- elle a causé un préjudice moral à son fils, dès lors qu'elle l'a placée dans un état de détresse psychologique important et a porté atteinte à son honneur et sa réputation, ainsi qu'un préjudice économique dès lors que son fils a dû être réinscrit dans un établissement payant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le recteur de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens dirigés contre la décision du 27 septembre 2021 sont inopérants dès lors que la décision du 15 décembre 2021 s'est substituée à la décision du 27 septembre 2021 qui n'a plus d'existence juridique ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Keiflin,
- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. B C, né le 23 septembre 2006, élève en classe de seconde professionnelle " métiers de la sécurité " au lycée professionnel Maurice Violette à Dreux a comparu devant le conseil de discipline de l'établissement le 27 septembre 2021 pour avoir porté une " atteinte morale et physique vis-à-vis d'une camarade " lors de son premier jour au sein du lycée, le 9 septembre 2021, et s'est vu infliger à l'unanimité la sanction d'exclusion définitive. La mère de B, Mme A C, a fait appel de cette décision devant la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours qui, après recueil de l'avis de la commission académique d'appel réunie le 8 décembre 2021, a, par une décision du 15 décembre 2021, confirmé la sanction prononcée par le conseil de discipline. Par courrier du 17 février 2022 a été adressée une demande préalable pour le versement d'une somme de 1 555 euros en réparation des préjudices moral et économique subis du fait de cette exclusion définitive, que la rectrice a rejetée par courrier du 25 mars 2022. Mme C, en qualité de représentante légale de son fils mineur B, devenu majeur en cours d'instance, demande l'annulation de la décision confirmant la sanction prononcée à l'encontre de son fils par la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours ainsi que la condamnation de l'académie d'Orléans-Tours à lui verser la somme de 1 555 euros en réparation des préjudices moral et économique subis du fait de la sanction contestée.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie d'Orléans-Tours :
2. Aux termes de l'article R. 511-49 du code de l'éducation : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. / Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique. ". Aux termes de l'article R. 511-53 du même code : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article R. 511-49. ". Il résulte de ces dispositions qui instituent un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Par suite, les conclusions présentées par Mme C dirigées contre la décision du conseil de discipline sont, ainsi qu'il est opposé en défense, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-52 du code de l'éducation : " Les modalités prévues pour le conseil de discipline de l'établissement ou le conseil de discipline départemental en matière d'exercice des droits de la défense par les articles D. 511-31, D. 511-32 et D. 511-38 à D. 511-40 sont applicables à la commission ainsi que les dispositions du deuxième alinéa de l'article D. 511-42, à l'exception de sa dernière phrase./ La commission émet son avis à la majorité de ses membres./ La décision du recteur intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel. " et aux termes de l'article D. 511-32 du même code : " Le chef d'établissement précise à l'élève cité à comparaître les faits qui lui sont reprochés et lui fait savoir qu'il peut présenter sa défense oralement ou par écrit ou en se faisant assister par une personne de son choix. Si l'élève est mineur, cette communication est également faite à son représentant légal afin qu'il puisse produire ses observations./ Les membres du conseil de discipline, l'élève cité à comparaître, son représentant légal et la personne éventuellement chargée de l'assister pour présenter sa défense peuvent prendre connaissance du dossier auprès du chef d'établissement./ Le représentant légal de l'élève et, le cas échéant, la personne chargée de l'assister sont informés de leur droit d'être entendus, sur leur demande, par le chef d'établissement et par le conseil de discipline. ".
4. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision du recteur se substitue à celle du conseil de discipline. Alors que la procédure conduisant à la décision du recteur présente les mêmes garanties pour l'élève que celle conduisant à la décision du conseil de discipline et que Mme C ne justifie, ni même n'allègue qu'elle et son fils auraient été empêchés de présenter utilement leur défense devant la commission académique, elle ne peut utilement soutenir que la possibilité de consulter le dossier de son fils ne lui a pas été offerte avant la tenue du conseil de discipline du 27 septembre 2021, de même que son fils n'a pas consulté ces pièces
de sorte qu'il n'a pas pu exercer sa défense et ce moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté comme inopérant. Au demeurant et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que par courrier du 14 octobre 2021 portant convocation devant le conseil de discipline, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a informé Mme C de la possibilité de prendre connaissance du dossier de son fils et que cette possibilité a été réitérée par courrier du 24 novembre 2021 avant la tenue de la commission académique d'appel.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. En troisième lieu, la décision de la rectrice du 15 décembre 2021 mentionne qu'il est reproché à B une atteinte morale et physique vis-à-vis d'une camarade et fait état de gestes précis commis par celui-ci consistant en des attouchements détaillés dans plusieurs témoignages et un rapport. Par ailleurs, la décision vise les textes dont il est fait application ainsi que le procès-verbal de la séance du conseil de discipline et l'avis rendu par la commission académique d'appel réunie le 8 décembre 2021. La circonstance que le courrier du conseil de B, en date du 7 décembre 2021, ne soit pas repris dans les visas de la décision, alors qu'il ressort des pièces que le rectorat a informé ledit conseil, le jour même, de la transmission de ce document aux membres de la commission académique d'appel, n'est pas de nature à établir que les explications de B n'ont pas été prises en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'éducation : " Les obligations des élèves consistent dans l'accomplissement des tâches inhérentes à leurs études ; elles incluent l'assiduité et le respect des règles de fonctionnement et de la vie collective des établissements ". Aux termes de l'article R. 511-13 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " I. Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation ; / 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes () ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. Il résulte de la décision du conseil de discipline du 27 septembre 2021, confirmée par la décision du 15 décembre 2021, que pour prononcer la sanction d'exclusion définitive, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a retenu que B C a commis une " atteinte morale et physique vis-à-vis d'une camarade ". Il lui est reproché le 9 septembre 2021, lors de son premier jour dans le lycée, d'une part, d'avoir rejoint une élève qui se rendait seule en cours d'EPS et, sur le trajet, de s'être montré insistant en lui demandant si elle était célibataire, puis à la fin du cours, d'avoir touché la jeune fille, assise entre lui et un autre camarade, tout d'abord en voulant donner une claque à un camarade, puis celui-ci lui ayant fait remarquer qu'il avait touché les seins de la jeune fille, d'avoir à nouveau touché sa camarade au motif de montrer l'emplacement du torse et de la poitrine et enfin, plus tard, d'être revenu voir celle-ci pour lui demander pourquoi elle était seule en la prenant par le cou, celle-ci l'ayant alors repoussé et donné une claque.
10. Si B C reconnaît avoir mis sa main à côté de la poitrine de sa camarade, il conteste lui avoir touché la poitrine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier notamment du témoignage de la jeune fille, des rapports, des témoignages et du procès-verbal du conseil de discipline que B C, après qu'un camarade lui a fait remarquer qu'il avait touché la poitrine de la jeune fille assise entre eux, a posé sa main sur le torse de sa camarade en la faisant glisser vers ses seins. Dès lors, la matérialité des faits reprochés est établie.
11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le fait reproché contrevient aux dispositions du chapitre I.3 " les devoirs des élèves, le respect des autres, de soi-même et des biens " et du chapitre 2 " vie dans l'établissement " du règlement intérieur de l'établissement. Ainsi, il présente un caractère fautif de nature à justifier l'infliction d'une sanction disciplinaire. La circonstance que le professeur présent au moment des faits n'a pas rédigé d'attestation est sans incidence sur le caractère fautif du fait reproché. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits doit être écarté.
12. Les faits reprochés à B C ont été de nature à porter une atteinte physique et morale à sa camarade, qui a eu peur lors du trajet pour se rendre au cours d'EPS et qui, très choquée par les faits, a été conduite à l'infirmerie et justifiaient l'infliction d'une sanction. En l'espèce, l'application de la sanction la plus sévère, à savoir l'exclusion définitive du lycée, était justifiée dès lors que B, âgé de quinze ans, en dépit de ses excuses orales lors de la tenue du conseil de discipline, avait déjà été sanctionné par cinq exclusions temporaires notamment pour des problèmes de comportement ou de positionnement par rapport à l'adulte.
13. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 décembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a confirmé l'exclusion définitive de B C du Lycée Maurice Violette à Dreux doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions indemnitaires.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à M.B C et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
Laura KEIFLIN
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026