jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BAUER-VIOLAS FESCHOTTE-DESBOIS SEBAGH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 février 2022 et le 30 janvier 2024, M. et Mme B, représentés par la SCP Bauer-Violas Feschotte-Desbois Sebagh, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 21.231 du 30 août 2021 par lequel la préfète coordonnatrice du bassin Loire-Bretagne a désigné les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole dans le bassin Loire Bretagne et l'arrêté n° 21.230 du 30 août 2021 par lequel elle a délimité les zones vulnérables à la pollution par les nitrates dans le bassin Loire Bretagne ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les deux arrêtés sont insuffisamment motivés ;
- les procédure de concertation et de consultation ont été menées en méconnaissance des dispositions de l'article R. 211-77 du code de l'environnement ;
- la procédure est irrégulière au regard de la participation du public non conforme aux dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement et de l'article 7 de la Charte de l'environnement ;
- les arrêtés sont entachés d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation en ce que la méthode retenue pour évaluer les nitrates ne pouvait justifier le classement des communes traversées par le bassin versant de la Joyeuse en zone vulnérable nitrates et qu'il n'a pas été tenu compte de la station d'épuration de Préveranges ;
- ils sont entachés d'erreur d'appréciation s'agissant du classement après délimitation infra-communale du territoire de la commune de Sidiailles des parcelles cadastrées section BD nos 29, 31 à 38 et 40 au sein des zones vulnérables nitrates.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la préfète de la région Centre-Val-de-Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable du fait du défaut d'intérêt à agir des requérants ;
- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 février 2024.
Un mémoire présenté par la préfète de la région Centre-Val-de-Loire a été enregistré le 4 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958, et notamment son Préambule ;
- la directive 91/676/CEE du Conseil du 12 décembre 1991 concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2015-126 du 5 février 2015 ;
- l'arrêté du ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat du 25 janvier 2010 relatif aux méthodes et critères d'évaluation de l'état écologique, de l'état chimique et du potentiel écologique des eaux de surface pris en application des articles R. 212-10, R. 212-11 et R. 212-18 du code de l'environnement ;
- l'arrêté de la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie du 5 mars 2015 précisant les critères et méthodes d'évaluation de la teneur en nitrates des eaux et de caractérisation de l'enrichissement de l'eau en composés azotés susceptibles de provoquer une eutrophisation et les modalités de désignation et de délimitation des zones vulnérables définies aux articles R. 211-75, R. 211-76 et R. 211-77 du code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Feschotte-Debois, représentant M. et Mme B, et de M. C et Mmes A et Morambert, représentant la préfète de la région Centre-Val-de-Loire.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux arrêtés du 30 août 2021, la préfète de région coordonnatrice du bassin Loire-Bretagne a, d'une part, désigné les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole dans ce bassin et, d'autre part, délimité les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole dans ce bassin. Par un courrier du 26 octobre 2021, M. et Mme B ont formé un recours gracieux à l'encontre de ces arrêtés qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la requête ci-dessus analysée, ils demandent l'annulation de ces arrêtés ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 211-75 du code de l'environnement : " Pour l'application de la présente sous-section, on entend par : a) Pollution par les nitrates : rejet de composés azotés de sources agricoles dans le milieu aquatique, directement ou indirectement, ayant des conséquences de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources vivantes et au système écologique aquatique, à porter atteinte aux agréments ou à gêner d'autres utilisations légalement exercées des eaux ; b) Eutrophisation : l'enrichissement de l'eau en composés azotés, provoquant un développement accéléré des algues et des végétaux d'espèces supérieures qui perturbe l'équilibre des organismes présents dans l'eau et entraîne une dégradation de la qualité de celle-ci. " L'article R. 211-76 du même code dispose : " I. - Sont considérées comme atteintes par la pollution par les nitrates : 1° Les eaux souterraines et les eaux douces superficielles, notamment celles servant ou destinées aux captages d'eau pour la consommation humaine, dont la teneur en nitrate est supérieure à 50 milligrammes par litre ; 2° Les () eaux douces superficielles qui subissent une eutrophisation à laquelle l'enrichissement de l'eau en composés azotés provenant de sources agricoles contribue. II. - Sont considérées comme susceptibles d'être polluées par les nitrates : 1° Les eaux souterraines et les eaux douces superficielles, notamment celles servant ou destinées aux captages d'eau pour la consommation humaine, dont la teneur en nitrate est comprise entre 40 et 50 milligrammes par litre et ne montre pas de tendance à la baisse ; 2° Les () eaux douces superficielles susceptibles de subir, si les mesures prévues aux articles R. 211-80 à R. 211-84 ne sont pas prises, une eutrophisation à laquelle l'enrichissement de l'eau en composés azotés provenant de sources agricoles contribue. III. - L'identification des eaux définies aux I et II est fondée sur un programme de surveillance mis en œuvre sur l'ensemble du territoire et renouvelé tous les quatre ans au moins. Ce programme est constitué d'une campagne annuelle de mesure de la teneur en nitrates des masses d'eau et de la collecte de toute donnée contribuant à l'identification des eaux définies aux I et II. A cette fin, il utilise l'analyse des caractéristiques du bassin ou groupement de bassins réalisée en application du 1° du II de l'article L. 212-1 et le programme de surveillance de l'état des eaux établi en application des articles L. 212-2-2 et R. 212-22 () ". Aux termes de l'article R. 211-77 du même code : " I.- Sont désignées comme zones vulnérables toutes les zones qui alimentent les eaux atteintes par la pollution par les nitrates ou susceptibles de l'être et qui contribuent à la pollution ou à la menace de pollution. La désignation des zones vulnérables se fonde sur la teneur en nitrate des eaux douces et sur l'état d'eutrophisation des eaux douces superficielles () qui résultent du programme de surveillance prévu par l'article R. 211-76, tout en tenant compte des caractéristiques physiques et environnementales des eaux et des terres, des connaissances scientifiques et techniques ainsi que des résultats des programmes d'action pris en application des articles R. 211-80 à R. 211-84. Peuvent également être désignées comme zones vulnérables certaines zones qui, sans répondre aux critères définis au premier alinéa, sont considérées comme telles afin de garantir l'efficacité des mesures des programmes d'action mentionnés à l'alinéa précédent () V.- Un arrêté du ministre chargé de l'écologie précise les modalités de désignation et de délimitation des zones vulnérables. "
3. La délimitation des zones vulnérables en application des dispositions de l'article R. 211-76 du code de l'environnement vise à permettre l'application des programmes d'action en vue du respect de la directive européenne du 12 décembre 1991, laquelle établit un cadre de mesures visant à réduire et à prévenir la pollution directe et indirecte des eaux par les nitrates d'origine agricole et impose à cet effet aux Etats-membres d'établir dans ces zones vulnérables des programmes d'action portant sur l'utilisation des fertilisants azotés, ainsi que les pratiques agricoles associées, selon une règle reprise en droit interne au V de l'article R. 211-80 du code de l'environnement.
4. En premier lieu, si en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, certaines décisions administratives individuelles doivent être motivées, les deux arrêtés du 30 août 2021 n'ont pas le caractère de décisions individuelles. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose leur motivation. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 211-77 du code de l'environnement : " () II.- Le préfet coordonnateur de bassin élabore, pour l'application du I, un projet de désignation des zones vulnérables, en concertation avec des organisations professionnelles agricoles, des représentants des usagers de l'eau, des communes et de leurs groupements, des personnes publiques ou privées qui concourent à la distribution de l'eau, des associations agréées de protection de l'environnement intervenant en matière d'eau et des associations de consommateurs. Le projet est simultanément soumis à la consultation des conseils régionaux, () des chambres régionales de l'agriculture, des agences de l'eau, et de la commission régionale de l'économie agricole et du monde rural intéressés par les désignations et transmis pour avis au comité de bassin. Les avis sont réputés favorables s'ils n'interviennent pas dans un délai de deux mois à compter de la transmission de la demande d'avis. En cas d'urgence, le préfet coordonnateur de bassin peut élaborer le projet en concertation avec des personnes et organismes mentionnés au premier alinéa qu'il choisit d'associer et réduire le délai prévu à l'alinéa précédent sans que ce délai puisse être inférieur à deux semaines. Le préfet coordonnateur de bassin désigne les zones vulnérables à l'issue de cette procédure par un arrêté établissant la liste des communes où elles se situent et précisant pour chaque commune si son territoire peut faire l'objet de la délimitation infra-communale prévue au IV. Cet arrêté est rendu public. () "
6. Il résulte de ces dispositions que la procédure d'élaboration de l'arrêté par lequel le préfet coordonnateur de bassin procède à la délimitation des zones vulnérables aux pollutions par les nitrates comporte une phase d'élaboration d'un projet en concertation avec les acteurs énumérés, notamment des organisations professionnelles agricoles, puis une phase de consultation portant sur le projet de délimitation des zones vulnérables, cette dernière devant être effectuée auprès de personnes publiques et organismes énumérés, dont les chambres régionales d'agriculture.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport du bilan de la concertation d'avril 2021 sur la révision 2021 des zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole, que la phase de concertation préalable à l'édiction des arrêtés attaqués s'est déroulée de mi-octobre 2020 à février 2021 et qu'elle a été organisée à deux échelles : celle du bassin et celle des régions. A l'échelle du bassin, le préfet coordonnateur a tenu une réunion le 8 décembre 2020 en visio-conférence avec un groupe composé des membres de la commission planification du comité de bassin, élargie à 17 autres membres de ce même comité, pour présenter l'avant-projet des zones vulnérables. La commission agricole de bassin s'est réunie le 1er décembre 2020 en visio-conférence pour présentation du projet par la Dreal de bassin. Il ressort du compte-rendu du 8 janvier 2021 de la réunion de concertation à l'échelle du bassin qui s'est tenue le 8 décembre 2020 et de l'annexe 1 listant les invités et participants que l'ensemble des personnes devant être concertés en application du II de l'article R. 211-77 du code de l'environnement étaient bien présentes. Par ailleurs, au niveau régional, la réunion de concertation s'est tenue le 17 novembre 2020 et l'Agence régionale de santé, France Nature Environnement, la chambre d'agriculture de la région ont transmis leurs contributions par différents courriers. Si les requérants soutiennent que le délai de deux mois laissé aux différentes personnes pour donner leur avis n'a pas été respecté, il ressort toutefois du rapport du bilan de la concertation que l'avant-projet de zonage a été soumis à concertation durant la période de fin octobre 2020 à février 2021, puis l'examen des propositions suite à la concertation a eu lieu de mars à avril 2021 et les arrêtés litigieux ont été pris le 30 août 2021. Dès lors, les acteurs devant être consultés sur le projet en application des dispositions de l'article R. 211-77 du code de l'environnement ont bien disposé d'un délai suffisant pour transmettre leurs avis. D'autre part, s'agissant de la procédure de consultation prévu par les dispositions de l'article R. 211-77 du code de l'environnement, il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de l'arrêté litigieux que les avis des conseils régionaux, des chambres régionales de l'agriculture, des agences de l'eau, des commissions régionales de l'économie agricole et du monde rural du Bassin Loire-Bretagne et du comité de bassin Loire-Bretagne ont bien été recueillis. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au regard des dispositions précitées doit être écarté.
8. En troisième lieu, selon les I et II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " I.- Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux décisions qui modifient, prorogent, retirent ou abrogent les décisions mentionnées à l'alinéa précédent soumises à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif. / II.- Sous réserve des dispositions de l'article L. 123-19-6, le projet d'une décision mentionnée au I, accompagné d'une note de présentation précisant notamment le contexte et les objectifs de ce projet, est mis à disposition du public par voie électronique et, sur demande présentée dans des conditions prévues par décret, mis en consultation sur support papier dans les préfectures et les sous-préfectures en ce qui concerne les décisions des autorités de l'Etat, y compris les autorités administratives indépendantes, et des établissements publics de l'Etat, ou au siège de l'autorité en ce qui concerne les décisions des autres autorités. Lorsque le volume ou les caractéristiques du projet de décision ne permettent pas sa mise à disposition par voie électronique, la note de présentation précise les lieux et horaires où l'intégralité du projet peut être consultée. / Pour les décisions à portée nationale de l'Etat, y compris les autorités administratives indépendantes, et des établissements publics de l'Etat, la liste indicative des consultations programmées est publiée tous les trois mois par voie électronique. / Au plus tard à la date de la mise à disposition prévue au premier alinéa du présent II, le public est informé, par voie électronique, des modalités de consultation retenues. / Les observations et propositions du public, déposées par voie électronique ou postale, doivent parvenir à l'autorité administrative concernée dans un délai qui ne peut être inférieur à vingt et un jours à compter de la mise à disposition prévue au même premier alinéa. / Le projet de décision ne peut être définitivement adopté avant l'expiration d'un délai permettant la prise en considération des observations et propositions déposées par le public et la rédaction d'une synthèse de ces observations et propositions. Sauf en cas d'absence d'observations et propositions, ce délai ne peut être inférieur à quatre jours à compter de la date de la clôture de la consultation. / Dans le cas où la consultation d'un organisme consultatif comportant des représentants des catégories de personnes concernées par la décision en cause est obligatoire et lorsque celle-ci intervient après la consultation du public, la synthèse des observations et propositions du public lui est transmise préalablement à son avis. / Au plus tard à la date de la publication de la décision et pendant une durée minimale de trois mois, l'autorité administrative qui a pris la décision rend publics, par voie électronique, la synthèse des observations et propositions du public avec l'indication de celles dont il a été tenu compte, les observations et propositions déposées par voie électronique ainsi que, dans un document séparé, les motifs de la décision ".
9. Les arrêtés portant désignation et la délimitation des zones vulnérables ont, au sens des dispositions précitées, une incidence sur l'environnement, et ces arrêtés n'étant pas soumis, par des dispositions leur étant propres, à une participation du public, les dispositions précitées de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement sont utilement invocables.
10. Tout d'abord, la note de présentation du projet de révision des zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole mise à disposition du public était suffisamment précise et présentait tant son contexte que ses objectifs ainsi que la possibilité en application de l'arrêté ministériel du 5 mars 2015 de faire une délimitation infra communale sur les communes désignées en zone vulnérable à l'échelle du bassin versant de masse d'eau en dépassement de seuil. De plus, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport sur le bilan de la consultation d'août 2021 que les observations et propositions du public pouvaient être déposées par voie électronique ou postale durant une période comprise entre le 10 mai 2021 et le 10 juin 2021, soit durant une période suffisante. Par ailleurs, les arrêtés litigieux ayant été pris le 30 août 2021, le délai de prise en considération des observations et propositions déposées par le public était suffisant au regard des dispositions précitées. Enfin, il ressort du rapport du bilan de la consultation d'août 2021 que la proposition d'un projet de zones vulnérables a été soumis à consultation entre mai et juin 2021. Par suite, la consultation a été prise au terme d'une procédure régulière au regard des dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement.
11. En quatrième lieu, M. et Mme B contestent le classement de la masse d'eau " FRGR0339 La Joyeuse " en zone vulnérable à la pollution par les nitrates en relevant qu'un seul point de prélèvement, situé en amont de la commune de Sidiailles sur le territoire de Préveranges, près d'une station d'épuration, a été utilisé alors qu'il n'est pas représentatif du bassin versant. Par ailleurs, ils soutiennent que le nombre de prélèvements de 7 était insuffisamment représentatif pour établir un percentile 90 fiable et que les résultats obtenus sur ces prélèvements sont incohérents.
12. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 5 mars 2015, pris par le ministre chargé de l'écologie sur le fondement du V de l'article R. 211-77 du code de l'environnement et précisant les critères et méthodes d'évaluation de la teneur en nitrates des eaux et de caractérisation de l'enrichissement de l'eau en composés azotés susceptibles de provoquer une eutrophisation et les modalités de désignation et de délimitation des zones vulnérables définies aux articles R. 211-75, R. 211-76 et R. 211-77 de ce code : " La teneur en nitrates retenue pour définir les eaux atteintes par la pollution par les nitrates ou susceptibles de l'être est déterminée par le percentile 90 des teneurs en nitrates mesurées lors de la dernière campagne annuelle du programme de surveillance. La règle du percentile 90 consiste à prendre en compte la valeur en deçà de laquelle se situent 90 % des mesures réalisées au cours de la campagne annuelle du programme de surveillance. Lorsque dix mesures ou moins ont été réalisées au total lors de la campagne, la teneur en nitrates retenue pour définir les eaux atteintes par la pollution par les nitrates ou susceptibles de l'être est la valeur maximale mesurée parmi toutes les mesures réalisées au cours de la campagne. "
13. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la 7e campagne de surveillance qui s'est déroulée du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019, le territoire de la commune de Sidiailles a été classé partiellement parmi les zones vulnérables à la pollution par les nitrates. Ce classement est fondé sur le classement en zone vulnérable de la masse d'eau FRGR0339 " La Joyeuse et ses affluents depuis la source jusqu'à la retenue de Sidiailles ", la commune de Sidiailles étant située en intersection avec le bassin versant qui alimente cette masse d'eau. Il ressort des pièces du dossier que l'analyse des résultats de la masse de la Joyeuse, eau superficielle, a été faite depuis la station (n°04067283) située sur le territoire de la commune de Préveranges laquelle est située en amont de la commune Sidiailles. Sur cette station, sept résultats de prélèvements, réalisés, au cours des mois d'octobre, novembre et décembre 2018 puis en février, avril et juin 2019 ont été analysés et ont montré deux pics en octobre 2018 et en février 2019 avec une teneur en nitrates de 21 mg/L dépassant dès lors 18mg/L en percentile 90 mentionné par les dispositions citées au point précédent. S'il ressort des pièces du dossier que la station n°04460003 située à Abbaye des Pierres sur le territoire de la commune de Sidiailles est également représentative de la masse d'eau de la Joyeuse, la circonstance que les données recueillis sur la station situées à Préveranges sont supérieures à celles des données du point d'analyse de la station Abbaye des Pierres, n'est pas de nature à établir une incohérence dans les résultats des données alors que ces prélèvements n'ont pas été effectués sur la même station et que la station située à Préveranges est également représentative de la qualité de la masse d'eau La Joyeuse. A cet égard, la représentativité de la station à l'échelle d'une masse d'eau ne saurait être justifiée par sa localisation sur le territoire de la commune mais est au contraire déterminée comme " site d'évaluation " au regard des critères précisés par l'arrêté du 25 janvier 2010 relatif aux méthodes et critères d'évaluation de l'état écologique, de l'état chimique et du potentiel écologique des eaux de surface pris en application des articles R. 212-10, R. 212-11 et R. 212-18 du code de l'environnement par le ministre de la transition écologique et solidaire et modifié par arrêté du 27 juillet 2018. L'annexe 10 de cet arrêté précise au demeurant les règles de prise en compte de plusieurs sites d'évaluation au sein d'une masse d'eau en indiquant que pour l'évaluation de l'état chimique de masses d'eau disposant de plusieurs sites d'évaluation, l'état chimique de la masse d'eau correspond à l'état chimique de ces stations lorsqu'ils coïncident, sinon à l'état chimique de la station la plus déclassante. Par ailleurs, si les requérants se prévalent de la présence de la station d'épuration à proximité de la station située aux Paumes à Préveranges et de la pression liée aux macro polluants organiques, les dispositions des articles R. 211-75 et R. 211-76 du code de l'environnement citées au point 2, ont pour objet de permettre le classement des zones qui alimentent les eaux menacées ou atteintes par la pollution aux nitrates. Ces dispositions prises pour la transposition de la directive 91/676/CEE du conseil du 12 décembre 1991, telle que l'interprétation en a été donnée dans son arrêt du 29 juillet 1999 par la Cour de justice des communautés européennes, prévoient que ce classement doit concerner les terres qui alimentent des eaux menacées ou atteintes par la pollution au nitrate, lorsque le rejet de composés azotés de source agricole contribue de manière significative à cette menace ou à cette pollution par les nitrates. Ainsi, à la supposer établie, la circonstance que la préfète de région n'aurait pas pris en compte les seules pollutions d'origine agricole et aurait omis d'analyser la pression significative exercée par les rejets de la station d'épuration, n'affecte pas la légalité des arrêtés et ce alors qu'il ressort au demeurant des pièces du dossier que la zone est peu urbanisée et comprend de nombreuses exploitations agricoles. Enfin, en se bornant à indiquer que le nombre de prélèvements de 7 était insuffisant et en invoquant une recommandation de l'Agence de l'eau, les requérants n'établissent pas l'erreur d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation s'agissant du classement en zones vulnérables nitrates doivent être écartés.
14. En cinquième lieu, aux termes du IV de l'article R. 211-77 du code de l'environnement : " Dans le délai d'un an suivant la publication de l'arrêté de désignation prévu au II, le préfet coordonnateur de bassin procède, s'il y a lieu et si elle est possible, à la délimitation infra-communale des zones vulnérables pour les eaux superficielles en fonction des limites des bassins versants. En l'absence de délimitation, les programmes d'action s'appliquent sur la totalité du territoire de la commune désignée. " Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 5 mars 2015 : " Lorsqu'en application du IV de l'article R. 211-77 du code de l'environnement, il est procédé à une délimitation infracommunale des zones vulnérables pour les eaux superficielles en fonction des limites des bassins versants, l'ensemble du bassin versant qui alimente une masse d'eau superficielle atteinte par la pollution par les nitrates ou susceptible de l'être est inclus dans la zone vulnérable. La délimitation infracommunale s'appuie sur un référentiel hydrographique des bassins versants alimentant les eaux atteintes par la pollution par les nitrates ou susceptibles de l'être. Elle est effectuée en fonction des limites cadastrales ou des éléments topographiques pertinents. "
15. Les requérants soutiennent que les arrêtés litigieux sont entachés d'erreur d'appréciation en ce que, après délimitation infracommunale des zones vulnérables pour la commune de Sidiailles, ils intègrent les parcelles cadastrées section BD nos 29, 31 à 38 et 40 alors que ces parcelles ne délimitent pas le bassin versant de la Joyeuse et n'alimentent pas cette masse d'eau et que la section BD est traversée par la route départementale 997 en un point haut du bassin hydrographique de la Joyeuse.
16. Le rapport final d'août 2021 sur la révision 2021 des zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole et notamment du point 4.3 " Cartes de classement des communes " a explicité les critères d'intersection avec les masses d'eau. Il précise que pour les communes retenues pour une délimitation infra-communale de la zone vulnérable, un calcul du pourcentage de la superficie communale concernée par une masse d'eau a été effectué et qu'une commune a été proposée non classée, à la condition que d'autres critères de classement ne s'appliquent pas à cette commune, si le recouvrement est inférieur à 1% pour les masses d'eau superficielles et à 4% pour les masses d'eau souterraines. Le rapport précise ensuite que pour les communes ayant été retenues comme devant être classées partiellement, les feuilles cadastrales ont été retenues lorsqu'elles recoupaient pour au moins 10% de leur surface une masse d'eau superficielle classée. Par suite, et alors que les requérants ne contestent pas que la section BD recoupe pour au moins 10% de sa surface la masse d'eau de la Joyeuse classée et alors qu'il ressort de l'arrêté du 5 mars 2015 que la délimitation infracommunale est effectuée en fonction des limites cadastrales ou des éléments topographiques pertinents, les époux B n'établissent pas que la préfète de région aurait entaché l'arrêté portant délimitation infracommunale d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et Mme D B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de la région Centre-Val de Loire.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026