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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200616

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200616

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAYONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2022, Mme C A Makaya-M'Boko, représentée par Me Bayonne, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ; à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai ;

3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme Makaya-M'Boko soutient que :

- le tribunal devra vérifier que le signataire de la décision de refus de titre de séjour disposait d'une délégation de signature ;

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ; le préfet n'a pas pris en compte sa situation réelle ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 21 septembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- et les observations de Me Bayonne, représentant Mme Makaya-M'Boko.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Makaya-M'Boko, ressortissante congolaise née le 14 janvier 1972, est entrée en France le 15 février 2015, selon ses déclarations. Après avoir demandé au préfet de l'Eure, le 30 mai 2015, une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, elle s'est vu délivrer des autorisations provisoires de séjour puis un titre de séjour d'un an, renouvelé pour une même durée. Par un arrêté du 20 novembre 2019, le préfet de l'Eure a toutefois refusé le renouvellement de ce titre de séjour et a fait obligation à Mme Makaya-M'Boko de quitter le territoire français. Le 24 juin 2021, Mme Makaya-M'Boko a demandé au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour. Par l'arrêté du 25 janvier 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. D B, préfet de Loir-et-Cher, a donné délégation à M. E à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application. Il rappelle la situation administrative de Mme Makaya-M'Boko - notamment les raisons pour lesquelles le titre de séjour qui lui avait été précédemment délivré pour raisons de santé n'a pas été renouvelé - ainsi que sa situation familiale et indique de manière précise les considérations de fait propres à sa situation sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter sa demande. Le refus de titre de séjour contesté est ainsi suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, la motivation de l'arrêté attaqué témoigne de ce que le préfet de Loir-et-Cher a procédé à un examen attentif de la situation personnelle de Mme Makaya-M'Boko. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'arrêté n'indique pas que son époux vit actuellement au Congo, mais fait simplement état de " l'absence d'informations quant à la situation personnelle et géographique " de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

6. Mme Makaya-M'Boko fait valoir qu'elle est séparée de son conjoint et n'a plus d'attache dans son pays d'origine, alors que toute sa famille réside en Europe, particulièrement en France ou vivent deux de ses fils, sa fille, ainsi que le conjoint et les deux enfants de celle-ci. Elle se prévaut de ses efforts d'insertion professionnelle, ainsi que de son rôle auprès de sa famille. Toutefois, la requérante, qui a vécu jusqu'à l'âge de quarante-trois ans dans son pays d'origine, ne justifie pas y être dépourvue de toute attache - alors que le préfet de Loir-et-Cher produit la photocopie de son passeport témoignant de plusieurs séjours dans ce pays en 2018 et 2019. Si elle résidait en France depuis près de sept ans à la date de l'arrêté attaqué, elle n'a séjourné régulièrement sur le territoire français que sous couvert d'autorisations provisoires de séjour puis d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade qui ne lui donnaient pas vocation à s'y installer durablement. Elle ne justifie que d'une activité professionnelle très limitée en France. Si, il est vrai, trois de ses quatre enfants vivent en France et ont acquis la nationalité française, notamment sa fille, qui l'héberge - sans que l'ancienneté de cet hébergement soit avérée au regard notamment des adresses successives de Mme Makaya-M'Boko mentionnées sur les pièces produites à l'appui de la requête - cette circonstance ne suffit pas à permettre de considérer que le refus de titre de séjour opposé à Mme Makaya-M'Boko porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans les mêmes circonstances, et alors que si la requérante fait état de ses problèmes de santé elle ne conteste pas qu'elle peut bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences du refus de titre de séjour sur la situation personnelle de Mme Makaya-M'Boko.

7. En cinquième lieu, eu égard aux éléments exposés au point précédent, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme Makaya-M'Boko tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2022 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme Makaya-M'Boko est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A Makaya-M'Boko et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène LE TOULLEC

Le président-rapporteur,

Frédéric F

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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