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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201201

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201201

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHAROUNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, M. A B, représenté par Me Harouna, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation et de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la décision doit être annulée pour manque de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que s'agissant de la menace à l'ordre public, il a purgé les peines auxquelles il a été condamné et aspire à une autre vie ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public et il remplit toutes les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour mention vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car l'instabilité professionnelle retenue par la préfète s'explique par l'absence de titre de séjour ;

- l'arrêté attaqué porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Harouna, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité algérienne, est entré sur le territoire en 2016. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile et il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours notifiée le 30 janvier 2018, puis d'une interdiction de retour sur le territoire français. Il a été éloigné vers son pays d'origine, le 26 juin 2018. Le 25 novembre 2019, il a de nouveau été interpellé et a fait l'objet d'un placement en centre de rétention administrative. Le 4 juillet 2020, il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Tours et a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, le 8 octobre 2020, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il s'est maintenu sur le territoire français et a épousé une ressortissante française le 26 juin 2021. Il a sollicité le 10 novembre 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français. Par l'arrêté attaqué, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à cette demande et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. En particulier, l'arrêté vise les dispositions dont l'autorité préfectorale a entendu faire application et rappelle les conditions d'entrée et de séjour du requérant sur le territoire ainsi que les différentes décisions administratives et décisions des juridictions pénales dont il a fait l'objet. L'arrêté mentionne également son mariage avec une ressortissante française. Enfin, il expose les raisons pour lesquelles il ne peut être fait droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tenant à l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aucune des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus ne prive l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la règlementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que s'agissant de la menace à l'ordre public, il a purgé les peines auxquelles il a été condamné et " aspire à un renouveau dans sa vie personnelle et familiale ". Il soutient qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et que, par ailleurs, il remplit toutes les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour mention vie privée et familiale. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le requérant, né en 1999, a fait l'objet le 25 janvier 2018 d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Tours pour vol en réunion à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis, puis le 13 février 2018 d'une condamnation par ce même tribunal pour vol en réunion à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis, puis le 22 novembre 2019 à une peine de 300 euros d'amende prononcée par le président du tribunal de grande instance pour conduite d'un véhicule sans permis et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, puis le 7 janvier 2020 à une peine de six mois d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Tours pour transport, détention et usage illicite de stupéfiants, fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Eu égard à la nature et au caractère récent des faits commis, la préfète a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que le requérant constitue une menace à l'ordre public.

4. En troisième lieu, si le requérant fournit une promesse d'embauche rédigée le 13 octobre 2022, cet élément n'est pas de nature à établir une insertion professionnelle réelle ou à tout le moins une perspective d'insertion professionnelle à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour l'empêche de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors qu'il est marié depuis le 26 juin 2021 à une ressortissante française avec laquelle il a entamé une relation en 2018. Cependant, outre que le mariage présentait un caractère très récent à la date de la décision attaquée, le requérant ne fait état d'aucune autre attache personnelle et familiale en France, alors qu'il n'en est pas dépourvu en Algérie où résident ses parents, son frère et sa sœur. Dans ces conditions, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en prenant la décision attaquée et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète d'Indre-et-Loire portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire pendant deux ans doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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