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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201066

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201066

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, M. C B, représenté par Me Blin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant centrafricain, né en 1972 est entré sur le territoire français le 16 mai 2013 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C valable du 9 mai 2013 au 8 juin 2013. Par une décision du 9 juillet 2018, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours formé contre la décision de l'OFPRA portant rejet de sa demande d'asile. Le 22 novembre 2018, il a formé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 mars 2019, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par un jugement du 9 mai 2019, le tribunal a annulé cet arrêté et enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois. M. B a parallèlement sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après son changement d'adresse, son dossier a été transféré aux services de la préfecture du Loiret. Le 15 mars 2022, la préfète du Loiret a pris un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. () ". Selon l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Orléans. Sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle s'est ainsi trouvée, postérieurement à son introduction, privée d'objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Loiret du 27 juillet 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décision () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

6. Il ressort des mentions de l'arrêté litigieux que la préfète du Loiret a repris l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 avril 2019 selon lequel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, d'un traitement approprié et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers le pays d'origine. M. B soutient que le " lercanidipine " et " l'irbésartan ", qui lui ont été prescrits par ordonnance d'un médecin du 19 février 2022, ne figurent pas sur la liste des médicaments essentiels de la République Centrafricaine de 2017 et produit en outre un certificat médical établi par un médecin le 31 août 2022 lequel se borne à indiquer sans davantage de précisions que les molécules prescrites ne peuvent être substituées. Cependant, il ressort des écritures de la défense, et notamment de la liste des médicaments essentiels de la République Centrafricaine produite sont présents dans ce pays des médicaments de type antihypertenseurs et inhibiteurs calciques lesquels comportent les mêmes molécules que les médicaments prescrits absents de la liste des médicaments essentiels de la République Centrafricaine de sorte qu'ils peuvent se substituer à ces derniers. Par suite, un défaut de prise en charge médicale ne risque pas d'entraîner des conséquences d'une particulière gravité en cas de retour dans son pays d'origine. Par voie de conséquence, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions citées au point 5 et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Si M. B se prévaut de ce qu'il réside en France depuis 2013, qu'il vit avec sa compagne depuis le mois de juin 2019, que leur enfant mineur né en France, et qu'il contribue à l'éducation de celui-ci, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans et où résident ses trois enfants et son père, ni que la vie conjugale et familiale ne pourrait s'y poursuivre, sa compagne étant également de nationalité centrafricaine. A cet égard, s'il soutient que cette dernière est titulaire d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier de la préfecture du 6 mars 2019 que celle-ci était titulaire d'une carte de séjour temporaire valable durant neuf mois, laquelle était donc expirée à la date de l'arrêté contesté, sans que M. B n'établisse ni même n'allègue que depuis cette date, sa compagne est titulaire d'une nouvelle carte de séjour temporaire. En outre, par la production d'une attestation d'un assistant pédagogique au lycée agricole faisant état de son bénévolat durant l'année 2017/2018, de quelques attestations relatives à l'accompagnement de son fils notamment en milieu scolaire et médical, le requérant ne justifie pas d'une intégration sociale et professionnelle significative. Dans ces conditions, la préfète n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ni entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. Compte tenu des éléments indiqués au point 8, le requérant ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel au sens des dispositions précitées, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ni d'un motif exceptionnel au regard de son expérience ou de ses qualifications qui justifierait son admission à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour contesté méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. M. B soutient que cette décision a vocation à séparer la cellule familiale en ce que sa compagne ne peut pas quitter le territoire français, étant entendu qu'elle y réside de manière régulière, en qualité d'étranger malade. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point 8 qu'il n'est pas établi qu'à la date de l'arrêté attaqué, celle-ci était bien titulaire d'une carte de séjour temporaire vie privée et familiale. Le requérant n'apporte aucun élément permettent d'établir que la cellule familiale ne pourrait être reconstituée dans son pays d'origine, dont sa compagne, mère de leur enfant, a la nationalité. Par ailleurs, il ne démontre pas que la scolarisation de son enfant ne pourrait être poursuivie dans ce pays. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Quillévéré, président,

Mme Bertrand, première conseillère,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023

La rapporteure,

Anne-Laure A

Le président,

Guy QUILLEVERE La greffière,

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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