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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201183

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201183

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2022 et le 22 décembre 2022, M. G C B, représenté par Me Mariette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté 16 février 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de prendre, en tenant compte des motifs pour lesquels l'annulation aura été prononcée, une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve la renonciation de cet avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée ;

- elle n'a pas visé l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni examiné sa situation au regard de cet article ;

- elle a considéré à tort qu'il ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour et donc qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement car, au regard de l'ancienneté de sa présence en France et de ses liens privés et familiaux, il peut prétendre à un titre sur le fondement des articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et un tel refus méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il est présent en France depuis 2018, y vit en concubinage depuis 2019 avec une ressortissante titulaire d'un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale " avec laquelle il a une fille née le 23 septembre 2021 et qu'il n'a plus d'attaches effectives dans son pays d'origine ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée au regard de l'appréciation portée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme F, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. G C B, ressortissant congolais né le 23 août 1995, est entré sur le territoire français le 11 novembre 2018. Sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée le 9 août 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 15 novembre 2019. Le 15 février 2022, il a été interpelé par la police municipale de Dreux dans le cadre d'un contrôle routier puis placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 16 février 2022, dont il demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Adrien Bayle, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par un arrêté du 20 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible sur internet, Mme E D, préfète d'Eure-et-Loir, a donné délégation à M. A à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige, ni d'aucun élément du dossier que la préfète se serait à tort crue en situation de compétence liée. Ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la préfète qui n'a pas visé l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a entaché sa décision d'erreur de droit en n'examinant pas sa situation au regard de cet article, il est constant que l'arrêté en litige ne porte qu'obligation de quitter le territoire français suite à l'interpellation du requérant, au motif notamment que celui-ci, qui n'avait pas présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour sur quelque fondement que ce soit, ne peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant soutient que la préfète a considéré à tort qu'il ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour et donc qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement car, au regard de l'ancienneté de sa présence en France et de ses liens privés et familiaux, il peut prétendre à un titre sur le fondement des articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est présent en France depuis 2018, y vit en concubinage depuis 2019 avec une compatriote, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale " avec laquelle il a une fille née le 23 septembre 2021 et qu'il n'a plus d'attaches effectives dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le requérant n'est présent en France que depuis 2018, d'autre part, que s'il se prévaut d'une vie commune avec la mère de sa fille depuis fin 2019 jusqu'en juillet 2022, tout en indiquant aux termes de son mémoire en réplique être séparé de celle-ci depuis fin mars 2022, il n'établit pas la communauté de vie dont il allègue par la seule production d'une attestation d'hébergement et de factures de téléphonie mobile. De même s'il soutient contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille, les éléments produits ne sont pas suffisants pour établir l'intensité de ses liens avec cette enfant à la date de la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que la préfète aurait considéré à tort qu'il ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour doit être écarté.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point précédent, il ressort des pièces du dossier que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et, à le supposer soulevé, de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision mentionne les considérations de fait sur lesquels son auteur, qui n'était pas tenu de préciser l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, a entendu se fonder. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation en fait ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni d'aucun élément du dossier que la préfète se serait crue en situation de compétence liée. Ce moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. C B soutient que la préfète aurait dû exclure le Congo, son pays d'origine, des pays vers lesquels il pouvait être éloigné en raison des risques qu'il y encourrait. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité des risques personnels et actuels auxquels il serait exposé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C B et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

Anne F

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène DEFRANC-DOUSSETLa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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