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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200823

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200823

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, M. B F, représenté par Me Konate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de pouvoir ou de signature spéciale et motivée et régulièrement publiée au bénéfice de l'auteur de l'acte ;

- la décision qui fait mention de formules stéréotypées est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il est intégré dans la société française, désireux de travailler en France, que plusieurs cousins et amis résident sur ce même territoire et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de pouvoir ou de signature spéciale et motivée et régulièrement publiée au bénéfice de l'auteur de l'acte ;

- la décision qui fait mention de formules stéréotypées est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de pouvoir ou de signature spéciale et motivée et régulièrement publiée au bénéfice de l'auteur de l'acte ;

- la décision qui fait mention de formules stéréotypées est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'il encourt des traitements inhumains ou dégradants en Mauritanie ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, que la préfète a omis de vérifier, au vu du dossier dont elle disposait, si les mesures qu'elle entendait prendre ne portaient pas atteinte à sa vie ou sa liberté et, d'autre part, qu'il est militant politique du mouvement initiative pour résurgence du mouvement abolitionniste, qu'il a été persécuté pour ses opinions politiques dans son pays et que la Mauritanie n'est pas un pays stable au plan politique.

Par un mémoire enregistré le 14 juillet 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour sont irrecevables dès lors qu'elle n'a jamais été saisie par M. F d'une demande de titre de séjour ;

- pour le surplus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Konate, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, ressortissant mauritanien né le 15 février 1988, entré irrégulièrement en France le 1er novembre 2018, selon ses déclarations, s'est présenté en préfecture le 28 novembre 2018 pour y faire enregistrer une demande d'asile. A la suite de la consultation du système Eurodac, une demande de prise en charge a été adressée le 5 décembre 2018 aux autorités espagnoles et par un arrêté du 17 juillet 2019, le préfet du Loiret, constatant l'accord implicite des autorités espagnoles, a décidé le transfert de M. F à ces autorités. L'intéressé n'ayant pas été transféré dans le délai de six mois imparti, la France est devenue responsable de sa demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 janvier 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 novembre 2021. A la suite de ce rejet, par un arrêté du 22 février 2022, la préfète du Loiret a fait obligation à M. F de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. F demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que les conclusions de M. F dirigées contre l'arrêté du 22 février 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de destination, en tant qu'elles tendent à l'annulation d'une décision inexistante de refus de délivrance d'un titre de séjour sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme C E, préfète du Loiret, a donné délégation à M. D à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont la préfète du Loiret a fait application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique les circonstances de fait propres à la situation de M. F sur lesquelles la préfète s'est fondée pour lui faire obligation de quitter le territoire français, tirées de ce que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Au surplus, l'arrêté attaqué rappelle que M. F, entré en France le 1er novembre 2018, déclare être marié à une ressortissante mauritanienne et père de quatre enfants mineurs, de sorte que sa famille ne résidant pas en France, en lui faisant obligation de quitter le territoire français il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est distincte de la décision fixant le pays de destination, est ainsi suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, contrairement à ce que soutient le requérant l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet par l'arrêté en litige n'a pas été prise sur le fondement d'un refus d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité d'une décision de refus de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français est inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. F fait valoir sa durée de présence sur le territoire français, ainsi que l'existence de liens familiaux et amicaux en France. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'était présent en France que depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est constant qu'il y est entré afin de demander l'asile, demande qui a été rejetée par l'OFPRA le 17 janvier 2020 puis par la CNDA le 29 novembre 2021. Par ailleurs, si M. F produit deux attestations de deux cousins, titulaires d'une carte de résident pour l'un et d'une carte de séjour pluriannuelle pour l'autre, au demeurant très peu circonstanciées, l'intéressé qui est marié et père de quatre enfants mineurs, n'établit, ni n'allègue d'ailleurs, aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale dans son pays d'origine en Mauritanie, où il est né et a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et où résident encore son épouse et ses enfants. Dans ces conditions, en prenant l'obligation de quitter le territoire attaquée, la préfète du Loiret n'a pas porté au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels cette décision est intervenue, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la préfète du Loiret n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. F.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions se sont substituées à celles de l'article L. 513-2 du même code invoquées par le requérant : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux déjà mentionnés au point 3.

11. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que M. F est de nationalité mauritanienne et précise qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée.

12. En dernier lieu, si M. F fait état des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son appartenance au mouvement Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste, il ne produit aucun document nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation déjà portée sur sa situation par l'OFPRA et la CNDA lors de l'examen de sa demande d'asile. La production d'une documentation à caractère général sur la scène politique mauritanienne à la suite des élections législatives, régionales et locales de septembre 2018 et présidentielles de juin 2019 ne permet pas d'établir la réalité et l'actualité de risques personnellement encourus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète du Loiret du 22 février 2022 présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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