vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201245 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELAFA CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 avril 2022 et le 1er juin 2023, Mme B A, représentée par la SELAFA cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2022 par laquelle le département d'Eure-et-Loir a rejeté son recours gracieux tendant à l'annulation de la décision du 20 janvier 2022 ainsi que la décision du 20 janvier 2022 par laquelle il a rejeté sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle ;
2°) d'enjoindre au département d'Eure-et-Loir de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle, et de réexaminer son dossier dans le sens du jugement à intervenir à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire des décisions du 20 janvier 2022 et du 2 mars 2022 n'est pas établie ;
- ces décisions sont entachées de vices de procédures dès lors que le respect des règles liées au quorum et au statut des médecins de la commission de réforme n'est pas établi, qu'elle n'a pas été informée de la date de réunion de la commission de réforme pour rendre un deuxième avis sur sa situation, que le respect du préavis de quinze jours entre la saisine de la commission de réforme et sa réunion n'est pas établi et qu'elle n'a pas été en mesure de transmettre les derniers éléments médicaux dont elle disposait ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que l'examen particulier de sa situation par la collectivité fait défaut et que la collectivité s'est estimée liée par l'avis rendu par la commission de réforme ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors que le département d'Eure-et-Loir n'a pas reconnu sa névralgie cervico-brachiale comme imputable au service.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 juillet 2022 et le 8 août 2023, le département d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête en tant qu'elle est dirigée contre la décision du 2 mars 2022 est tardive, et par suite irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Keiflin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, reconnue travailleur handicapée en raison d'une agénésie du bras droit d'origine congénitale, a été recrutée en 2006 par le département d'Eure-et-Loir, au grade d'adjoint administratif, pour exercer au musée départemental " Le Compa " des fonctions d'accueil, d'information et de surveillance du public, de coordination de la boutique de soutien administratif et de soutien à l'organisation d'événements. Suite à la fermeture de ce musée, elle a été affectée à compter du 1er septembre 2020 sur un poste de secrétaire de circonscription dans le service d'aide sociale à l'enfance du département. Dès la fin du mois de septembre 2020, elle a ressenti des souffrances physiques notamment au bras gauche et au cou, et elle a développé une névralgie cervico-brachiale gauche l'ayant conduit en mars 2021 à demander un changement de poste. Le 16 juin 2021, une évaluation des capacités fonctionnelles de Mme A a conclu que son poste était inadapté à ses capacités. Le 13 octobre 2021, Mme A a fait une déclaration de maladie professionnelle avec une date de première constatation médicale de la maladie au 4 janvier 2021. Par un avis du 15 novembre 2021, le service interprofessionnel de santé au travail d'Eure-et-Loir a confirmé que son état de santé était directement imputable à son activité professionnelle et qu'elle devrait bénéficier de la reconnaissance de sa maladie professionnelle. Toutefois, la commission de réforme, le 18 janvier 2022, a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la névralgie cervico-brachiale gauche au motif qu'il s'agit d'une maladie hors tableau n'entraînant pas une incapacité permanente partielle supérieure ou égale à 25 %. Ayant été informée par courrier du 20 janvier 2022 de l'avis défavorable rendu par la commission de réforme, Mme A a, par courrier du 26 janvier 2022, adressé un recours gracieux tendant à la révision de la reconnaissance du caractère professionnel de sa pathologie et à son reclassement sur un poste adapté. Par courrier du 16 février 2022, le département d'Eure-et-Loir l'a informée d'une nouvelle sollicitation de la commission de réforme pour un réexamen de sa situation. Par décision du 2 mars 2022, le département a rejeté son recours gracieux au motif que la nouvelle saisine de la commission de réforme a été classée sans suite et qu'il a décidé de suivre l'avis rendu le 18 janvier 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 2 mars 2022 ainsi que du courrier du 20 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction applicable au litige : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987 dans sa rédaction applicable au litige : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction applicable au litige : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ".
3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. Aux termes de la décision du 2 mars 2022, le département d'Eure-et-Loir a considéré qu'il n'était pas établi que la névralgie cervico-brachiale gauche dont souffre Mme A, qui constitue une maladie hors tableau, serait essentiellement et directement causée par l'exercice de ses fonctions et qu'elle entraînerait une incapacité permanente supérieure ou égale à 25 %.
5. D'une part, la commission de réforme a retenu aux termes de son avis du 18 janvier 2022, défavorable à la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie dont souffre Mme A, que cette maladie, hors tableau, n'entraîne pas une incapacité permanente partielle supérieure ou égale à 25 %. Toutefois, il ressort des deux avis du médecin de prévention du 15 novembre 2021 et du 1er mars 2022, quand bien même il n'est pas agréé, qu'il est préconisé de reconnaître comme maladie professionnelle sa pathologie hors tableau " avec [une] incapacité permanente partielle prévisible et vraisemblablement d'au moins 25 % ". En outre, l'existence de ce taux minimal s'évince de la perte d'autonomie de Mme A consécutivement à la survenance de cette maladie, celle-ci étant désormais contrainte, ainsi qu'il ressort du même avis médical, de recourir à titre permanent à l'assistance d'une tierce personne pour l'accomplissement de ses courses et préparations de repas à raison de quatre heures par semaine et de son ménage à raison de deux heures par semaine.
6. D'autre part, Mme A soutient qu'il y a un lien entre les conditions d'exercice de son activité professionnelle et la névralgie cervico-brachiale gauche dont elle souffre d'autant qu'il est constant qu'elle ne souffrait d'aucune pathologie particulière en sus de son handicap congénital avant son affectation le 1er septembre 2020 sur le poste de secrétaire administrative dans le service de l'aide sociale à l'enfance. Elle soutient également avoir informé sa cheffe de service dès la fin septembre 2020 de souffrances physiques qu'elle ressentait à son poste de travail notamment au bras gauche et au cou et que sa mobilité au sein du département sur un poste d'assistant budgétaire et comptable vise à mettre un terme aux sollicitations inadaptées de son bras à l'origine de sa maladie professionnelle.
7. Enfin, il ressort du bilan fonctionnel réalisé le 15 juin 2021 que le poste de Mme A est inadapté à ses capacités compte tenu de son handicap et que certaines tâches physiques qui demandent des gestes d'amplitude, de l'endurance et de la répétitivité sont responsables de douleurs et de difficultés quotidiennes à l'origine de sa névralgie cervico-brachiale gauche. Il ressort également du compte-rendu d'hospitalisation en rhumatologie du 25 août 2021 que la pathologie de la requérante résulte d'une surutilisation de son bras gauche du fait de son handicap et qu'une adaptation de son poste de travail est nécessaire. En outre, et alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 5 le médecin de prévention a aux termes de ces deux avis du 15 novembre 2021 et du 1er mars 2022 préconisé la reconnaissance de la pathologie de la requérante comme maladie professionnelle, l'avis du 2 décembre 2021 rendu par le médecin agréé désigné par la commission de réforme avait conclu à " l'inaptitude totale et définitive à ses fonctions actuelles mais pas à toutes fonctions [et que la] maladie professionnelle névralgie
cervico-brachiale gauche est en lien avec ses fonctions actuelles " et le second avis du 1er mars 2022 du médecin de prévention confirme le lien de causalité directe entre la pathologie de Mme A et les tâches réalisées dans l'exercice de ses missions. Au demeurant, la circonstance invoquée en défense que les difficultés rencontrées par Mme A sur son poste de travail résulteraient davantage de problèmes de gestion de l'urgence et de gestion de l'enchaînement des tâches que de difficultés liées à une forme de pénibilité physique n'est pas de nature à établir l'absence de lien entre sa pathologie et l'exercice de ses fonctions. Dans ces conditions, quand bien même Mme A a réalisé un stage de découverte de sept jours avant son affectation sur le poste de secrétaire, que le temps de présence sur le poste de secrétaire administrative a été restreint entre sa prise de poste et la date de son premier arrêt de travail et que des aménagements de son poste ont été partiellement réalisés, il ressort des pièces du dossier que la pathologie dont elle souffre est essentiellement et directement en lien avec son activité professionnelle et les conditions d'exercice de celle-ci. Par suite, en ne reconnaissant pas le caractère professionnel de la pathologie de Mme A le département d'Eure-et-Loir a commis une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le département d'Eure-et-Loir a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A ainsi que la décision du 2 mars 2022 par laquelle il a rejeté son recours gracieux doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement eu égard au motif d'annulation retenu qu'il soit enjoint au département d'Eure-et-Loir de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du département d'Eure-et-Loir en date du 20 janvier 2022 et du 2 mars 2022 refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au département d'Eure-et-Loir de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le département d'Eure-et-Loir versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
Mme Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
Laura KEIFLIN
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026