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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200959

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200959

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200959
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLEVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, M. E B, représenté par Me Blévin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2022 par laquelle le maire de Chartres l'a licencié pour abandon de poste ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chartres une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la signataire de la décision disposait d'une délégation de signature régulière lui donnant compétence ;

- la décision de le licencier est illégale dès lors qu'il était en arrêt maladie ;

- la procédure d'abandon de poste est viciée : il a justifié sa non reprise par ses arrêts maladie.

Par un mémoire enregistré le 16 août 2022, la commune de Chartres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Best-De Gand,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de M. B et de M. A, représentant la commune de Chartres.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique territorial titulaire, exerçant ses fonctions au sein des services de la commune de Chartres en qualité d'agent de sécurité sur la voie publique été victime, le 23 mars 2017, d'un accident de trajet. Il a conservé des séquelles de cet accident et présente une incapacité permanente partielle dont le taux a été évalué, en dernier lieu, le 16 mars 2021 à hauteur de 20 % (5% au titre de séquelles physiques et 15% au titre d'un syndrome de stress post traumatique). Lors de sa séance du 16 février 2021, le comité médical départemental a déclaré M. B inapte absolu et définitif à toute fonction de son grade. M. B a refusé de bénéficier d'une période préparatoire au reclassement professionnel le 9 mars 2021 et a sollicité un reclassement professionnel dans un poste compatible avec son état de santé. Un reclassement de M. B dans une autre filière a alors été cherché par son employeur. Le 22 juin 2021, la commission départementale de réforme a rendu avis favorable au reclassement sur le poste d'" aide au directeur à l'école Jules Ferry " de Chartres et un avis favorable au poste d'" agent d'accueil et d'hôtellerie au sein de la maison des élus " à Chartres. La commune de Chartres a proposé à M. B un reclassement en tant qu'agent d'accueil et d'hôtellerie à la maison des élus. Par un courrier du 30 novembre 2021, M. B a été mis en demeure de rejoindre son poste. M. B ne s'étant pas exécuté, il a été une nouvelle fois mis en demeure, le 17 janvier 2022, sous peine de licenciement pour abandon de poste. Par la décision attaquée du 26 janvier 2021, M. B a été licencié pour ce motif. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : / 1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie () ". La décision attaquée est signée par Mme D C, directrice générale adjointe des ressources humaines et de la modernisation sociale de Chartres qui a reçu délégation du maire de Chartres le 15 février 2021 aux fins de signer notamment les arrêtés en matière de gestion du personnel. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention, avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

4. L'agent qui se trouve en position de congé de maladie est regardé comme n'ayant pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, il ne peut en principe faire l'objet d'une mise en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service, à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer, dans les conditions définies au point 3 ci-dessus, son licenciement pour abandon de poste. Il en va toutefois différemment lorsque l'agent, reconnu apte à reprendre ses fonctions par le comité médical départemental, se borne, pour justifier sa non présentation ou l'absence de reprise de son service, à produire un certificat médical prescrivant un nouvel arrêt de travail sans apporter, sur l'état de santé de l'intéressé, d'éléments nouveaux par rapport aux constatations sur la base desquelles a été rendu l'avis du comité médical.

5. Il ressort, d'une part, des pièces du dossier que l'état de santé de M. B a été regardé comme consolidé par l'expert l'ayant examiné, le 13 mars 2021. Le médecin de prévention a précisé ensuite dans un avis rendu le 1er juin 2021 que l'état de santé de M. B permettait une reprise d'activité professionnelle dans le cadre d'un reclassement et que le reclassement de M. B était possible sur le poste " agent d'accueil et hôtellerie de la maison des élus ". La commission de réforme saisie a rendu en juin 2021 un avis favorable au reclassement de M. B dans les deux postes envisagés par le service des ressources humaines de Chartres. La commission de réforme, dans un nouvel avis d'octobre 2021, a fixé la date de consolidation de M. B au 13 mars 2021 et a fixé son taux d'IPP à 20 %.

6. D'autre part, il ressort encore des pièces du dossier que M. B a été invité en octobre 2021 par deux fois à s'entretenir avec le directeur du cabinet du maire afin de préparer sa prise de poste au sein de la maison des élus. M. B ne s'est pas présenté à ces deux entretiens. M. B a ensuite été mis en demeure de rejoindre son poste une première fois le 30 novembre 2021 puis une seconde fois le 17 janvier 2022, cette seconde mise en demeure l'avertissant de ce qu'il serait licencié pour abandon de poste s'il ne se présentait pas à son poste de travail sauf à présenter un motif valable d'absence. Si M. B s'est manifesté auprès des services de la commune, il s'est borné à faire valoir qu'il était en arrêt maladie et à fournir un certificat médical de son médecin traitant précisant qu'il n'était pas consolidé. Toutefois, ce dernier certificat, émanant d'un médecin traitant non assermenté qui contredit les conclusions du médecin expert assermenté et de la commission de réforme sans étayer ses constations, ne peut être regardé comme apportant valablement des éléments nouveaux sur l'état de santé de M. B au regard des constatations effectuées par le médecin expert et la commission de réforme. Par suite, M. B ne peut être regardé comme ayant justifié de sa non reprise de travail. Dès lors, sans méconnaître la réglementation applicable aux arrêts maladie, et sans que la procédure suivie ne puisse être regardée comme viciée, la commune de Chartres a pu, à bon droit, licencier M. B pour abandon de poste.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour M. B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la commune de Chartres.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Best-De Gand, première conseillère, faisant fonction de présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Laura Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

L'assesseure la plus ancienne

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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