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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200764

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200764

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2022, M. A B, représenté par Me Blin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 janvier 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'avis défavorable du service de la main d'œuvre étrangère (SMOE) ne lui a pas été communiqué ;

- la décision de refus de titre est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il doit se voir délivrer un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son employeur ayant éprouvé des difficultés de recrutement ;

- il répond aux exigences posées par la circulaire du 28 novembre 2012 car il est présent depuis plus de 5 ans, travaille et a un contrat à durée indéterminée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par courrier du 24 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal envisage de substituer à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel la décision portant refus de titre de séjour a été prise, l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 d'une part, et le pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet, d'autre part.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 29 juin 1990, est entré régulièrement en France le 20 octobre 2016, a sollicité le 22 juin 2021 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié ". Par un arrêté en date du 14 janvier 2022, dont il demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord, cité au point précédent. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

3. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

4. La décision attaquée, prise à tort sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser la délivrance à M. B d'une carte de séjour en qualité de salarié, peut également trouver son fondement légal dans l'exercice par le préfet du pouvoir de régularisation discrétionnaire dont il dispose. Ce fondement légal peut être substitué au fondement erroné retenu par la préfète d'Eure-et-Loir dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision de refus de titre en litige, que la préfète, saisie par M. B d'une demande de régularisation en qualité de " salarié ", a procédé à l'examen de cette demande et a pris une décision qui mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels elle a entendu se fonder. Il ne résulte ni de cette motivation, ni d'aucune pièce du dossier qu'elle n'a pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Le refus de séjour n'est par suite entaché ni d'un défaut d'examen ni d'une telle erreur de droit.

6. En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que le service de la main d'œuvre étrangère (SMOE) auquel la demande de régularisation présentée par M. B a été transmise, a émis un avis défavorable le 18 octobre 2021, il ne résulte toutefois d'aucun texte ni d'aucun principe que la préfète aurait dû procéder à la communication de cet avis à l'intéressé. Le moyen tiré d'un vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, à l'appui de sa requête, M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de ce qu'il travaille depuis le 1er mars 2019 sous couvert d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'aide pâtissier et de ce que son employeur a eu des difficultés de recrutement pour le poste qu'il occupe. Toutefois, et malgré l'ancienneté de sa présence en France, ces éléments ne permettent pas à eux seuls d'établir que l'admission au séjour du requérant répondrait à des motifs exceptionnels. Dès lors, la préfète d'Eure-et-Loir n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation sur le fondement de son pouvoir de régularisation.

8. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les orientations générales, adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ne constituent pas des lignes directrices dont il est possible de se prévaloir à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

Anne C

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène DEFRANC-DOUSSETLa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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