vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201304 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AUBRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 avril 2022 et le 6 mai 2022, M. H E, représenté par Me Aubry, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.
M. E soutient que :
- sa requête est recevable, eu égard à la demande d'aide juridictionnelle qu'il a présentée dans le délai de trente jours suivant la notification de l'arrêté attaqué et sur laquelle il a été statué le 11 mars 2022 ;
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- cette décision devra être annulée comme entachée d'incompétence, son signataire ne justifiant pas d'une délégation régulièrement publiée à cet effet ;
- le préfet de Loir-et-Cher n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il remplissait les conditions pour se voir délivrer la carte de séjour temporaire prévue par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par suite le préfet était tenu de lui délivrer ce titre de séjour ;
- le préfet a commis une erreur de droit en estimant que le pacte civil de solidarité qu'il a signé avec Mme I C ne justifiait pas à lui seul la délivrance d'un titre de séjour ;
- le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur de fait en indiquant que les filles de G C étaient issues de la même union de leur mère ; il a également commis une erreur de fait en indiquant qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans, alors qu'il a vécu au Gabon entre 2007 et 2017 ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en raison de ses liens familiaux ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision devra être annulée comme entachée d'incompétence, son signataire ne justifiant pas d'une délégation régulièrement publiée à cet effet ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 5 mai 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un jugement du 12 mai 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal a statué sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 11 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant congolais né le 2 février 1973, est entré en France le 11 février 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. S'étant maintenu sur le territoire français après l'expiration de la durée de validité de ce visa, il a déposé une demande d'asile qui a fait l'objet d'un rejet par une décision du 24 octobre 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre cette décision ayant été rejeté par une décision du 25 juillet 2018 de la Cour nationale du droit d'asile, M. E a fait l'objet le 10 août 2018 d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. Le 5 février 2021, il a présenté une demande de titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale en France. Par un arrêté du 25 janvier 2022, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Le 14 avril 2022, M. E a saisi le tribunal administratif d'Orléans d'une requête tendant à l'annulation de cet arrêté. Par un arrêté du 2 mai 2022, intervenu en cours d'instance, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé l'assignation à résidence du requérant pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 12 mai 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal, statuant en application des articles L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et R. 776-17 et R. 776-21 du code de justice administrative, a statué sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent ainsi que des conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
2. L'arrêté du 25 janvier 2022 a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. B A, préfet de Loir-et-Cher, a donné délégation à M. D à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour contestée manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article R. 423-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : / 1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; / 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ; / 3° La justification de ses conditions d'existence en France ; / 4° La justification de son insertion dans la société française appréciée notamment au regard de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève dans son septième alinéa que M. E ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables, compte tenu notamment du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans, qu'il est père de trois enfants vivant encore dans ce pays et que le pacte civil de solidarité qu'il a conclu avec Mme I C est récent et ne justifie pas à lui seul la délivrance d'une carte de séjour. Ce faisant, le préfet de Loir-et-Cher, contrairement à ce que soutient le requérant, s'est prononcé sur son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que ce paragraphe est précédé de deux paragraphes par lesquels le préfet, après avoir indiqué qu'aucune considération humanitaire ni aucun motif exceptionnel ne justifiait l'admission exceptionnelle au séjour de M. E sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en a déduit qu'en application du 3° de l'article L. 611-1 du même code l'autorité préfectorale pouvait dans cette situation obliger un étranger à quitter le territoire français.
5. En deuxième lieu, si, en application de l'article 12 de la loi du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité, la conclusion d'un tel pacte constitue l'un des éléments d'appréciation des liens personnels et familiaux en France, au sens des dispositions citées au point 3, pour l'obtention d'un titre de séjour, ce seul élément n'entraîne pas à lui seul la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher, qui contrairement à ce que soutient le requérant ne se trouvait pas en situation de compétence liée du seul fait de la conclusion d'un pacte civil de solidarité par le demandeur, n'a commis aucune erreur de droit en indiquant que ce pacte " ne justifi[ait] pas à lui seul la délivrance d'une carte de séjour ".
6. En troisième lieu, le pacte civil de solidarité conclu entre M. E et Mme I C, enregistré le 2 novembre 2020, était ainsi récent à la date de l'arrêté attaqué. A supposer même que la vie commune entre les partenaires ait débuté à la fin de l'année 2017, soit plus de quatre ans avant l'arrêté attaqué, M. E ne conteste pas qu'il est le père de trois enfants, dont deux mineurs, qui vivent au Congo s'agissant des deux aînés et au Gabon s'agissant de la benjamine. Dans ces conditions, et nonobstant les liens que M. E a pu nouer en France, notamment avec la plus jeune des filles de sa compagne, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En dernier lieu, si le préfet de Loir-et-Cher a commis des erreurs de fait en relevant, d'une part, que M. E avait vécu jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans dans son pays d'origine - alors qu'il a quitté le Congo pour s'établir au Gabon en 2007 -, d'autre part, que les deux filles de G C sont issues de la même union - alors que le requérant fait valoir qu'elles sont nées de pères différents -, il résulte toutefois de l'instruction que le préfet de Loir-et-Cher aurait pris la même décision de refus de titre de séjour s'il n'avait pas commis ces erreurs qui sont, par suite, sans influence sur la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 25 janvier 2022 du préfet de Loir-et-Cher doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant en application de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions restant à juger de la requête de M. E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H E et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric F
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026