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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201190

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201190

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201190
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantASSOCIATION CLL AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a été saisi par Mme A, rédactrice territoriale, contestant un arrêté du maire de Vernouillet réduisant son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE). La requérante invoquait notamment l'absence d'accord avec les représentants du personnel, l'absence de changement dans ses missions, et le caractère de sanction déguisée de la décision. Le tribunal a constaté que l'arrêté contesté avait été retiré par un arrêté du 27 juin 2022, devenu définitif, rendant sans objet les conclusions en annulation. Par ailleurs, les conclusions indemnitaires ont été rejetées comme irrecevables, faute pour Mme A d'avoir produit une demande préalable auprès de la commune, conformément à l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2022 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 19 septembre 2022 et 3 juillet 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté RH-2021/880 en date du 2 novembre 2021 du maire de la commune de Vernouillet portant modification de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) ;

2°) de condamner ladite commune à lui verser la somme de 5.200 €, outre une indemnité de 3.000 € en réparation de son préjudice moral et financier.

Elle soutient que l'arrêté est illégal au motif que :

- aucun accord n'a été conclu avec les représentants du personnel ;

- ses missions et responsabilités n'ont pas changé ;

- elle continue à réaliser les missions de chargée de mission qui lui avait été antérieurement confiées ;

- les missions accomplies ont donné entière satisfaction sans qu'elle soit assistée ;

- ses compétences et expertises ainsi que sa qualité d'exécution ont toujours été appréciées comme elle en justifie ;

- il constitue une sanction déguisée ;

- il est entaché de rétroactivité ;

- la commune n'a entrepris aucune démarche ni n'a eu de volonté pour aboutir à une conciliation ;

- sa demande de mutation du 1er juillet 2022 dans une autre collectivité du département des Yvelines a été acceptée.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2022 suivi d'un mémoire complémentaire enregistré le 19 décembre 2023, la commune de Vernouillet, représentée par Me Lazannec, conclut à titre principal au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 1.500 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été retiré par l'arrêté du 27 juin 2022 qui est devenu définitif ;

- les conclusions indemnitaires ne sont pas fondées dès lors que Mme A a été placée en congés de maladie du 20 octobre 2021 au 22 juin 2022 et ne peut ainsi prétendre au paiement de cette indemnité et que les préjudice moral et financier ne sont pas établis.

L'instruction a été close le 24 décembre 2023 à 12 heures par une ordonnance du 23 novembre 2023 prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Par un courrier adressé à son conseil au moyen de l'application " Télérecours " le 3 juin 2024, Mme A a été invitée, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, à confirmer expressément, dans le délai d'un mois, le maintien de ses conclusions.

Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, Mme A a indiqué maintenir sa requête.

Par un courrier en date du 22 octobre 2024, Mme A a été mise en demeure de produire sous 15 jours la demande préalable indemnitaire exigée par les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Par un courrier enregistré le 6 novembre 2024, Mme A a produit des pièces faisant suite à la demande de régularisation, indiquant également au tribunal ne pas avoir adressé de demande préalable dans le cadre du présent litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, rédactrice territoriale, exerce depuis le 1er avril 2019 les fonctions de chef du service Urbanisme et aménagement urbain au sein de la commune de Vernouillet (28500). Elle s'est vue octroyer par arrêté du 15 mai 2019 une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) d'un montant mensuel de 1.323 €. Par arrêté n° 2021/880 en date du 2 novembre 2021 motivé par les modifications des missions et responsabilités de l'intéressée, le maire a réduit le montant mensuel brut de l'IFSE à 1.099 € à compter du 1er novembre 2021, à 874 € au 1er décembre 2021 puis à 650 € à partir du 1er janvier 2022. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner la commune de Vernouillet à réparer les divers préjudices nés de cette décision pour un montant total de 8.200 €.

2. Selon l'article R. 222-1 du même code : " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

3. Aux termes de l'article R. 612-1 de ce code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ".

Sur les conclusions à fin de constatation de non-lieu à statuer :

4. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté n° 2021/880 en date du 2 novembre 2021 a été retiré par l'article 1er de l'arrêté n° RH-2022-1043 du 27 juin 2022 comportant la mention des voies et délais de recours et ainsi devenu définitif. Les conclusions à fin d'annulation de Mme A ont ainsi perdu leur objet. Il n'y a pas lieu par suite de statuer sur celles-ci.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

6. Les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires ou des militaires, l'administration ne peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation.

7. Une illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique, pour autant qu'elle entraîne un préjudice direct et certain.

8. L'indemnité susceptible d'être allouée à la victime d'un dommage causé par la faute de l'administration a pour seule vocation de replacer la victime, autant que faire se peut, dans la situation qui aurait été la sienne si le dommage ne s'était pas produit, c'est-à-dire, lorsque la faute résulte d'une décision illégale, si celle-ci n'était pas intervenue.

9. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée./ Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

10. En l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif.

11. Il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A pour la première fois dans son mémoire complémentaire enregistré au greffe le 19 septembre 2022 auraient été précédées d'une demande préalable adressée à l'administration, la demande en date du 6 janvier 2022 ne comportant aucune demande à fin de condamnation comme de remboursement des sommes non perçues. Ses conclusions sont, dans ces conditions, manifestement irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A doivent être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par commune de Vernouillet au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Vernouillet au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune de Vernouillet.

Fait à Orléans, le 17 décembre 2024.

Le président de la 5e chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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