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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200696

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200696

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2022, M. A B représenté par Me Boy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", ou à titre subsidiaire, de lui fixer un rendez-vous dans les plus brefs délais afin qu'il puisse déposer son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté contesté n'est pas établie ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- il remplit les conditions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettant de se voir délivrer un titre de séjour et sa situation répond aux orientations fixées par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain, né le 12 avril 1987 est entré en France le 25 juin 2016 sous couvert d'un visa C, valable du 9 juin au 27 juillet 2016. A l'expiration de son visa, il s'est maintenu sur le territoire. Un contrôle opéré par les services de police le 3 février 2022 a fait apparaître qu'il travaillait sans titre l'y autorisant, dans une boucherie installée à Orléans. Après audition par les services de police, la préfète du Loiret a prononcé à son encontre le 3 février 2022, une obligation de quitter le territoire français. C'est la décision dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Benoît Lemaire, Secrétaire général de la préfecture du Loiret, lequel dispose d'une délégation de signature accordée par la préfète du Loiret aux termes d'un arrêté du 27 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret sous le n° 45-2021-197, à effet notamment de signer : " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports et correspondances relatives aux attributions de l'Etat dans le département du Loiret, (), à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions du comptable public () ", exceptions dont ne relève pas l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque donc en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il a été fait application, rappelle les conditions de séjour de M. B sur le territoire et notamment son maintien sans titre sur le territoire à l'expiration de son visa. Il précise qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour et tire ses revenus d'un travail sans y avoir été autorisé. Il mentionne également au titre des éléments de sa situation personnelle qu'il est marié mais vit séparé de son épouse. Dès lors, l'arrêté contesté est suffisamment motivé. Le moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, l'intéressé soutient que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi au motif, d'une part, qu'il est entaché d'une erreur de fait et d'autre part, en ce qu'il n'a pas été mis à même, du fait de son interpellation, de produire les éléments attestant de sa situation personnelle. Toutefois, s'il établit, dans le cadre de la présente instance, être entré régulièrement sur le territoire, sous couvert d'un visa de court séjour, contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté contesté, il ressort des pièces du dossier, et plus spécialement du procès-verbal d'audition du 3 février 2022, qu'il a pu présenter de manière effective ses observations aux services de police, dans le cadre de sa retenue aux fins de vérification de sa situation administrative. Il a ainsi fourni des éléments précis sur les circonstances de son entrée en France, sa situation de famille, et ses conditions d'existence sur le territoire national. Alors qu'il ressort des visas de l'arrêté contesté, que la préfète a pris en compte les éléments de sa situation personnelle, tels qu'ils résultent de ses déclarations aux services de police, la seule circonstance que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait n'est pas de nature à établir qu'il n'a pas été procédé à un examen approfondi de sa situation. Le moyen doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. Le requérant soutient qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées au point 5. Il ajoute qu'alors qu'il réside sur le territoire depuis plus de six ans et dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 25 mai 2018 avec la SARL Boucherie 2002 ainsi que des bulletins de salaire couvrant une période continue de plus de 2 ans, il répond aux orientations fixées par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il n'établit pas avoir, depuis son entrée sur le territoire, déposé une demande de titre de séjour visant à régulariser sa situation. Dans ces conditions, il ne peut utilement soutenir que la préfète du Loiret aurait dû procéder à la régularisation de sa situation. Au surplus, alors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Le moyen, non fondé, doit donc être écarté.

7. En dernier lieu, si M B soutient que la décision contestée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. La circonstance, à la supposer établie, qu'il réside en France de manière continue depuis 2016 n'est pas par elle-même de nature à établir la réalité et l'intensité des liens qu'il aurait noués sur le territoire. Par ailleurs, il n'établit pas davantage être exposé à des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour au Maroc. Par suite, le moyen non fondé doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante ans la présente instance, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 20222 à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

Hélène C

La présidente,

Anne Laure DELAMARRE

La greffière,

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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