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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200831

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200831

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRENDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, M. B D, représenté par Me Renda, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique présenté le 7 février 2022 à l'encontre de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure car la préfète a omis de soumettre sa situation à la commission du titre de séjour avant de refuser le titre sollicité alors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au regard des dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie être marié depuis le 23 juillet 2017 avec une ressortissante française et qu'il n'est pas allégué qu'il serait en état de polygamie, que la communauté de vie des époux aurait cessé depuis leur mariage ou que son épouse n'aurait pas conservé la nationalité française ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il justifie d'une présence continue et permanente en France remontant à 2012 et il est fondé à se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision qui porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car sa situation révèle l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il justifie être marié depuis plus de trois ans et résider en France depuis plus de dix ans.

Par un mémoire enregistré le 2 juin 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Le ministre de l'intérieur, à qui la procédure a été communiquée le 9 janvier 2023, n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de prononcer d'office une injonction de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au cas d'annulation de l'arrêté attaqué.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1979, est entré irrégulièrement en France le 1er février 2012, selon ses déclarations. Le 23 août 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 14 janvier 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande l'annulation de cet arrêté, ainsi que de la décision du ministre de l'intérieur rejetant implicitement son recours hiérarchique présenté le 7 février 2022 à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un extrait d'acte de mariage que M. D s'est marié à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) le 25 février 2017 et non le 25 juillet 2017, qu'il est présent sur le territoire français à tout le moins depuis cette date, soit depuis près de cinq ans à la date de la décision attaquée, et que son épouse, Mme C, a la nationalité française. Par ailleurs, le requérant justifie d'un domicile commun du couple à Dreux (Eure-et-Loir) et aucune pièce du dossier ne remet en cause la réalité de la communauté de vie des époux, au demeurant non contestée en défense, qui remonte elle-même à près de cinq ans à la date de la décision contestée. Ainsi, compte tenu des liens qui unissent M. D et son épouse, quand bien même ses parents, frère et sœur résident au Pakistan, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle et n'a présenté que très tardivement une demande de régularisation de sa situation, la décision lui refusant le séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, ainsi que la décision du ministre de l'intérieur rejetant implicitement le recours hiérarchique formé à l'encontre de l'arrêté du 14 janvier 2022 doivent également être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement qu'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. D sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Renda renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Renda de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 14 janvier 2022 et la décision du ministre de l'intérieur portant rejet implicite du recours hiérarchique de M. D présenté le 7 février 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Renda, avocate de M. D, une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la préfète d'Eure-et-Loir, au ministre de l'intérieur et Me Renda.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

M. Joos, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Lucie BARRUET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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