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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200795

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200795

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCARROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. D C, représenté par Me Carroger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021, par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle énonce qu'il est dans l'obligation de présenter un contrat de professionnalisation ou d'apprentissage dans le cadre de la formation qu'il suit, alors qu'il justifie d'une scolarisation au sein du lycée Gaudier-Breska pour l'année 2021-2022 dans le cadre d'un CAP " menuiserie aluminium verre " ;

- la décision est entachée d'une deuxième erreur de fait en ce qu'elle énonce que les services spécialisés de la police aux frontières saisis pour expertise de ses justificatifs d'état-civil auraient émis un avis défavorable concernant leur authenticité, alors qu'aux termes d'un jugement du 17 août 2020, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Paris a relevé qu'aucun des points de contrôle des actes présentés n'a été déclaré non conforme par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité, ni été déclarés illégaux, falsifiés ou contrefaits ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation alors qu'il est particulièrement investi dans sa formation et donne entière satisfaction dans le cadre de ses stages.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

Par un mémoire enregistré le 7 juin 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant D C, ressortissant malien né le 10 juillet 2003, est entré irrégulièrement en France en mars 2020, selon ses déclarations. Le 3 mai 2021, il a sollicité de la part de l'administration son admission exceptionnelle au séjour en tant que travailleur temporaire. Par un arrêté du 14 décembre 2021 notifié le 23 février 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, la préfète du Loiret, qui n'était pas saisie par M. C d'une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 423-23 du même code depuis le 1er mai 2021, ainsi qu'il ressort des termes du courrier adressé par l'intéressé le 3 mai 2021, n'était pas tenue d'examiner d'office si le requérant pouvait se voir délivrer un titre de séjour en application de ces dispositions. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des mentions de l'arrêté attaqué, que la préfète ait procédé à cet examen. Par suite, et à supposer qu'il s'en prévale, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance () entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil () sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. D'une part, le requérant soutient qu'il était inscrit au sein du lycée Gaudier-Breska pour l'année scolaire 2021-2022 dans le cadre d'un CAP " Menuiserie Aluminium Verre " et remplissait ainsi la condition de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative au suivi depuis au moins six mois d'une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment de la note de l'aide sociale à l'enfance du Loiret du 3 mai 2021 que le requérant poursuivait depuis le 4 janvier 2021 et jusqu'à la fin de cette année scolaire des études en unité pédagogique pour élèves allophones nouvellement arrivés. Dès lors, M. C ne peut être regardé comme justifiant suivre depuis au moins six mois à la date de l'arrêté attaqué une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas davantage poursuivre une formation qualifiante à la date de l'arrêté attaqué. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation commises au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.

6. D'autre part, à supposer même que la préfète du Loiret ait commis une erreur de fait en considérant qu'il n'est pas établi que M. C était effectivement âgé de moins de dix-huit ans à la date à laquelle il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, une telle erreur est sans incidence sur la légalité de la décision en litige dont elle n'a pas déterminé le sens, puisque la préfète, pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour du requérant, s'est également fondée sur l'absence de justification par ce dernier de la poursuite d'une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Le moyen doit également être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que la décision portant refus de séjour prise à l'encontre de M. C n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre est dépourvue de base légale. Ce moyen doit donc être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète du Loiret du 14 décembre 2021 présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le rapporteur,

Emmanuel B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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