jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET BARDON DE FAY AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 février 2022, le 30 mars 2022 et le 10 mars 2023, la préfète d'Indre-et-Loire défère la décision implicite du 24 février 2022 par laquelle la métropole de Tours métropole Val-de-Loire a refusé d'abroger la délibération n°B 21 07 01 020 du 1er juillet 2021 par laquelle le bureau métropolitain a accordé la protection fonctionnelle à M. Wilfried Schwartz, président de la métropole et demande au tribunal :
1°) d'annuler cette décision ;
2°) d'enjoindre au président de Tours métropole Val-de-Loire d'inscrire à l'ordre du jour du bureau métropolitain, après réexamen du bien-fondé de l'octroi de la protection fonctionnelle à M. E, l'abrogation de ladite délibération dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure en ce que le président de Tours métropole Val-de-Loire aurait dû porter le réexamen de l'attribution de la protection fonctionnelle à l'ordre du jour du bureau métropolitain, dès lors que cette compétence revient à cette seule instance et que rien dans les règles de fonctionnement du bureau métropolitain ne s'opposait à ce que le point soit mis à l'ordre du jour par le président de la métropole,
- la décision litigieuse méconnaît les articles L. 2123-35 et L. 5211-15 du code général des collectivités territoriales et l'article L. 242-2 1° du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, quand bien même le jugement du tribunal correctionnel n'est pas définitif, dès lors que les éléments apportés par le jugement du tribunal correctionnel de Tours intervenu le 23 décembre 2021, concernant des faits de violence volontaire commis par M. E, caractérisent une circonstance nouvelle susceptible de justifier l'abrogation de la délibération susvisée lui accordant le bénéfice de la protection fonctionnelle ; ces éléments pouvant révéler une faute personnelle détachable du service et des faits commis pour des motifs privés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mars 2022, le 22 juin 2022 et le 10 mars 2023, Tours métropole Val-de-Loire conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 11 mars 2023, M. F E, représenté par Me Vaseux, conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés. Il demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,
- et les observations de Mme de L'Espinay et de Mme B pour la préfète d'Indre-et-Loire et de Me Lesure pour Tours Métropole Val-de-Loire.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un dépôt de plainte exercé le 23 juin 2021 par M. A D, directeur de cabinet de Tours métropole Val-de-Loire à l'encontre de M. F E, alors président de la métropole, suivi de l'engagement d'une procédure judiciaire, le bureau métropolitain de Tours métropole Val-de-Loire a, par une délibération n° B 21 07 01 020 du 1er juillet 2021, accordé à M. E le bénéfice de la protection fonctionnelle, " pour assurer sa défense, lors de l'enquête ouverte à la suite du dépôt de plainte mais également, le cas échéant devant le Tribunal Correctionnel, dans l'hypothèse où des poursuites seraient envisagées par le parquet ". Le tribunal judiciaire de Tours, statuant publiquement le 23 décembre 2021, a déclaré M. E coupable de " faits de violence par une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 23 juin 2021 " et l'a condamné au paiement d'une amende de 3 000 euros et à une peine d'inéligibilité de six mois. Par courrier adressé au nouveau président de la métropole le 20 août 2021, la préfète d'Indre-et-Loire lui a rappelé les critères d'octroi de la protection fonctionnelle et a demandé à la métropole d'abroger la délibération du 1er juillet 2021, sur le fondement de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration. La préfète demandait également que son courrier soit transmis au bureau métropolitain et que le président invite cette instance à inscrire ce point à l'ordre du jour de sa prochaine séance. Le 26 janvier 2022, le président de Tours métropole Val-de-Loire a demandé communication du jugement du tribunal judiciaire, par courrier au procureur de la république et en a informé la préfète, lui indiquant qu'il y aurait effectivement lieu d'abroger la délibération du 1er juillet 2021 s'il apparaissait, " à la lecture de ce jugement, que des faits constitutifs d'une faute personnelle " y étaient révélés. Il indiquait dans ce même courrier que ce point serait " quoi qu'il en soit () inscrit à l'ordre du jour du prochain bureau métropolitain ". Le jugement du tribunal judiciaire ayant été reçu par la métropole le 11 février 2022 et le point n'ayant pas été inscrit à l'ordre du jour du bureau métropolitain du 21 février 2022, la préfète d'Indre-Loire a exercé un référé suspension auprès du juge des référés du tribunal administratif d'Orléans, le 28 février 2022, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales contre la décision implicite, née le 24 février 2022, refusant d'abroger la délibération du bureau métropolitain de Tours métropole Val-de-Loire n° B 21 07 01 020 du 1er juillet 2021. Par une ordonnance n° 2200635 du 15 mars 2022, la juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande. Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a demandé au juge des référés de la cour administrative d'appel de Versailles, d'annuler l'ordonnance de première instance, de suspendre la décision implicite précitée et d'enjoindre au président de Tours métropole Val-de-Loire d'inscrire à l'ordre du jour du bureau métropolitain, après réexamen du bien-fondé de l'octroi de la protection fonctionnelle à M. E, l'abrogation de ladite délibération dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir. Par une ordonnance du 14 juin 2022, le juge des référés a annulé l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif d'Orléans et a rejeté les demandes de la préfète. Par la présente requête, la préfète d'Indre-et-Loire défère la décision implicite du 24 février 2022 précitée, sur le fondement des articles L.2131-6, premier alinéa et L. 2131-2 1° du code général des collectivités territoriales.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5211-10, premier alinéa du code général des collectivités territoriales : " Le bureau de l'établissement public de coopération intercommunale est composé du président, d'un ou plusieurs vice-présidents et, éventuellement, d'un ou de plusieurs autres membres. " Le sixième alinéa du même article précise les matières pour lesquelles le président, les vice-présidents ou le bureau d'un établissement public de coopération intercommunale ne peuvent pas recevoir de délégation, ces compétences étant réservées à l'organe délibérant. L'octroi de la protection fonctionnelle ne fait pas partie de ces matières. Il ressort par ailleurs de la délibération n° C 21 07 11 005 du conseil métropolitain que : " - Le Conseil métropolitain exerce seul les attributions limitativement énumérées par l'article L5211-10 du code général des collectivités territoriales ainsi que celles déclarées par le juge de sa compétence exclusive ; / - Le Président reçoit compétence pour exercer, par délégation du Conseil métropolitain, les attributions limitativement énumérées ci-après ; / - Le Bureau reçoit quant à lui compétence, par défaut, pour exercer, par délégation du Conseil métropolitain, l'ensemble des attributions ne figurant pas parmi la liste des attributions relevant soit du Conseil métropolitain soit du Président. " Enfin, le règlement intérieur de la métropole précise dans son article 27 : " () lorsqu'il ne délibère pas par délégation de compétences reçue du Conseil, le Bureau, réuni en commission préalable, examine pour avis les projets de délibérations soumis ultérieurement au vote de l'assemblée délibérante, à l'exception des délibérations inscrites à la séance d'installation de l'organe délibérant. "
3. En deuxième lieu et en troisième lieux, aux termes de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales : " le maire ou les élus municipaux le suppléant ou ayant reçu une délégation bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la commune conformément aux règles fixées par le code pénal, les lois spéciales et le présent code ". L'article L. 5211-15 du même code dispose que : " Les établissements publics de coopération intercommunale sont responsables, dans les conditions prévues par les articles L. 2123-31 à L. 2123-33 pour les conseillers municipaux et les maires, des accidents survenus aux membres de leurs organes délibérants et à leurs présidents dans l'exercice de leurs fonctions. / Les dispositions de l'article L. 2123-34 relatives à la responsabilité des élus sont applicables au président et aux vice-présidents ayant reçu délégation. " Enfin, l'article L. 242-2 1° du code des relations entre le public et l'administration prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie. "
4. Pour examiner une demande de protection fonctionnelle, l'autorité administrative peut, sous le contrôle du juge, exciper du caractère personnel de la ou des fautes qui ont conduit à l'engagement de la procédure pénale, sans attendre l'issue de cette dernière ou de la procédure disciplinaire. Elle se prononce au vu des éléments dont elle dispose à la date de sa décision en se fondant, le cas échéant, sur ceux recueillis dans le cadre de la procédure pénale.
5. Dans le cas où l'administration a accordé la protection, elle peut mettre fin à celle-ci pour l'avenir si elle constate postérieurement, sous le contrôle du juge, l'existence d'une faute personnelle. En revanche, le caractère d'acte créateur de droits de la décision accordant la protection fonctionnelle fait obstacle à ce qu'elle puisse légalement retirer, plus de quatre mois après sa signature, une telle décision, hormis dans l'hypothèse où celle-ci aurait été obtenue par fraude.
6. La préfète soutient que la métropole a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que des éléments nouveaux avaient été portés à sa connaissance de sorte que les conditions dans lesquelles la protection fonctionnelle avait été accordée par la délibération du 1er juillet 2021 n'étaient plus réunies. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la délibération n° B 21 07 01 020 du 1er juillet 2021 du bureau métropolitain de Tours métropole Val-de-Loire a limité la portée temporelle de la protection fonctionnelle accordée à son président alors en exercice, M. E. L'exposé des motifs de la délibération précise en effet que cette protection est accordée pour permettre à M. E d'exercer sa défense " lors de l'enquête ouverte à la suite du dépôt de plainte mais également, le cas échéant devant le Tribunal Correctionnel, dans l'hypothèse où des poursuites seraient envisagé[e]s par le parquet ". En l'espèce, le jugement du tribunal correctionnel de Tours, qui a condamné M. E pour délit de violences volontaires commis par personne dépositaire de l'autorité publique, est intervenu le 13 décembre 2021. A la date d'enregistrement du déféré préfectoral, la délibération n° B 21 07 01 020 du 1er juillet 2021 avait donc produit tous ses effets et ne pouvait plus faire l'objet d'une abrogation. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais de justice :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État les sommes que Tours métropole Val-de-Loire et M. E demandent sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le déféré de la préfète d'Indre-et-Loire est rejeté.
Article 2 : Les conclusions de Tours métropole Val-de-Loire présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions de M. E présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet d'Indre-et-Loire, à Tours métropole Val-de-Loire et à M. F E.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Quillévéré, président,
Mme Bernard, première conseillère,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
Pauline C
Le président,
Guy QUILLEVERE
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026