mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201237 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DEZALLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 avril 2022, et un mémoire enregistré le 19 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Dézallé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 février 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal de lui délivrer dans un délai de 48 heures suivant la notification du jugement à intervenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer durant toute la durée de cet examen un récépissé de demande de titre de séjour ou à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut de motivation ;
- il n'a pas été procédé à un examen suffisamment attentif et détaillé de sa situation ;
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 435-3 du CESEDA ; il est entaché d'erreur de droit car la préfète qui reconnaît qu'il justifie de la formation exigée retient d'une part qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache en cas de retour dans son pays alors que ce texte ne vise que " la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine ", d'autre part, qu'il n'établit pas maîtriser la langue française et ne peut correctement s'intégrer alors que ce texte ne vise nullement l'intégration, fait une interprétation extensive de cet article et que la préfète ne peut pas s'appuyer exclusivement sur le défaut de maîtrise de la langue française, ou en faire un critère prépondérant pour justifier un refus d'admission exceptionnelle au séjour ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation car il bénéficie d'une prise en charge par la maison départementale de l'autonomie et s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé le 13 janvier 2022 suite à des difficultés de compréhension liés à des problèmes psychiatriques qui rendent nécessairement plus complexe son apprentissage de la langue française ; il s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé par la maison départementale de l'autonomie le 13 janvier 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 13 mars 2003, est entré irrégulièrement en France le 17 août 2019 et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance le 22 octobre 2019. Scolarisé en 2020-2021 en première année de CAP " Peinture " et en 2021-2022 en deuxième année, il a obtenu le bénéfice d'un contrat jeune majeur depuis mars 2021. Par un arrêté en date du 11 février 2022, dont il demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance () entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil () sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. En premier lieu, aux termes de l'arrêté en litige, la préfète d'Eure-et-Loir pour considérer que M. B " ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-3 du CESEDA " a retenu qu'il justifie " suivre une formation qualifiante et diplômante " mais qu'il " n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale en cas de retour dans son pays d'origine " et qu'il est établi qu'il " ne maîtrise pas la langue française et ne peut correctement s'intégrer dans la société ". Ainsi qu'il est soutenu, en retenant de telles considérations, elle a entaché sa décision de deux erreurs de droit.
5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis en date du 16 juillet 2021 de l'éducatrice référente de la structure d'accueil du requérant, que les difficultés d'apprentissage de la langue française auquel celui-ci est confronté sont liées à des difficultés cognitives en raison desquelles une mesure de protection a été mise en place. Il ressort également des pièces du dossier et notamment de cet avis que le requérant est " tout à fait en capacité de trouver sa place dans la société ". Enfin, s'il ressort des pièces du dossier notamment de la fiche de situation administrative produite en défense que les parents et la fratrie du requérant résident au Pakistan, il ne ressort d'aucun élément au dossier qu'il a conservé des liens avec eux. Dans ces circonstances et alors qu'il est constant que le requérant bénéficie d'un contrat jeune majeur depuis mars 2021 et qu'il a obtenu le 13 janvier 2022 la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé en raison de ses difficultés cognitives, la préfète d'Eure-et-Loir a, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus de titre de séjour doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour mention " salarié " soit délivré à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dézallé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dézallé de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 février 2022 de la préfète d'Eure-et-Loir est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer à M. B un titre de séjour mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Dézallé, avocate de M. B une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète d'Eure-et-Loir et à Me Dézallé.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
La présidente-rapporteure,
Anne C
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène DEFRANC-DOUSSETLa greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026