vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AUBRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. A N'Kazi, représenté par Me Aubry, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte temporaire de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est fait mention à tort de la nationalité française de ses enfants ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de la réalité et de la stabilité de ses liens familiaux en France ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile telles qu'interprétées par la circulaire du 28 novembre 2012 ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire enregistré le 6 mai 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
M. N'Kazi a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A N'Kazi, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 16 avril 1983, est entré sur le territoire français le 14 février 2009 muni d'un passeport revêtu d'un visa C voyage d'affaires valable trente jours. Il a sollicité le bénéfice de l'asile le 15 avril 2009 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui a rejeté sa demande par une décision du 22 juin 2009. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français malgré une première mesure d'éloignement du 12 novembre 2009, à la suite de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui a fait l'objet d'une décision de refus du préfet de Loir-et-Cher le 2 juin 2014, il lui a été fait une nouvelle fois obligation de quitter le territoire français. Ne déférant pas à cette mesure en se maintenant une nouvelle fois sur le territoire français, il a présenté le 7 janvier 2021 auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour justifiée par la naissance de deux enfants en 2016 et 2019. Le 28 septembre 2021, la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour à M. N'Kazi et par l'arrêté attaqué du 7 décembre 2021, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Loir-et-Cher du 25 janvier 2021, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit donc être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, si le requérant fait valoir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait résultant de la mention de la nationalité française de ses enfants, il ne ressort pas du dossier que cette simple erreur de plume aurait amené le préfet de Loir-et-Cher à examiner la situation de M. N'Kazi de manière erronée. Le moyen tiré de l'erreur de fait qu'aurait commise le préfet doit par suite être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
5. Le requérant fait valoir qu'il vit en France depuis 2009 et qu'il y a l'ensemble de ses liens familiaux. Toutefois, si effectivement il est père de deux enfants nés en France le 16 septembre 2016 et le 19 novembre 2019, il ressort des pièces du dossier que ces enfants sont nés de mères différentes dont il est séparé et qu'il n'en a pas la garde. Par ailleurs, il n'établit pas, par la seule production de huit copies de virements d'argent auxquels il a procédé en faveur des mères de ses enfants, de trois attestations peu circonstanciées de proches et de quelques photographies non datées, qu'il participe de manière régulière à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. En outre, malgré une présence continue en France alléguée de plus de dix ans, il n'établit pas y avoir noué de liens particulièrement solides de nature à justifier de son intégration à la société française alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans dans son pays d'origine. Dans ces conditions, malgré sa participation active à l'association La Passerelle, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher a, par la décision contestée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Eu égard aux éléments exposés au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de Loir-et-Cher a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de régulariser sa situation sur le fondement de ces dispositions.
8. En dernier lieu, si M. N'Kazi entend se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, les orientations générales qu'elle comporte ne sont pas opposables à l'administration.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. N'Kazi n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour contester la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
11. Si M. N'Kazi fait valoir qu'il a rencontré ses compagnes et fondé sa famille en France, il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit au point 5, qu'il est séparé de ces dernières et qu'il est toujours célibataire. S'il a eu avec ses anciennes compagnes deux enfants, nés en 2016 et 2019, les attestations établies par ses proches ne sont pas de nature à établir, à elles seules, l'effectivité de sa relation avec ces derniers alors qu'il ne ressort pas en outre des pièces du dossier qu'il participe à leur entretien de manière régulière. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'aurait portée le préfet en lui faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
13. Si M. N'Kazi fait valoir que la décision par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui fait obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 11, qu'à la date de la décision attaquée il se soit particulièrement investi dans l'éducation de ses enfants et qu'il entretienne avec eux des liens d'une grande intensité. Dès lors, M. N'Kazi n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. N'Kazi doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. N'Kazi est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A N'Kazi et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
Le rapporteur,
Stéphane B
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026