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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200615

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200615

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 février 2022, M. D A, représenté par Me Aubry, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021 du préfet de Loir-et-Cher portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de sa nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence et commis une erreur de droit dès lors qu'il n'a pas procédé à l'examen de sa demande conformément à l'interprétation de l'article L. 5221-5 du code du travail par la " circulaire Valls " et par les ministères coauteurs de la note du 12 juillet 2021 ;

- en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un jugement du 16 juin 2022, rendu à la suite de l'assignation à résidence de M. A, décidée par un arrêté du 13 juin 2022 du préfet de Loir-et-Cher, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachaient, les conclusions accessoires à fin d'injonction.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant guinéen né le 22 mai 1998, déclare être entré le 10 décembre 2016 sur le territoire français, à l'âge de dix-huit ans, où il a déposé une demande d'asile. Placé en procédure Dublin, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes qui n'a pas été exécuté, l'intéressé ayant renoncé à sa demande d'asile et la procédure ayant été définitivement clôturée le 27 octobre 2017. M. A a ensuite fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français respectivement prononcées le 12 décembre 2017 par le préfet du Cher et le 2 novembre 2018 par le préfet de Loir-et-Cher, qu'il n'a pas exécutées. Le 1er septembre 2021, M. A, qui se prévaut d'une promesse d'embauche en contrat d'apprentissage dans le cadre d'un CAP " art de la cuisine ", a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, par un arrêté du 16 novembre 2021, dont M. A sollicite l'annulation par la requête ci-dessus analysée, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il établit être légalement admissible.

Sur l'étendue du litige :

2. M. A ayant été assigné à résidence par arrêté du 13 juin 2022, il a été statué, dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, sur les conclusions de la présente requête dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignant le pays de destination de la mesure d'éloignement qui ont été rejetées sous le même numéro par un jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif du 16 juin 2022. La formation collégiale n'est donc plus saisie que des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que des conclusions accessoires à fin d'injonction et de celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. C B, préfet de Loir-et-Cher, a donné délégation à M. E à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

4. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 5221-5 du code du travail en vertu desquelles " L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. Cette autorisation est accordée de droit aux mineurs isolés étrangers pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, sous réserve de la présentation d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation ", est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté qui n'emporte pas refus d'une telle autorisation de travail mais refus de titre de séjour. En outre, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur dite " circulaire Valls " qui n'a pas de caractère réglementaire, ne contient que de simples orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire d'appréciation dont ils disposent et ne comporte aucune interprétation du droit positif ni aucune description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, si la note n° INTV2121684J du ministère de l'intérieur du 12 juillet 2021 renvoie aux critères définis par cette circulaire, elle ne peut pas pour autant en modifier la nature juridique. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Si M. A se prévaut de sa présence en France depuis plus de quatre ans à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier que la durée de son séjour est due à son maintien sur le territoire français en dépit de deux mesures d'éloignement successives auxquelles il n'a pas déféré. Par ailleurs, l'intéressé ne conteste pas utilement les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles il est célibataire et sans charge de famille connue ou avérée en France alors qu'il a déclaré, dans le cadre de sa première demande de titre de séjour présentée le 29 octobre 2019, être le père de deux enfants nés en 2014 et en 2015 et vivant en Guinée. En outre, s'il fait état de la présence sur le territoire français de son frère, lequel est titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 31 janvier 2023, il ne démontre pas entretenir avec celui-ci des liens anciens, intenses et stables. De même, en se bornant à alléguer que, depuis son arrivée en France où il est entré à l'âge de dix-huit ans, il n'est pas retourné dans son pays d'origine, le requérant n'établit pas qu'il y serait isolé. Enfin, les circonstances qu'il dispose d'une promesse d'engagement dans le cadre d'un contrat d'apprentissage en CAP " art de la cuisine " que lui a consentie " l'hôtel-restaurant le Monarque " situé à Blois et qu'il s'investit dans son suivi par la mission locale du Blaisois où il est inscrit depuis le 1er décembre 2019 ne suffisent pas à justifier d'une intégration particulière sur le territoire. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de Loir-et-Cher a estimé que M. A ne démontrait pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

Le rapporteur,

Stéphane F

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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