mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CALENGE GUETTARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 avril 2022 et le 21 décembre 2022, l'association les amis de l'Hôtel Dieu, représentée par Me Micou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a délivré un permis de construire à la SNC Mérimée pour la restauration et la réhabilitation de l'Hôtel Dieu avec changement de destination de bureaux en 97 logements, commerces et services publics ou d'intérêt collectif sur le territoire de la commune de Blois ainsi que la décision implicite de rejet du préfet de Loir-et-Cher du 21 février 2022 portant rejet du recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle dispose d'un intérêt à agir :
- l'arrêté est entaché d'un vice de forme et de procédure ; il est muet sur les prescriptions de l'architecte des Bâtiments de France s'agissant des réductions des places de parking et la cession des parcelles du domaine public ;
- le dossier de permis de construire est incomplet ;
- l'arrêté méconnaît les règles du plan local d'urbanisme et du PPRI applicables dans le Loir-et-Cher ;
- le préfet a commis une erreur de droit en délivrant le permis de construire en l'absence de cession des parcelles à la société SNC Mérimée ;
- l'arrêté est entaché d'illégalité du fait de l'illégalité des délibérations du conseil municipal de Blois des 19 avril 2021, 22 novembre 2021 et 13 décembre 2021 relatives à la procédure de désaffectation et déclassement des parcelles du domaine public afférant au parking situé à l'arrière du chevet de l'église Saint Nicolas ;
- l'architecte des Bâtiments de France a procédé à une analyse erronée en prescrivant de déplacer les places de parking sur le chevet de l'église Saint Nicolas, monument historique ;
- l'arrêté est dès lors entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 30 juin 2022 et le 25 janvier 2023, la SNC Mérimée, représentée par Me de Montauzan, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association les amis de l'Hôtel Dieu la somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- la requête est irrecevable en l'absence de justification de la qualité pour agir du président de l'association et du défaut de production des statuts de l'association en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative en l'absence d'exposé des faits et des moyens ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par l'association des Amis de l'Hôtel Dieu ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2022 et le 24 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- si la requérante soutient qu'elle a été contrainte de former une requête sommaire faute de communication du dossier de permis de construire, celle-ci n'a formé une telle demande auprès des services de la préfecture que le 28 juin 2022 ;
- les autres moyens soulevés par l'association des Amis de l'Hôtel Dieu ne sont pas fondés.
L'association des Amis de l'Hôtel Dieu a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me de Montauzan, représentant la SNC Mérimée, et de Mme A, représentant la préfecture de Loir-et-Cher.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 mars 2021, la SNC Mérimée a déposé une demande de permis de construire auprès de la préfecture de Loir-et-Cher pour un projet de restauration et de réhabilitation de l'ensemble immobilier Hôtel Dieu situé 17 quai de l'Abbé Grégoire sur le territoire de la commune de Blois. Par un arrêté du 13 août 2021, le préfet de Loir-et-Cher a délivré un permis de construire à la SNC Mérimée. L'association les Amis de l'Hôtel Dieu a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a fait l'objet d'un rejet implicite par décision du 21 février 2022. Par la requête ci-dessus analysée, l'association requérante demande l'annulation de ces deux décisions.
2. En premier lieu, l'association requérante soutient que les prescriptions émises par l'architecte des bâtiments de France (ABF) dans son avis du 4 août 2021 relatives à la nécessité de céder à la SNC Mérimée des parcelles du domaine public pour la réalisation d'un parking privé et la réduction du nombre de places de parking n'ont pas été reprises dans l'arrêté litigieux du 13 août 2021. Toutefois, à supposer que ce moyen soit celui tiré du vice de formé soulevé dans la requête, il ressort des termes mêmes de l'avis de l'ABF du 4 août 2021 que s'agissant des places de parking, ce dernier s'est borné à prendre des prescriptions sur l'intégration des places de parking en indiquant que : " Les places de parking seront délimitées par un système discret, du type petit potelet bois en bout de place. Les modèles précis des bornes d'éclairage seront présentés pour validation avant pose ". Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'ABF aurait, dans son avis du 4 août 2021, émis des prescriptions sur la nécessité d'une cession à la société des parcelles relevant du domaine public ni sur la réduction du nombre de places de parking. Le moyen tiré du vice de forme du fait de l'absence des prescriptions émises par l'ABF au sein du permis de construire litigieux doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, les moyens tirés du vice de procédure, de l'incomplétude du dossier de permis de construire et de la méconnaissance des règles du plan local d'urbanisme et du PPRI applicables dans le Loir-et-Cher ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ". L'article R. 431-5 du même code précise que : " La demande de permis de construire précise : a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; () / La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis. ".
5. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Ainsi, la requérante ne peut utilement soutenir que la société devait justifier, au moment du dépôt de la demande de permis de construire, d'un titre l'habilitant à construire et de l'identité de son représentant, compte tenu de l'attestation signée par la pétitionnaire.
6. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.
7. Les autorisations d'urbanisme étant délivrées sous réserve du droit des tiers, le préfet du Loir-et-Cher était en droit de délivrer le permis de construire litigieux étant entendu qu'il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire, la SNC Mérimée avait attesté, conformément aux dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, de sa qualité pour demander la présente autorisation et qu'à la date de l'arrêté litigieux, le conseil municipal de Blois avait adopté la délibération du 19 avril 2021 débutant la procédure de déclassement des parcelles supportant le projet. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet en ce qu'il aurait délivré le permis de construire en l'absence de cession des parcelles à la société SNC Mérimée doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ressort de la délibération du 19 avril 2021 que le conseil municipal de la commune de Blois a autorisé le maire à procéder à l'ouverture d'une enquête publique en vue du déclassement des parcelles DN 875 et une partie des parcelles DN 858, 452 et DN 1050, représentant une superficie d'environ 870 m², susceptibles de constituer une dépendance du domaine public routier communal afin de les incorporer dans le domaine privé communal en vue de leur aliénation future. Par une délibération du 22 novembre 2021, le conseil municipal de Blois a constaté la désaffectation et prononcé le déclassement des parcelles relatives au parking situé à l'arrière du chevet de l'église Saint Nicolas (parcelles nouvellement cadastrées DN n° 872, 1278, 1279 et 1283) et par une délibération du 13 décembre 2021, il a décidé de la cession à la société pétitionnaire desdites parcelles. A supposer que l'association requérante ait entendu exciper de l'illégalité de ces délibérations, d'une part, le permis de construire attaqué n'a pas été pris sur leur fondement, d'autre part, il ne constitue pas une mesure d'application de ces délibérations, lesquelles ne s'insèrent pas davantage dans le cadre d'une opération complexe. Le moyen tiré de l'absence de déclassement et de désaffectation de ces parcelles ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
9. En cinquième lieu, alors que la société pétitionnaire et la préfecture font valoir, sans être contredites sur ce point, que le projet prévoit une diminution du nombre de places de parking par rapport à la situation d'origine sur le chevet de l'église Saint Nicolas passant de 25 à 15 et une implantation avec un recul minimum obligatoire, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet portera atteinte à l'intérêt du site de l'église Saint Nicolas. Par ailleurs, si l'association soutient que l'ABF aurait commis une erreur d'analyse en prescrivant de déplacer les places de parking sur le chevet de l'église Saint Nicolas, monument historique, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que les prescriptions de l'ABF, dans son avis du 4 août 2021, relatives aux places de stationnement se bornent à faire mention de leur intégration. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par l'architecte des bâtiments de France quant à l'atteinte portée à l'église Saint Nicolas du fait du déplacement des places de parking sur le chevet de cette église doit donc être écarté.
10. En dernier lieu, si l'association requérante soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, elle n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et il résulte en tout état de cause de ce qui précède que le moyen doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association les Amis de l'Hôtel dieu doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à l'association requérante la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de l'association requérante une somme de 1 500 euros à verser à la SNC Mérimée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association des Amis de l'Hôtel Dieu est rejetée.
Article 2 : L'association les Amis de l'Hôtel Dieu versera une somme de 1 500 euros à la SNC Mérimée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association des Amis de l'Hôtel Dieu, au préfet de Loir-et-Cher et à la SNC Mérimée.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
Mme Bertrand, première conseillère,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Martine DESSOLAS
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026