vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, M. C A, représenté par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ; de dire que M. A se verra remettre un récépissé avec autorisation de travail dans les huit jours de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait comme en droit dès lors qu'il n'est pas fondé sur sa situation individuelle ;
- le préfet, qui n'a pas tenu compte des multiples pièces qu'il a produites, n'a pas répondu à l'ensemble des moyens de droit qu'il invoquait à l'appui de sa demande de titre de séjour ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa forte implication dans le milieu associatif ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux risques de persécutions qu'il encourt dans son pays d'origine.
Par un mémoire enregistré le 6 mai 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant gambien né le 3 novembre 1990, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 8 mars 2016. Il a sollicité le statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision du 22 mai 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 26 mars 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 4 juin 2019, il a déposé auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher une demande de délivrance d'un titre de séjour qui a été rejetée par un arrêté du 7 janvier 2020 du préfet de Loir-et-Cher qui a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 14 février 2020, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête formée par M. A contre cet arrêté. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. A a sollicité, le 31 août 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté attaqué du 25 janvier 2022, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, et notamment celles des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 (3°) et L. 721-4, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les circonstances de l'entrée et du séjour sur le territoire français de M. A, expose sa situation personnelle et familiale, à savoir le fait qu'il est célibataire sans charge de famille sur le territoire français et qu'il est le père d'une fille née en 2009 vivant avec sa mère au Mali, et souligne qu'il se prévaut de ses actions de bénévolat dans diverses associations locales. L'arrêté énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles l'intéressé ne remplit pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. La décision fixant le pays de renvoi, qui précise notamment la nationalité du requérant et indique qu'il n'établit pas être exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, est également suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, corroborées par la copie, produite par le requérant, de la demande de titre de séjour, que M. A a demandé la régularisation de sa situation par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le préfet, qui a examiné la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et apprécié des liens personnels et familiaux de l'intéressé sur le territoire français, a ainsi examiné sa demande de titre de séjour sans méconnaître les fondements de sa demande. Si le requérant fait valoir que le préfet n'a pas expressément mentionné l'engagement de M. A dans des activités d'économie solidaire au sens de la circulaire du 28 novembre 2012 et son implication dans le milieu artistique et culturel, ces éléments ne constituent pas des " moyens de droit " auxquels le préfet aurait été tenu de répondre, mais des éléments de la situation du requérant qu'il n'avait pas à mentionner expressément. Dès lors, les moyens tirés d'une " absence de réponse aux moyens de droit invoqués " et d'un défaut d'examen sérieux de la demande du requérant doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Si M. A se prévaut des services exceptionnels qu'il rend à la collectivité du fait de son implication massive dans le bénévolat, de sa participation à des activités culturelles et artistiques et de sa qualité de donneur de plasma universel auprès de l'établissement français du sang, ces seules circonstances ne suffisent pas à établir qu'il justifie de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. M. A était présent depuis un peu moins de six ans à la date de l'arrêté attaqué. Il indique avoir participé à divers projets artistiques en France et être bénévole pour diverses associations caritatives ou sportives. Mais, il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. Il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans dans son pays d'origine où il n'est pas contesté qu'il a deux frères et une soeur, et est père d'une fille née en 2009 qui réside au Mali. Dans les circonstances de l'espèce, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de Loir et Cher n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet acte a été pris. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012, qui sont dépourvus de caractère réglementaire.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. A fait valoir que la décision fixant le pays de destination de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à raison des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Mais il n'assortit ses allégations d'aucune précision ni d'aucune pièce de nature à établir les risques qu'il encourrait à titre personnel alors qu'au demeurant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que par, voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.
Le rapporteur,
Stéphane B
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026