jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ETHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 février 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours a mis fin à son stage dans le grade d'infirmière en soins généraux à compter du 1er octobre 2021 et l'a réintégrée dans le grade d'aide-soignante ;
2°) d'enjoindre au CHRU de Tours de la réintégrer dans ses fonctions d'infirmière en soins généraux, de la titulariser et de reconstituer sa carrière dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, d'enjoindre au CHRU de Tours d'instruire de nouveau son dossier sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 2 000 euros au titre des frais liés au litige.
Elle soutient que :
- la décision contestée mentionne les prénoms et noms de deux agents de sorte à ce qu'il n'est pas possible de déterminer la personne qui l'a signée ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas été mise en capacité d'exercer les fonctions correspondant à son grade et qu'ainsi son stage ne saurait être considéré comme probant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que qu'il n'est pas établi que son attitude ou ses capacités personnelles caractériserait une insuffisance professionnelle et qu'il n'a pas été pris en compte la situation qu'elle a vécue alors qu'elle n'a pas été mise à même d'exercer ses fonctions dans des conditions adéquates ;
- elle est illégale en tant qu'elle est rétroactive ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir et de procédure en ce qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée sans que la procédure relative aux sanctions disciplinaires n'ait été respectée.
La requête a été communiquée au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours qui n'a pas produit d'observations.
La clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2024 à 12 heures par ordonnance du 22 février 2024.
Une note en délibéré, produite le CHRU de Tours, représenté par Me Tertrais, a été enregistrée le 6 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 97-487 du 12 mai 1997 ;
- le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring,
- les conclusions de Eric Gauthier, rapporteur public,
- et les observations de Me Gentilhomme, représentant Mme B et de Me Gobe, substituant Me Tertrais, représentant le CHRU de Tours.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, aide-soignante titulaire affectée au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours a été détachée dans le grade d'infirmière en soins généraux stagiaire par décision du 10 août 2018 avec effet au 12 juillet 2018. Par décision du 2 juillet 2019, le directeur du CHRU de Tours a prolongé de trois mois la durée de son stage, soit jusqu'au 11 octobre 2019. Puis le 22 octobre 2019, il a été décidé de prolonger une nouvelle fois la durée de son stage pour une période de 6 mois, soit à compter du 12 octobre 2019 jusqu'au 11 avril 2020. A la date de cette décision, Mme B avait été placée en congé pour maladie ordinaire, à compter du 13 octobre 2019 puis en congé de longue durée, régulièrement renouvelé, jusqu'à ce qu'elle soit autorisée, par décision du 12 avril 2021, à reprendre ses fonctions d'infirmière en soins généraux stagiaire, à temps partiel thérapeutique à 50 %, à compter du 19 avril 2021. Par décision du 3 mai 2021, le directeur du CHRU de Tours a cependant annulé cette décision et l'a affectée sur des fonctions d'aide-soignante en soins généraux à 50 %, au bénéfice du mi-temps thérapeutique. Par décision du 7 février 2022, faisant suite à réunion de la commission administrative paritaire du 19 novembre 2021, le directeur du CHRU de Tours a mis fin au stage de Mme B dans le grade d'infirmière en soins généraux à compter du 1er octobre 2021 et l'a réintégrée dans le grade d'aide-soignante. Par la requête ci-dessus analysée, Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 37 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dans sa version alors en vigueur : " La titularisation des agents nommés dans les conditions prévues à l'article 29, aux a et c de l'article 32 et à l'article 35 est prononcée à l'issue d'un stage dont la durée est fixée par les statuts particuliers. / Les congés de maladie () ne sont pas pris en compte dans les périodes de stage ". Aux termes de l'article 3 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " Les agents stagiaires accomplissent les missions habituellement dévolues aux agents titulaires du corps dans lequel ils ont vocation à être titularisés, sous le contrôle et la responsabilité de leur hiérarchie directe. () ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 34 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury () Lorsque l'agent stagiaire a la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement et l'intéressé est réintégré dans son administration d'origine dans les conditions prévues par le statut dont il relève ". Enfin, aux termes du II de l'article 5 du décret du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés de la fonction publique hospitalière : " A l'issue du stage, les agents stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés par l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Les agents qui n'ont pas été titularisés à l'issue du stage peuvent être autorisés à accomplir un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. / Les agents stagiaires qui n'ont pas été autorisés à effectuer un stage complémentaire ou dont le stage complémentaire n'a pas donné satisfaction sont soit licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine ".
3. Il résulte de ces dispositions d'une part, que les congés de maladie, régulièrement accordés à un stagiaire en cours de stage, ne sont pas pris en compte dans la période de stage d'un agent de la fonction publique hospitalière. Par suite, lorsqu'un agent stagiaire a été placé en congé de maladie pendant la période de son stage, celui-ci doit être prolongé d'une durée équivalente à la durée totale des congés de maladie. D'autre part, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné, sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage ou d'une réintégration dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, motivés par ses insuffisances ou manquements professionnels. L'établissement employeur ne peut, avant l'issue de la période probatoire, prendre d'autre décision que celle de licencier son stagiaire pour insuffisance professionnelle dans les conditions limitativement énumérées à l'article 9 du décret du 12 mai 1997.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été détachée dans le grade d'infirmière en soins généraux stagiaire à compter du 12 juillet 2018. Sa période de stage a été prolongée à compter du 12 juillet 2019 pour une durée de trois mois, puis le 12 octobre 2019 pour une durée de six mois. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle été placée en congé de longue durée entre le 13 octobre 2019 et le 18 avril 2021, interrompant sa période complémentaire de stage. Par une décision du 3 mai 2021, le directeur du CHRU de Tours l'a illégalement affectée à des fonctions d'aide-soignante ainsi qu'il en résulte du jugement n° 2103392 de ce jour. Ainsi, à la date d'effet de la décision contestée, l'intéressée n'avait pas été mise à même d'effectuer la période complémentaire de stage qui lui avait été accordée le 12 octobre 2019. Par suite, la décision du 7 février 2022 attaquée doit être regardée comme procédant à la réintégration de Mme B dans son corps d'origine en cours de stage. Si l'employeur peut, avant l'issue d'un stage, prendre une décision de licencier un stagiaire ou de le réintégrer dans son corps d'origine en raison de son insuffisance professionnelle, il ressort des pièces du dossier que Mme B avait été autorisée, par le directeur du CHRU de Tours, à prolonger sa période de stage pour une durée de six mois et qu'elle n'a jamais été mise à même au cours de cette période complémentaire, compte tenu de son placement en congé de longue durée et de sa réintégration en cours de stage sur des fonctions d'aide-soignante, d'exercer les fonctions d'infirmière en soins généraux auxquelles son stage la destinait et d'ainsi faire la preuve de ses capacités. Il s'en déduit qu'en décidant de la licencier en cours de stage, le CHRU de Tours a commis une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 février 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours a mis fin à son stage dans le grade d'infirmière en soins généraux à compter du 1er octobre 2021 et l'a réintégrée dans le grade d'aide-soignante.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article 33 de ce décret : " Quand, du fait des congés de toute nature autres que le congé annuel, le stage a été interrompu pendant au moins trois ans, l'agent stagiaire doit, à l'issue du dernier congé, recommencer la totalité du stage prévu par le statut particulier du corps dans lequel il a vocation à être titularisé. / Si l'interruption a duré moins de trois ans, l'intéressé ne peut être titularisé, après avis de la commission administrative paritaire compétente, avant d'avoir accompli la période complémentaire de stage qui est nécessaire pour atteindre la durée normale du stage. / Lorsque l'interruption a duré plus d'un an, la reprise des fonctions est subordonnée à la vérification de l'aptitude physique à l'emploi dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur ".
7. L'annulation de la décision du 7 février 2022 implique nécessairement que Mme B soit réintégrée dans des fonctions d'infirmière stagiaire, sous réserve du respect des conditions de l'article 33 du décret du 12 mai 1997 précitées. Elle implique également que le CHRU de Tours procède à la reconstitution de sa carrière. En revanche, l'annulation prononcée n'implique pas la titularisation de Mme B au grade d'infirmière en soins généraux. Il y a donc lieu d'enjoindre le CHRU de Tours de réintégrer Mme B dans des fonctions d'infirmière stagiaire, sous réserve du respect des conditions de l'article 33 du décret du 12 mai 1997, ainsi que de procéder à la reconstitution administrative de sa carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification présent du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le CHRU de Tours au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 février 2022 du directeur du centre hospitalier régional universitaire de Tours est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier régional universitaire de Tours de réintégrer Mme B à un poste d'infirmière stagiaire, sous réserve du respect des conditions de l'article 33 du décret n° 97-487 du 12 mai 1997, et de procéder à la reconstitution administrative de sa carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours versera la somme de 1 500 euros à Mme B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier régional universitaire de Tours.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
M. Nehring, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
Virgile NEHRING
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026