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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200661

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200661

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRENOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er mars 2022 et le 17 janvier 2024, la Chambre régionale d'agriculture C, la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricole de la région C et le syndicat des Jeunes D de la région, représentés par Me Renouard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 21.231 du 30 août 2021 par lequel la préfète de région coordonnatrice du bassin Loire-Bretagne a désigné les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole dans ce bassin, l'arrêté du 30 août 2021 n° 21.230 par lequel elle a délimité les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole dans ce bassin et le rejet implicite de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés ont été pris à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des dispositions de l'article R. 211-77 du code de l'environnement ;

- la procédure de participation du public préalable à l'édiction des arrêtés a méconnu les dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;

- les arrêtés sont illégaux en raison de l'illégalité de l'arrêté ministériel du 5 mars 2015 précisant les critères et méthodes d'évaluation de la teneur en nitrates des eaux et de caractérisation de l'enrichissement de l'eau en composés azotés susceptibles de provoquer une eutrophisation et les modalités de désignation et de délimitation des zones vulnérables définies aux articles R. 211-75, R. 211-76 et R. 211-77 du code de l'environnement, lequel est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation quant à la méthodologie retenue ;

- les arrêtés sont entachés d'erreur d'appréciation s'agissant du classement de différentes masses d'eaux en zones vulnérables nitrates ;

- ils sont entachés d'erreur de droit s'agissant du classement du bassin Bedat et de la masse d'eau FRGR1940 l'Engièvre ;

- ils méconnaissent le principe de sécurité juridique faute de prévoir des mesures transitoires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la préfète de la région Centre-Val-de-Loire conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal prononce une annulation partielle des arrêtés du 30 août 2021.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958, et notamment son Préambule ;

- la directive 91/676/ CEE du 12 décembre 1991 concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles ;

- le code de l'environnement ;

- le décret n° 2015-126 du 5 février 2015 ;

- l'arrêté de la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie du 5 mars 2015 précisant les critères et méthodes d'évaluation de la teneur en nitrates des eaux et de caractérisation de l'enrichissement de l'eau en composés azotés susceptibles de provoquer une eutrophisation et les modalités de désignation et de délimitation des zones vulnérables définies aux articles R. 211-75, R. 211-76 et R. 211-77 du code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Nogenier, représentant les requérants, et de M. B et Mmes A et Morambert, représentant la préfète de la région Centre-Val de Loire.

Considérant ce qui suit :

1. La chambre régionale d'agriculture C, la fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles C et le syndicat des jeunes agriculteurs C demandent l'annulation des arrêtés du 30 août 2021 par lesquels la préfète coordonnatrice bassin Loire-Bretagne a, d'une part, désigné les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole dans ce bassin, et, d'autre part, délimité les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole dans ce bassin. Ils demandent également l'annulation de la décision par laquelle le préfet a rejeté leur recours gracieux formé le 29 octobre 2021 à l'encontre de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 211-75 du code de l'environnement : " Pour l'application de la présente sous-section, on entend par : a) Pollution par les nitrates : rejet de composés azotés de sources agricoles dans le milieu aquatique, directement ou indirectement, ayant des conséquences de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources vivantes et au système écologique aquatique, à porter atteinte aux agréments ou à gêner d'autres utilisations légalement exercées des eaux ; b) Eutrophisation : l'enrichissement de l'eau en composés azotés, provoquant un développement accéléré des algues et des végétaux d'espèces supérieures qui perturbe l'équilibre des organismes présents dans l'eau et entraîne une dégradation de la qualité de celle-ci. " L'article R. 211-76 du même code dispose : " I. - Sont considérées comme atteintes par la pollution par les nitrates : 1° Les eaux souterraines et les eaux douces superficielles, notamment celles servant ou destinées aux captages d'eau pour la consommation humaine, dont la teneur en nitrate est supérieure à 50 milligrammes par litre ; 2° Les () eaux douces superficielles qui subissent une eutrophisation à laquelle l'enrichissement de l'eau en composés azotés provenant de sources agricoles contribue. II. - Sont considérées comme susceptibles d'être polluées par les nitrates : 1° Les eaux souterraines et les eaux douces superficielles, notamment celles servant ou destinées aux captages d'eau pour la consommation humaine, dont la teneur en nitrate est comprise entre 40 et 50 milligrammes par litre et ne montre pas de tendance à la baisse ; 2° Les () eaux douces superficielles susceptibles de subir, si les mesures prévues aux articles R. 211-80 à R. 211-84 ne sont pas prises, une eutrophisation à laquelle l'enrichissement de l'eau en composés azotés provenant de sources agricoles contribue. III. - L'identification des eaux définies aux I et II est fondée sur un programme de surveillance mis en œuvre sur l'ensemble du territoire et renouvelé tous les quatre ans au moins. Ce programme est constitué d'une campagne annuelle de mesure de la teneur en nitrates des masses d'eau et de la collecte de toute donnée contribuant à l'identification des eaux définies aux I et II. A cette fin, il utilise l'analyse des caractéristiques du bassin ou groupement de bassins réalisée en application du 1° du II de l'article L. 212-1 et le programme de surveillance de l'état des eaux établi en application des articles L. 212-2-2 et R. 212-22 () ".

3. La délimitation des zones vulnérables en application des dispositions de l'article R. 211-76 du code de l'environnement vise à permettre l'application des programmes d'action en vue du respect de la directive européenne du 12 décembre 1991, laquelle établit un cadre de mesures visant à réduire et à prévenir la pollution directe et indirecte des eaux par les nitrates d'origine agricole et impose à cet effet aux Etats-membres d'établir dans ces zones vulnérables des programmes d'action portant sur l'utilisation des fertilisants azotés, ainsi que les pratiques agricoles associées, selon une règle reprise en droit interne au V de l'article R. 211-80 du code de l'environnement.

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 211-77 du code de l'environnement : " () II.- Le préfet coordonnateur de bassin élabore, pour l'application du I, un projet de désignation des zones vulnérables, en concertation avec des organisations professionnelles agricoles, des représentants des usagers de l'eau, des communes et de leurs groupements, des personnes publiques ou privées qui concourent à la distribution de l'eau, des associations agréées de protection de l'environnement intervenant en matière d'eau et des associations de consommateurs. Le projet est simultanément soumis à la consultation des conseils régionaux, () des chambres régionales de l'agriculture, des agences de l'eau, et de la commission régionale de l'économie agricole et du monde rural intéressés par les désignations et transmis pour avis au comité de bassin. Les avis sont réputés favorables s'ils n'interviennent pas dans un délai de deux mois à compter de la transmission de la demande d'avis. En cas d'urgence, le préfet coordonnateur de bassin peut élaborer le projet en concertation avec des personnes et organismes mentionnés au premier alinéa qu'il choisit d'associer et réduire le délai prévu à l'alinéa précédent sans que ce délai puisse être inférieur à deux semaines. Le préfet coordonnateur de bassin désigne les zones vulnérables à l'issue de cette procédure par un arrêté établissant la liste des communes où elles se situent et précisant pour chaque commune si son territoire peut faire l'objet de la délimitation infra-communale prévue au IV. Cet arrêté est rendu public. () "

5. Il résulte de ces dispositions que la procédure d'élaboration de l'arrêté par lequel le préfet coordonnateur de bassin procède à la délimitation des zones vulnérables aux pollutions par les nitrates comporte une phase d'élaboration d'un projet en concertation avec les acteurs énumérés, notamment des organisations professionnelles agricoles, puis une phase de consultation portant sur le projet de délimitation des zones vulnérables, cette dernière devant être effectuée auprès de personnes publiques et organismes énumérés, dont les chambres régionales d'agriculture.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport du bilan de la concertation d'avril 2021 sur la révision 2021 des zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole que la phase de concertation préalable à l'édiction des arrêtés attaqués s'est déroulée de mi-octobre 2020 à février 2021 et qu'elle a été organisée à deux échelles : celle du bassin et celle des régions. A l'échelle du bassin, le préfet coordonnateur a tenu une réunion le 8 décembre 2020 en visio-conférence avec un groupe composé des membres de la commission planification du comité de bassin, élargie à 17 autres membres de ce même comité, pour présenter l'avant-projet des zones vulnérables. La commission agricole de bassin s'est réunie le 1er décembre 2020 en visio-conférence pour présentation du projet par la Dreal de bassin. Il ressort du compte-rendu du 8 janvier 2021 de la réunion de concertation à l'échelle du bassin qui s'est tenue le 8 décembre 2020 et de l'annexe 1 listant les invités et participants que l'ensemble des personnes devant être concertés en application du II de l'article R. 211-77 du code de l'environnement étaient bien présentes notamment des représentants des organisations professionnelles et pas seulement les chambres d'agriculture, les dispositions précitées n'imposant pas la consultation de l'ensemble des organisations professionnelles agricoles existantes. Enfin, les dispositions précitées n'imposent pas davantage d'inclure les SAFER dans la concertation.

7. En deuxième lieu, selon les I et II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " I.- Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / () / Au plus tard à la date de la publication de la décision et pendant une durée minimale de trois mois, l'autorité administrative qui a pris la décision rend publics, par voie électronique, la synthèse des observations et propositions du public avec l'indication de celles dont il a été tenu compte, les observations et propositions déposées par voie électronique ainsi que, dans un document séparé, les motifs de la décision ".

8. Les arrêtés portant désignation et la délimitation des zones vulnérables ont, au sens des dispositions précitées, une incidence sur l'environnement, et ces arrêtés n'étant pas soumis, par des dispositions leur étant propres, à une participation du public, les dispositions précitées de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement sont utilement invocables.

9. Si les requérants soutiennent que le rapport de synthèse de la consultation du public n'a été publié sur le site internet de la préfecture que le 1er septembre 2021, soit postérieurement à la date de publication des arrêtés, une telle circonstance n'est en tout état de cause pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure de participation du public, laquelle s'est déroulée, au demeurant, conformément aux dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement.

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.

11. En troisième lieu, selon l'article R. 211-77 du code de l'environnement : " I.- Sont désignées comme zones vulnérables toutes les zones qui alimentent les eaux atteintes par la pollution par les nitrates ou susceptibles de l'être et qui contribuent à la pollution ou à la menace de pollution. / La désignation des zones vulnérables se fonde sur la teneur en nitrate des eaux douces et sur l'état d'eutrophisation des eaux douces superficielles, des eaux des estuaires, des eaux côtières et marines qui résultent du programme de surveillance prévu par l'article R. 211-76, tout en tenant compte des caractéristiques physiques et environnementales des eaux et des terres, des connaissances scientifiques et techniques ainsi que des résultats des programmes d'action pris en application des articles R. 211-80 à R. 211-84. / Peuvent également être désignées comme zones vulnérables certaines zones qui, sans répondre aux critères définis au premier alinéa, sont considérées comme telles afin de garantir l'efficacité des mesures des programmes d'action mentionnés à l'alinéa précédent. / II () / III () / IV () / V.- Un arrêté du ministre chargé de l'écologie précise les modalités de désignation et de délimitation des zones vulnérables ". Sur le fondement des dispositions précitées du V de l'article R. 211-77 du code de l'environnement, le ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie a pris le 5 mars 2015 un arrêté précisant les critères et méthodes d'évaluation de la teneur en nitrates des eaux et de caractérisation de l'enrichissement de l'eau en composés azotés susceptibles de provoquer une eutrophisation et les modalités de désignation et de délimitation des zones vulnérables définies aux articles R. 211-75, R. 211-76 et R. 211-77 du code de l'environnement. Les requérants invoquent, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'arrêté du 5 mars 2015.

12. L'article 1er de l'arrêté du 5 mars 2015 dispose tout d'abord que : " La teneur en nitrates retenue pour définir les eaux atteintes par la pollution par les nitrates ou susceptibles de l'être est déterminée par le percentile 90 des teneurs en nitrates mesurées lors de la dernière campagne annuelle du programme de surveillance. / La règle du percentile 90 consiste à prendre en compte la valeur en deçà de laquelle se situent 90 % des mesures réalisées au cours de la campagne annuelle du programme de surveillance. Lorsque dix mesures ou moins ont été réalisées au total lors de la campagne, la teneur en nitrates retenue pour définir les eaux atteintes par la pollution par les nitrates ou susceptibles de l'être est la valeur maximale mesurée parmi toutes les mesures réalisées au cours de la campagne ". Le recours à cette règle du percentile 90 permet la prise en compte de la variabilité dans le temps des valeurs de pollution. Les requérants ne sont, dès lors, pas fondés à soutenir que l'édiction de cette règle conduirait, par principe, à prendre en compte certains pics non représentatifs. De plus, la méthode du recours à la valeur maximale ne saurait être interprétée comme permettant de se dispenser de réaliser, selon la fréquence et les modalités appropriées, les mesures de teneur en nitrates que requiert la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 211-1 du code de l'environnement.

13. L'arrêté du 5 mars 2015 prévoit ensuite, à son article 3, que " les masses d'eau superficielles dont la teneur en nitrates dépasse 18 mg/l en percentile 90 sont considérées comme subissant ou susceptibles de subir une eutrophisation des eaux douces superficielles ; elles contribuent aussi à l'eutrophisation ou à la menace d'eutrophisation des eaux des estuaires, des eaux côtières et marines. Les communes en intersection avec les bassins versants qui alimentent ces masses d'eaux sont désignées en tant que zone vulnérable ". Les requérants soutiennent que le recours au seuil de 18 mg/l est réducteur, dès lors que le phénomène d'eutrophisation résulte de nombreux facteurs autres que la présence de nitrates. Ils font également valoir que ce seuil ne repose sur aucune étude scientifique démontrant sa pertinence. Toutefois, le recours au seul critère tiré de la teneur en nitrates peut légalement être retenu, dès lors que la présence de nitrates concourt au risque d'eutrophisation des eaux et que ce critère permet de respecter les objectifs de protection des eaux.

14. Enfin si les requérants soutiennent que l'arrêté ministériel du 5 mars 2015 ne définit pas les modalités d'organisation des campagnes annuelles de prélèvement, cette circonstance est sans incidence sur sa légalité dès lors qu'il n'est pas allégué qu'une telle omission méconnaitrait une obligation incombant au ministre chargé de l'écologie fixant, en application du V de l'article R. 211-77 du code de l'environnement précité, les critères et méthodes d'évaluation de la teneur en nitrates des eaux.

15. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à contester, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'arrêté du 5 mars 2015 dont les arrêtés attaqués font application.

16. En quatrième lieu, les requérants soutiennent également que les arrêtés sont entachés d'erreur d'appréciation compte tenu des conséquences importantes qu'emporte le classement en zones vulnérables à la pollution par les nitrates pour les bassins présentant une agriculture extensive. Ils se prévalent, à titre d'exemple, du classement de la masse d'eau FRGR0146 " Cher et affluents depuis la source jusqu'au complexe de Rochebut ", couvert à 80% de prairies permanentes. Toutefois, la circonstance que ce classement soit de nature à affecter, par une réglementation stricte engendrant des coûts importants, les exploitations agricoles, n'est pas de nature à entacher d'erreur d'appréciation les arrêtés litigieux. D'autre part, et à supposer que les requérants contestent le classement de la masse d'eau FRGR0146, il ressort des pièces du dossier et notamment du graphique des prélèvements effectués que des pics supérieurs à 18mg/L ont été relevés et justifient son classement en zone vulnérable nitrates.

17. En outre, les requérants soutiennent que la préfète aurait dû identifier les zones affectées par les pollutions d'origine agricole des autres. Ils soutiennent notamment que les bassins versants du ruisseau des Assats (masse d'eau FRGR1278) et du Pignols (masse d'eau FRGR1030) sont situés à proximité de stations d'épuration des eaux usées à l'origine de diverses pollutions, de sorte que l'origine agricole de la pollution par les nitrates n'est pas établie. Toutefois, les dispositions des articles R. 211-75 et R. 211-76 du code de l'environnement, citées au point 2, ont pour objet de permettre le classement des zones qui alimentent les eaux menacées ou atteintes par la pollution au nitrate. Il ressort des termes de ce texte pris pour la transposition de la directive 91/676/CEE du conseil du 12 décembre 1991 susvisée, telle que l'interprétation en a été donnée dans son arrêt du 29 juillet 1999 par la Cour de justice des communautés européennes, que ce classement doit concerner les terres qui alimentent des eaux menacées ou atteintes par la pollution aux nitrates, lorsque le rejet de composés azotés de source agricole contribue de manière significative à cette menace ou à cette pollution. Ainsi, à la supposer établie, la circonstance que ces masses d'eau seraient également concernées par des pollutions ayant une origine autre qu'agricole n'affecte pas la légalité des arrêtés litigieux. Par suite, et alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier que le secteur est peu urbanisé et concerné par de grandes cultures, la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation en classant les masses d'eaux FRGR1278 et FRGR1030 parmi les zones vulnérables aux nitrates.

18. S'agissant du classement de la masse d'eau FRGR0277 " Le Mourgon et ses affluents depuis la source jusqu'à la confluence avec l'Allier ", il est constant que cette masse d'eau a été classée au cours de la 6ème campagne de surveillance. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les résultats des prélèvements effectués lors de la 7e campagne de surveillance ne permettent pas de justifier le classement au regard de la règle du percentile 90. Si la préfète de la région Centre-Val de Loire se prévaut des dispositions du SDAGE 2016-2021 prévoyant que ne pourront être déclassées que les zones sur lesquelles les actions engagées auront permis une baisse significative et durable des teneurs en nitrates, cette seule circonstance ne saurait justifier le classement de la masse d'eau FRGR0277 alors qu'il n'est pas établi qu'elle devrait être classée au regard de l'article 3 de l'arrêté du 5 mars 2015 s'agissant des masses d'eau superficielles subissant ou susceptibles de subir une eutrophisation des eaux douces superficielles ni au regard des teneurs définis par les dispositions de l'article R. 211-76 du code de l'environnement s'agissant des eaux souterraines et eaux douces superficielles considérées comme atteintes par la pollution par les nitrates ou comme susceptibles d'être pollués par les nitrates. Il s'ensuit qu'en classant la masse d'eau du Mourgon, l'autorité administrative a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

19. Les requérants soutiennent que les arrêtés sont entachés d'erreur de droit en ce que le classement de la station de Bedat est fondé sur des prélèvements datant du mois de mai 2018, soit à une date antérieure à la 7e campagne du programme de surveillance. En application des dispositions du III de l'article R. 211-76 du code de l'environnement, citées au point 2, l'identification des eaux atteintes et susceptibles d'être polluées par la pollution par les nitrates est fondée sur un programme de surveillance mis en œuvre sur l'ensemble du territoire et renouvelé tous les quatre ans au moins. Ce programme est constitué d'une campagne annuelle de mesure de la teneur en nitrates des masses d'eau, qui en l'espèce correspond à la 7e campagne annuelle qui s'est déroulée du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019, et de la collecte de toute donnée contribuant à l'identification de ces eaux. Par suite, la circonstance que la préfète a pris en compte une mesure de teneur en nitrates de 26,3 mg/L, prise en dehors de la campagne annuelle de surveillance, n'est pas de nature à entacher d'erreur de droit les arrêtés litigieux.

20. Enfin, les requérants soutiennent que le classement de la masse d'eau FRGR1940 " Engièvre et ses affluents depuis la source jusqu'à la confluence avec la Loire " est entaché d'erreur d'appréciation au motif que la circonstance que cette masse d'eau avait déjà été classée au titre de la 6e campagne annuelle de surveillance ne permettait pas de la classer à nouveau alors qu'aucune mesure de la teneur en nitrates n'a été réalisée au cours de la 7e campagne annuelle et que les autres données témoignent d'une amélioration significative de la qualité des eaux. Alors qu'il est constant qu'aucune mesure n'a été réalisée au cours de la 7e campagne de surveillance, la seule circonstance que cette masse d'eau était antérieurement classée, en l'absence de tout autre élément, ne saurait justifier le classement de cette masse d'eau. Il s'ensuit qu'en classant la masse d'eau de l'Engièvre, l'autorité administrative a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

21. En dernier lieu, une réglementation nouvelle a, en principe, vocation à s'appliquer immédiatement, sous réserve, d'une part, du respect des exigences attachées au principe de non-rétroactivité des actes administratifs, d'autre part, de l'obligation qui incombe à l'autorité investie du pouvoir réglementaire, agissant dans les limites de sa compétence et dans le respect des règles qui s'imposent à elle, d'édicter, pour des motifs de sécurité juridique, les mesures transitoires qu'implique, s'il y a lieu, cette réglementation nouvelle. Il en va ainsi lorsque l'application immédiate des règles nouvelles, de fond ou de procédure, entraînerait, au regard de leur objet et de leurs effets, une atteinte excessive aux intérêts publics ou privés en cause.

22. En l'espèce, l'intérêt public s'attachant à la maîtrise des pollutions justifiait une entrée en vigueur immédiate des arrêtés attaqués. Ainsi, et alors que les requérants, qui ont au demeurant été largement associés au processus d'élaboration de ces arrêtés, n'établissent pas qu'une atteinte excessive à leurs intérêts privés faisait obstacle à cette entrée en vigueur immédiate, ils ne sont pas fondés à soutenir que des mesures transitoires auraient dû être édictées.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué n°21.231 en tant qu'il désigne comme zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole les communes en intersection avec les bassins versants alimentant la masse d'eau de l'Engièvre (FRGR1940) et du Mourgon (FRGR0277). Ils sont également fondés à demander, par voie de conséquence, l'annulation de l'arrêté attaqué n° 21.230 portant délimitation des zones vulnérables à cette pollution en tant qu'il concerne ces communes ainsi que l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet coordonnateur de bassin a rejeté leur recours gracieux formé le 29 octobre 2021, dans la même mesure. Leurs conclusions tendant à l'annulation du surplus des décisions attaquées doivent, en revanche, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés pris le 30 août 2021 par la préfète coordonnatrice du bassin Loire-Bretagne désignant les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d'origine agricole et délimitant ces zones sont annulés en tant qu'ils concernent les communes en intersection avec les bassins versants alimentant les masses d'eaux de l'Engièvre et du Mourgon. La décision implicite par laquelle le préfet coordonnateur de bassin a rejeté leur recours gracieux formé le 29 octobre 2021 est annulée, dans la même mesure.

Article 2 : L'Etat versera à la chambre régionale d'agriculture C, à la fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles C et au syndicat des jeunes agriculteurs C la somme globale de 1 500 euros par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la chambre régionale d'agriculture Auvergne-Rhône-Alpes, à la fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles Auvergne-Rhône-Alpes et au syndicat des jeunes agriculteurs C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de région Centre-Val de Loire

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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