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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200660

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200660

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mars 2022, M. B A, représenté par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " ou un titre de séjour portant la mention " étranger malade " ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour, de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un récépissé avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il sollicitait un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade et qu'il appartenait au préfet de saisir préalablement à sa décision le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour avis ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de l'ensemble des moyens de droit qu'il a invoqué au soutien de sa demande de régularisation dès lors qu'il n'y est pas fait référence à sa participation à des activités d'économie solidaire, ni à la circulaire NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012 et que les pièces qu'il a produites ne sont pas visées ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant la Guinée comme pays de destination est illégale dès lors que le préfet n'a pas démontré qu'il pourrait y bénéficier des traitements adaptés à sa pathologie ;

- l'arrêté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques qu'il encourt dans son pays d'origine.

Par un mémoire enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 janvier 1987, est entré sur le territoire français le 15 août 2010, selon ses déclarations. Après le rejet de sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 février 2011, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 3 mai 2013, il a fait l'objet d'un arrêté du 25 juin 2013 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le recours formé par M. A contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 18 février 2014 du tribunal administratif d'Orléans. L'intéressé a alors présenté une demande de réexamen qui a été rejetée par l'OFPRA le 26 novembre 2013, selon la procédure prioritaire. Le préfet de Loir-et-Cher a pris à l'encontre de M. A, le 21 janvier 2014, un nouvel arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 24 septembre 2014. L'avocat de M. A ayant, par un courrier du 22 février 2017, demandé la régularisation de la situation de son client, le préfet de Loir-et-Cher, par arrêté du 2 août 2017, a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé et lui a fait à nouveau obligation de quitter le territoire français. Toutefois, par un jugement du 16 janvier 2018, le tribunal administratif d'Orléans a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de statuer à nouveau sur la demande de M. A dans un délai d'un mois. Par un nouvel arrêté du 28 septembre 2018, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure et a, en outre, prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par un jugement du 26 mars 2019, le tribunal administratif d'Orléans a annulé cet arrêté en tant qu'il prononçait une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A. A la suite de cette annulation partielle, M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a présenté, le 21 février 2020, une demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade. Cette demande a été classée sans suite le 21 octobre 2020 en raison de la défaillance de M. A. Le 4 mars 2021, il a de nouveau sollicité de la préfecture de Loir-et-Cher l'examen de son admission exceptionnelle au séjour. A raison de sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans, sa situation a été examinée par la commission du titre de séjour qui a émis, le 28 septembre 2021, un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par l'arrêté attaqué du 17 décembre 2021, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les article L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé et indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de M. A, notamment s'agissant de sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans, de sa situation professionnelle et de son état de santé, sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé - s'est fondé pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité et lui faire obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait comme en droit de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

5. Si M. A entend soutenir que le préfet de Loir-et-Cher avant de prendre la décision contestée aurait dû consulter le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort explicitement de la demande de titre de séjour qu'il a formulée le 3 mars 2021 par le biais de son conseil que " quoi qu'il en soit, aujourd'hui M. A ne souhaite plus déposer une demande de titre étranger malade ". Dès lors, le moyen tiré du défaut de consultation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments de droit qui étaient soumis par M. A au soutien de sa demande de titre de séjour. La circonstance que ni l'ensemble des pièces produites par le requérant au soutien de sa demande, ni la circulaire du 28 novembre 2012 ne soient visés par l'arrêté contesté est sans incidence.

7. En quatrième lieu, alors même que M. A, entré en France en 2010, résiderait depuis sans interruption sur le territoire français, où vit également son frère, il n'est pas contesté que le fils mineur du requérant réside dans son pays d'origine. Par suite, nonobstant l'engagement associatif de M. A et le réseau amical qu'il a pu développer en France, dont il atteste par la production de multiples attestations, le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prises à son encontre ne peuvent pas être regardées comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent dès lors être écartés.

8. En cinquième lieu, les éléments de la situation personnelle de M. A, et notamment sa durée de présence en France - qui résulte essentiellement du fait qu'il n'a pas déféré à trois mesures d'éloignement successivement prises à son encontre - ainsi que les circonstances que le requérant s'est rapproché d'agences d'intérim et qu'il se serait investi dans le bénévolat, ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets, par sa circulaire du 28 novembre 2012, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Au demeurant, le bénévolat exercé par le requérant auprès du Secours Catholique ne relève pas de la participation " aux activités d'économie solidaire portées par un organisme agréé au niveau national par l'Etat et régi par les dispositions de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles " visée par le b) du point 2.2.3. de cette circulaire. Le préfet de Loir-et-Cher a pu ainsi, sans entacher son appréciation d'une erreur manifeste, refuser de régulariser la situation de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, les éléments produits par le requérant, et notamment la copie d'un mandat d'arrêt du 31 mai 2013 dont l'authenticité n'est au demeurant pas établie, ne permettent pas d'établir la réalité des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier, et notamment de l'attestation du médecin traitant de M. A, que celui-ci souffrirait d'atteintes psychologiques " du fait de ce qu'il a vécu dans son pays ", ainsi qu'il le soutient, qui feraient obstacle à un retour en Guinée où, par ailleurs, il n'établit pas ne pas pouvoir bénéficier des traitements nécessités par son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

Le rapporteur,

Stéphane C

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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