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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200976

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200976

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, M. A B, représenté par Me Aubry, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2022 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'annuler la décision implicite du préfet de Loir-et-Cher refusant de lui délivrer un document provisoire de séjour portant autorisation de travailler ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et subsidiairement d'enregistrer sa demande de titre de séjour, de l'instruire et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour :

- la décision de refus d'enregistrement de sa demande méconnaît les dispositions de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable ;

- le préfet a méconnu l'obligation lui incombant de transmettre sa demande à l'autorité compétente en application des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en refusant d'instruire sa demande de titre sans la transmettre à l'autorité territorialement compétente, le préfet l'a privé de la garantie de l'effectivité du droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision entreprise l'a privé de la possibilité même de déposer une demande de titre de séjour et ainsi, porté atteinte à une garantie essentielle de voir sa situation examinée ;

Sur le refus implicite de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour :

- en refusant d'enregistrer sa demande, le préfet a nécessairement et implicitement refusé de lui délivrer un document attestant du dépôt de sa demande de titre séjour en méconnaissance des dispositions articles L. 431-3 et R. 431-10 à R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version actuelle ;

- ce refus méconnaît les articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le préfet n'a pas donné suite à la demande de communication des motifs qu'il a présentée le 14 juin 2021 ;

Sur le refus de titre de séjour :

- l'auteur de la décision entreprise, Mme C D, ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- cette décision méconnaît l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour dans sa version alors applicable ainsi que les dispositions de l'article L. 313-14 du même code.

La requête a été communiquée au préfet le 12 avril 2022.

Par un courrier du 12 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour en l'absence d'une telle décision, à défaut pour le préfet d'avoir enregistré une demande de titre de séjour.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 12 juin 1984, est entré en France le 11 mai 2012 selon ses déclarations. Le 2 février 2021, par l'intermédiaire de son conseil, il a sollicité des services de la préfecture de Loir-et-Cher la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable. Par un courrier du 30 mars 2021, les services de la préfecture de Loir-et-Cher ont adressé à M. B une demande de pièces complémentaires portant notamment sur ses justificatifs de domicile à laquelle son conseil a répondu par un courrier daté du 6 avril 2021. Par un message électronique adressé à la préfecture le 14 juin 2021, son conseil sollicitait que lui soient indiqués les motifs pour lesquels aucun récépissé de demande de titre de séjour n'avait été adressé à son client. Aucune suite n'ayant été donnée à cette demande, par un courrier du 20 décembre 2021, son conseil adressait à la préfecture de Loir-et-Cher en vue de compléter la demande de titre de séjour de M. B, de nouvelles pièces relatives à la naissance d'un deuxième fils et sollicitait dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour, la délivrance d'un document autorisant provisoirement son client à séjourner et à travailler sans plus de délai. Par un courrier du 18 janvier 2022, le préfet de Loir-et-Cher, constatant après enquête que M. B ne résidait pas en Loir-et-Cher, s'est déclaré incompétent pour instruire sa demande et l'a invité à prendre contact avec la préfecture de son lieu de résidence. Par un courrier du 14 février 2022 auquel était joint l'intégralité de son dossier de demande de titre de séjour ainsi que des pièces complémentaires, M. B, par l'intermédiaire de son conseil, contestant les conclusions de l'enquête menée par les services de la préfecture, a sollicité du préfet de Loir-et-Cher qu'il réexamine sa demande et qu'il lui délivre, dans cette attente, un document provisoire de séjour. Par un courrier du 21 février 2022, le préfet de Loir-et-Cher a informé le conseil de M. B que le dossier de titre de séjour de M. B lui avait été retourné le 18 janvier 2022 afin qu'il puisse se rapprocher de la préfecture de son lieu de résidence, l'enquête des services de la Police nationale réalisée le 24 décembre 2021 ayant révélé qu'il ne résidait pas au domicile indiqué dans sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. B sollicite du tribunal qu'il annule la décision du 21 février 2022 du préfet de Loir-et-Cher refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour, ainsi que les décisions implicites par lesquelles le préfet a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus implicite de délivrance d'un titre de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 18 janvier 2022, le préfet de Loir-et-Cher a informé le requérant que sa demande de titre de séjour ne pouvait pas être enregistrée. A la suite de cette décision de refus d'enregistrement, le conseil du requérant a adressé au préfet de Loir-et-Cher une lettre datée du 14 février 2022 par laquelle il sollicitait de cette autorité qu'elle revienne sur son refus d'enregistrement et instruise la demande de titre de séjour de M. B. Un tel courrier, qui aux dires du requérant était d'ailleurs accompagné de son dossier de demande de titre de séjour et de pièces tendant à justifier de la compétence territoriale du préfet de Loir-et-Cher, doit être regardé comme un recours gracieux formé par le requérant à l'encontre de la décision du 18 janvier 2022, lequel a fait l'objet de la part du préfet d'une décision confirmative du refus d'enregistrement initial. Il en résulte qu'à défaut d'enregistrement de la demande de titre de séjour, aucune décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour n'a pu naître. Dès lors, en l'absence d'un refus implicite de délivrance d'un titre de séjour, les conclusions de la requête à fin d'annulation d'un tel refus sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 février 2022 de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour :

3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux, qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Dès lors, d'une part, les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 21 février 2022 du préfet de Loir-et-Cher doivent être regardées comme tendant également à l'annulation de la décision du 18 janvier 2022 par lequel le préfet a refusé d'enregistrer la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a présentée le 3 février 2021, et d'autre part, les moyens dirigés contre la décision portant rejet du recours gracieux sont inopérants, ses vices propres ne pouvant être contestés.

4. Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police () ". Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour, d'apprécier si celle-ci relève de sa compétence territoriale à la date à laquelle il statue. Dans le cas où il considère qu'elle n'en relève pas, il lui incombe, conformément aux dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, de la transmettre au préfet qu'il estime territorialement compétent pour se prononcer sur le droit au séjour de l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Loir-et-Cher a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour du requérant au motif qu'il ressortait de l'enquête de ses services qu'il ne résidait pas " en Loir-et-Cher " et que dès lors, la préfecture de ce département n'était pas compétente pour l'instruction de sa demande. En refusant ainsi d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B au motif qu'elle ne relevait pas de sa compétence territoriale et en l'invitant à prendre contact avec la préfecture de son lieu de résidence, alors qu'il n'est pas contesté par le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, que le dossier de M. B était complet et qu'il lui appartenait, en application des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, de transmettre la demande de l'intéressé à l'administration qu'il estimait compétente et d'aviser le requérant de cette transmission, le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur de droit. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 18 janvier 2022 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer le récépissé y afférent.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, la décision du 18 janvier 2022 du préfet de Loir-et-Cher refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, sa décision implicite du même jour refusant à l'intéressé la délivrance d'un récépissé de demande titre de séjour et la décision du 21 février 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Loir-et-Cher d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. B et de lui délivrer un récépissé de cette demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il convient de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 janvier 2022 du préfet de Loir-et-Cher portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B, sa décision implicite refusant au requérant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour et sa décision du 21 février 2022 rejetant le recours gracieux de l'intéressé sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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