mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200553 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BUSIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, Mme E B, représentée par Me Busic, demande au tribunal d'annuler la décision du 14 janvier 2022 par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet et attentif de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, née le 25 août 2001, ressortissante albanaise, est entrée régulièrement en France le 26 novembre 2016 à l'âge de 15 ans, en compagnie de ses parents. Devenue majeure, elle a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 14 janvier 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont elle a la nationalité, à savoir l'Albanie, ou tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible, comme pays de renvoi. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou le code des relations entre le public et l'administration. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressée sur le territoire, sa demande de titre de séjour du 19 octobre 2021 et il fait état de sa situation privée et familiale. Ainsi, il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune pièce du dossier que la préfète a entaché son arrêté d'un défaut d'examen particulier de la situation de la requérante.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. La requérante soutient d'une part qu'elle est scolarisée depuis son arrivée en France en 2016 et inscrite pour l'année 2021-2022 au lycée professionnel Gilbert Courtois, où elle prépare son baccalauréat professionnel, d'autre part qu'elle est mère d'un enfant, A B né le 18 mai 2020, enfin que ses parents et deux de ses frères sont présents sur le territoire, son frère âgé de 27 ans, étant titulaire d'un titre de séjour, et son frère, né le 9 octobre 2011, ainsi que leur père, ayant des problèmes de santé et ayant été reconnus handicapés par la maison départementale de l'autonomie d'Eure-et-Loir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que contrairement à ce qu'allègue la requérante, elle ne démontre pas suivre ses études de manière sérieuse et assidue, alors au surplus qu'elle n'établit pas avoir obtenu de diplômes, d'autre part, qu'elle n'établit pas par la seule production d'une convocation devant la juge aux affaires familiales que M. C, sur la situation duquel elle n'apporte au demeurant aucun élément, a reconnu comme son fils A, enfin, et alors que les recours présentés par ses deux parents à l'encontre des arrêtés pris à leur encontre sont rejetés par jugements de ce jour et que son frère né en 2011 a vocation à suivre ceux-ci dans leur pays d'origine, elle ne justifie ni d'attaches familiales ou privées suffisamment intenses, anciennes et stables sur le territoire français malgré la durée de sa présence, notamment s'agissant de sa relation avec son frère ainé qui dispose d'un titre de séjour annuel pour raisons de santé et dont il n'est pas établi qu'il ait vocation à demeurer en France, ni de l'existence d'une particulière intégration à la société française, ni davantage qu'elle serait privée de liens familiaux en Albanie. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 et dès lors que l'intéressée n'établit pas l'existence d'une particulière intégration à la société française, sa situation personnelle ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète d'Eure-et-Loir a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. La décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas vocation à séparer la requérante de son fils A et rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se recompose en Albanie. Si la requérante soutient que les enfants issus de la communauté égyptienne n'ont pas accès à l'école en Albanie, elle ne produit aucune pièce au dossier permettant de le démontrer. Par ailleurs, si elle invoque des persécutions en Albanie qui l'empêcheraient de s'occuper de sa famille, elle ne démontre aucunement ses allégations. Dans ces conditions, en prenant la décision contestée, la préfète d'Eure-et-Loir n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la CIDE précitées.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Mme B, qui fait valoir des craintes en cas de retour en Albanie doit être regardée comme soutenant la méconnaissance des stipulations citées au point précédent par la décision fixant le pays de renvoi. Elle soutient que depuis sa naissance elle a subi des persécutions, discriminations et insultes en Albanie en raison de son appartenance à la communauté égyptienne, qu'elle n'a pu être scolarisée ni avoir accès aux soins médicaux gratuits, à la protection policière, au logement ou au régime de retraite. Elle affirme également que sa sœur aînée a divorcé de son époux en 2016 et que depuis, son ex-époux menace constamment leur famille et a agressé leur frère en octobre 2016, sans qu'elles ne puissent obtenir une protection de la police. Toutefois, la requérante ne verse aucune pièce au dossier permettant de démontrer le bienfondé de ses allégations. En outre, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de ses parents, fondée sur les mêmes craintes, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, qui ont notamment considéré que selon les informations dont ils disposaient, les égyptiens ne faisaient pas l'objet de persécutions particulières en Albanie. Dans ces conditions, la requérante ne démontrant pas être exposée à un risque actuel, grave et personnel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2022 attaqué doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la préfète d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
M. Joos, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
La présidente-rapporteure
Anne D
L'assesseur le plus ancien,
Emmanuel JOOSLa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026