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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200840

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200840

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mars 2022 et le 9 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Madrid, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision expresse de rejet du 5 octobre 2022, confirmée le 29 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite attaquée est illégale pour défaut de motivation malgré une demande de motifs adressée le 28 mai 2021 à la préfète du Loiret ;

- la décision expresse de rejet est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie par la préfète en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle justifie d'une présence habituelle et continue de plus de dix ans sur le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de circonstances particulières en ce qu'elle n'a plus d'attache dans son pays d'origine, que sa famille proche réside sur le territoire français en situation régulière et que sa présence est nécessaire à sa mère ainsi qu'à sa sœur malade ;

- la décision de la préfète du Loiret est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me Madrid, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 2 février 1973, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français en 2011 après avoir quitté le Maroc en 2007 et résidé en Espagne jusqu'à son arrivée en France. Le 16 novembre 2020, elle a sollicité des services de la préfecture du Loiret la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14, alors applicables, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquelles se sont substituées à compter du 1er mai 2021 les dispositions des articles L. 423-13 et L. 435-1 du même code. En l'absence de réponse de la préfète du Loiret dans les quatre mois suivants sa demande, elle a adressé à cette dernière, le 28 mai 2021, une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet. Par un courrier du 2 juin 2021, la préfète du Loiret l'a informée que sa demande était toujours en cours d'instruction. Reçue en entretien par les services de la préfecture le 30 mars 2022, Mme B s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois afin de justifier de son intégration sociale et professionnelle sur le territoire français. Par une décision du 5 octobre 2022, postérieure à l'introduction de la requête initiale de Mme B tendant à l'annulation de la décision implicite de refus prise par la préfète du Loiret, cette dernière lui a expressément refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et l'a invitée à quitter le territoire français dans le délai d'un mois.

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision implicite de la préfète du Loiret lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 5 octobre 2022 et les moyens spécifiquement dirigés contre la décision implicite sont donc inopérants.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée, qui vise les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète du Loiret a fait application ainsi que les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de la requérante, en particulier s'agissant de l'ancienneté alléguée de sa présence sur le territoire français et de la présence de sa fratrie, sur lesquelles la préfète - qui n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de la requérante - s'est fondée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par les dispositions de l'article L. 435-1, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle.

6. Si Mme B entend se prévaloir des dispositions citées au point précédent pour soutenir que la préfète du Loiret a entaché sa décision d'un vice de procédure à défaut d'avoir consulté préalablement la commission du titre de séjour, elle ne justifie pas par les pièces qu'elle produit à l'appui de sa requête d'une résidence habituelle depuis plus de dix ans en France à la date de la décision attaquée. Tout d'abord, un doute persiste sur sa date d'entrée sur le territoire français dès lors qu'il n'est fait mention d'aucune date dans sa demande de titre de séjour et que lors de son entretien avec les services de la préfecture elle a fait état d'une date d'arrivée en 2010 alors que dans sa requête elle dit être entrée sur le territoire français en 2011. Par ailleurs, elle ne produit aucun élément probant permettant d'attester d'une présence sur le territoire français en 2012, 2013, 2014 et 2015. Enfin, il ressort d'un courrier, qu'elle a elle-même produit à l'appui de sa requête, qu'en janvier 2013, elle a démissionné d'un emploi qu'elle occupait dans une entreprise de nettoyage domiciliée près de Madrid. Dans ces conditions, alors que seule sa sœur atteste d'une entrée sur le territoire français en 2011, Mme B ne peut être considérée comme justifiant d'une présence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans. Par conséquent, la préfète du Loiret n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour et le moyen tiré du vice de procédure résultant d'un défaut de saisine de cette commission doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la demande de la requérante.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

9. Mme B soutient qu'elle réside habituellement en France depuis 2011 toutefois, comme il a été dit au point 6 du présent jugement, elle ne l'établit pas et ne justifie d'une présence habituelle que depuis 2016 soit depuis à peine un peu plus de six ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs si elle se prévaut de la présence régulière sur le territoire français de l'ensemble de sa fratrie ainsi que de nombreux neveux et nièces, elle n'établit pas par la seule production d'attestations de leur part aux termes desquelles il n'est fait mention que du fait qu'elle s'occupe de sa mère et d'une sœur malade qu'elle entretient avec sa famille des relations particulièrement étroites alors que par ailleurs elle n'établit pas, notamment par la production de deux contrats de travail à durée déterminée de quelques jours datant de 2022, dont l'un postérieur à la date de la décision attaquée, avoir noué sur le territoire français d'autres liens sociaux de nature à démontrer son intégration dans la société française. Si elle allègue que sa présence auprès de sa mère âgée et de sa sœur en situation de handicap est indispensable et qu'elle-seule peut s'occuper d'elles, elle ne le démontre pas alors que résident sur le territoire français d'autres membres de la famille, tous domiciliés à Orléans ou dans son agglomération. Dès lors, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de trente quatre ans dans son pays d'origine et près de six ans en Espagne avant d'entrer sur le territoire français et qu'elle n'a entamé aucune démarche en vue de sa régularisation avant plusieurs années de présence, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète en prenant la décision attaquée a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète doit être écarté.

12. En dernier lieu, toujours pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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