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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201383

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201383

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et deux mémoires, enregistrés les 21 avril 2022, 23 août 2022 et 27 février 2023, Mme E D, représentée A Me Madrid, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision A laquelle la préfète du Loiret a rejeté implicitement sa demande de titre de séjour ainsi que l'arrêté du 5 août 2022 A lequel la préfète a refusé explicitement de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de constater que A arrêté du 26 janvier 2023 la préfète du Loiret a annulé l'arrêté du 5 août 2023 en ce qu'il portait obligation de quitter le territoire français, ce qui entraîne l'annulation de la décision fixant le pays de destination et le délai de départ et, dès lors, de dire qu'il n'y a pas lieu de statuer de ce chef de demande ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision implicite de rejet :

- la décision implicite de rejet est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 alinéa 6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de l'arrêté du 5 août 2022 portant refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'arrêté du 26 janvier 2023 portant abrogation de l'arrêté du 5 août 2022 ne porte que sur l'obligation de quitter le territoire français et non sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, de sorte qu'il y a toujours lieu à statuer sur la requête.

S'agissant de l'arrêté du 5 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français :

- il est illégal A voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- il est illégal en ce que Mme D remplit de plein droit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation à cet égard.

S'agissant du délai de départ volontaire :

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

A un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la préfète du Loiret conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'arrêté préfectoral attaqué du 5 août 2022 a été abrogé en toutes ses dispositions A un arrêté préfectoral du 26 janvier 2023 ;

- les autres moyens soulevés A Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale A une décision du 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Madrid, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, ressortissante congolaise, née le 22 septembre 1992, est entrée en France en 2016 munie d'un visa. Elle a sollicité le 26 novembre 2020 auprès de la préfecture du Loiret, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité de parent d'enfant français. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois A la préfète du Loiret. Mme D demande l'annulation de cette décision. A un arrêté du 5 août 2022, la préfète du Loiret a explicitement rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Cet arrêté s'étant substitué à la décision née du silence gardé pendant plus de quatre mois A la préfète du Loiret sur la demande présentée le 26 novembre 2020, les conclusions de la requête de Mme D doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre l'arrêté du 5 août 2022. Enfin, A un arrêté du 26 janvier 2023, la préfète du Loiret a abrogé en toutes ses dispositions l'arrêté du 5 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de Mme D.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté A l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. En l'espèce, la préfète du Loiret fait valoir que l'arrêté du 5 août 2022 a été abrogé le 23 janvier 2023. Cependant, il ressort des pièces du dossier qu'alors même que la requérante a formulé une demande de titre de séjour, la préfète ne s'est pas prononcée dans l'arrêté du 23 janvier 2023 sur la demande de délivrance d'un titre de séjour, se bornant à indiquer que la situation particulière de la requérante " implique qu'il soit procédé à un réexamen des conditions dans lesquelles son séjour sur le territoire national pourrait être régularisé ". A ailleurs, le refus de titre de séjour avait reçu un commencement d'exécution pendant la période où il était en vigueur. Eu égard à ces éléments, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation du refus de titre de séjour et à ce qu'il soit enjoint à la préfète de lui délivrer une telle autorisation conservent leur objet. Dès lors, l'exception de non-lieu soulevée ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues A l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Et aux termes de l'article L. 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. "

5. En l'espèce, il est constant que Mme D est mère d'un enfant de nationalité française dont la filiation a été établie à l'égard de son père de nationalité française qui l'a reconnu, le procureur de la République ayant notamment A un courrier du 13 mars 2020 classé sans suite la procédure de suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité en l'absence de preuves suffisantes de nature à démontrer une telle infraction. Il ressort des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas contesté, que Mme D établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils. Si la préfète du Loiret a opposé l'absence de vie commune du couple et de contribution à l'éducation et l'entretien de son fils A le père, il ressort toutefois des pièces produites A la requérante, notamment deux attestations des 10 octobre et 2 novembre 2021 rédigées A M. C, père de l'enfant, indiquant qu'il lui rend régulièrement visite et contribue financièrement à son entretien, ainsi qu'un extrait de virement bancaire du compte de M. C vers le compte de la requérante effectué en septembre 2021, des justificatifs d'achat de biens A le père pour leur enfant et des photographies les représentant, que l'intéressé participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Mme D remplit donc les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire, en qualité de parent d'enfant français. Elle est A suite fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", la préfète du Loiret a méconnu les dispositions précitées et entaché sa décision d'erreur de droit, la préfète ayant au demeurant dans son arrêté du 26 janvier 2023 considéré que la situation particulière de la requérante impliquait qu'il soit procédé à un réexamen des conditions dans lesquelles son séjour sur le territoire national pourrait être régularisé.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 août 2022 portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à Mme D sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme D a obtenu le bénéficie de l'aide juridictionnelle totale. A suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Madrid, avocate de Mme D, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Madrid de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant refus de titre de séjour du 5 août 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Madrid la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à la préfète du Loiret et à Me Madrid.

Copie en sera adressée pour information au procureur de la République près le Tribunal judiciaire d'Orléans.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bertrand, première conseillère,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 18 avril 2023

La rapporteure,

Anne-Laure B

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIERLa greffière,

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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