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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201390

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201390

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHANLAIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022, Mme B D, représentée par l'AARPI Oppidum avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le président du conseil départemental d'Indre-et-Loire l'a radiée des cadres pour abandon de poste à compter du 15 mars 2022, ainsi que la décision du président du conseil départemental d'Indre-et-Loire du 12 avril 2022 rejetant son recours gracieux et refusant de la réintégrer ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental d'Indre-et-Loire de la réintégrer, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département d'Indre-et-Loire le versement à son profit de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de la décision prononçant sa radiation des cadres n'est pas établie ;

- la décision prononçant sa radiation des cadres est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors, d'une part, que, son état de santé s'étant dégradé, elle n'a pas été en mesure de comprendre la portée de l'avis de passage laissé dans sa boîte aux lettres et les conséquences de son abstention à aller retirer le pli qui lui était adressé la mettant en demeure de reprendre ses fonctions, et, d'autre part, qu'elle n'a jamais entendu rompre le lien qui l'unissait au département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le département d'Indre-et-Loire, représenté par Me Chanlair, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la dégradation de l'état de santé de la requérante n'est pas établie ;

- elle était parfaitement à même de comprendre les conséquences de son refus d'aller retirer le pli qui lui était adressé ;

- sa radiation des cadres n'est pas entachée d'irrégularité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, adjoint administratif principal de deuxième classe au sein du département d'Indre-et-Loire, y assure alors les fonctions d'accueil du public et le standard. Placée en congé de maladie ordinaire du 10 novembre 2017 au 4 octobre 2018, puis en congé de longue maladie à compter du 5 octobre 2018, elle a présenté le 8 février 2021 une demande afin de reprendre ses fonctions dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique. Après avis du médecin spécialiste chargé de l'examiner et d'émettre un avis sur les conditions de sa reprise, lors de sa séance du 10 novembre 2021, le comité médical l'a déclarée apte à reprendre ses fonctions à compter du 20 novembre 2021. Le département a décidé de suivre cet avis. Mme D n'ayant pu reprendre son travail a de nouveau été placée en arrêt de travail à compter du 24 novembre 2021. Elle a été convoquée le 17 décembre 2021 à une expertise, diligentée le 20 décembre 2021, à l'issue de laquelle le médecin qui l'a examinée a conclu qu'au vu de son état général une reprise d'activité professionnelle était envisageable sans qu'il y ait lieu de prévoir un temps partiel thérapeutique. Son arrêt de travail a cependant été prolongé par son médecin traitant. Par lettre recommandée datée du 18 janvier 2022, Mme D a été informée de l'avis du médecin expert et mise en demeure de reprendre son travail à compter du 7 février 2022. Avisée de ce courrier le 19 janvier 2022 Mme D n'a pas retiré cette lettre et n'a pas repris ses fonctions. Par arrêté du 24 février 2022, notifié le 25 février, le président du conseil départemental a prononcé sa radiation des cadres à compter du 15 mars 2022. Le recours gracieux formé par Mme C a été expressément rejeté par lettre du 12 avril 2022. Par la présente requête Mme C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.3221-3 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil général est seul chargé de l'administration. (). Il est le chef des services du département. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables desdits services. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 24 février 2022 prononçant la radiation des cadres de Mme C a été signé par M. A E, directeur général des services du conseil départemental d'Indre-et-Loire, qui disposait d'une délégation de signature du président du 2 juillet 2021 à effet de signer " en toutes matières, tous actes, arrêtés, décisions, correspondances et documents de toutes natures, à l'exception des rapports au Conseil départemental et à la Commission Permanente du Conseil départemental ". Il résulte des mentions de cet arrêté, qui font foi jusqu'à preuve contraire, qu'il a été transmis à la préfecture le 2 juillet 2021 et publié au recueil des actes administratifs du département. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

5. L'agent qui se trouve en position de congé de maladie est regardé comme n'ayant pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, il ne peut en principe faire l'objet d'une mise en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer, dans les conditions définies au point 4 ci-dessus, son licenciement pour abandon de poste. Il en va toutefois différemment lorsque l'agent, reconnu apte à reprendre ses fonctions par le comité médical départemental, se borne, pour justifier sa non-présentation ou l'absence de reprise de son service, à produire un certificat médical prescrivant un nouvel arrêt de travail sans apporter, sur son état de santé, d'éléments nouveaux par rapport aux constatations sur la base desquelles a été rendu l'avis du comité médical.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre enregistrée au secrétariat du comité médical le 8 février 2021, Mme D a demandé à reprendre ses fonctions dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique, à l'issue de son congé de longue maladie lequel expirait le 5 octobre 2021. Son dossier n'ayant pu être examiné par le comité médical avant l'expiration de son congé de longue maladie, elle a été temporairement placée en disponibilité d'office. Le médecin expert psychiatre chargé de l'examiner a, dans son rapport du 21 septembre 2021, conclu à son aptitude à la reprise de ses fonctions, soulignant qu'une reprise à temps partiel thérapeutique (50%) aurait été préférable. Lors de sa séance du 10 novembre 2021, le comité médical l'a déclarée apte à l'exercice de ses fonctions à compter du 20 novembre 2021, ce dont elle a été informée par une lettre du département l'invitant à reprendre ses fonctions à temps plein à compter de cette date. Placée sur sa demande en congé annuel les 22 et 23 novembre 2021, puis jusqu'au 26 novembre suivant, elle a été invitée à rencontrer la directrice de la logistique interne le 29 novembre afin de mettre en place les modalités de sa reprise de service. Elle ne s'est pas présentée au rendez-vous prévu, ayant été placée en arrêt de travail à compter du 24 novembre par son médecin psychiatre. En l'absence de transmission de ses arrêts de travail à son administration employeur, elle a été mise en demeure, par lettre du 10 décembre 2021, de fournir les justificatifs de son absence dans les plus brefs délais. Le 17 décembre 2021, elle a été invitée à se soumettre à une expertise médicale, réalisée le 20 décembre 2021, au terme de laquelle le médecin agréé a conclu au vu de son état à son aptitude à une reprise d'activité sans nécessité de mise en place d'un temps partiel. Prévue pour le 10 janvier 2022, sa reprise de fonctions n'a pu avoir lieu, Mme D étant maintenue en arrêt de travail par le médecin psychiatre qui la suit. Le 18 janvier 2022, le département l'a mise en demeure de reprendre ses fonctions à compter du 7 février 2022. La requérante n'ayant pas retiré ce courrier malgré l'avis de passage laissé dans sa boîte aux lettres et n'ayant pas repris le travail, par lettre du 24 février 2022, réceptionnée le 25 février, elle a été informée de sa radiation des cadres pour abandon de poste à compter du 15 mars suivant.

7. La requérante soutient qu'elle s'est trouvée dans l'incapacité d'aller retirer le pli contenant la mise en demeure adressée le 18 janvier 2022 par son employeur du fait de son état de santé. A ce titre, elle indique qu'alors qu'elle était placée en arrêt de travail depuis novembre 2017, sous traitement médicamenteux particulièrement lourd, à raison d'un syndrome dépressif sévère, la procédure suivie en vue de sa réintégration a généré chez elle de nouveaux troubles anxieux, amplifiés par le refus de son employeur de lui permettre de reprendre son activité dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique. Face à la détérioration de son état de santé, le médecin psychiatre qui la suit a alors augmenté son traitement, précédemment diminué, et l'a maintenue en arrêt de travail. Si elle produit un certificat médical de ce praticien attestant d'un état très perturbé, " avec un traitement pouvant gêner l'attention et la concentration, pouvant expliquer une mauvaise gestion confuse et désorganisée de ses affaires ", il ressort des pièces du dossier que tant l'expert psychiatre qui l'a examinée le 21 septembre 2021que le comité médical dans sa séance du 10 novembre l'ont déclarée apte à la reprise de ses fonctions, sans restrictions, et que, placée en disponibilité d'office à compter du 5 octobre 2021, elle avait été invitée à reprendre ses fonctions à compter du 20 novembre. De plus, le médecin expert qui l'a examinée dans le cadre de la contre-expertise diligentée en décembre 2021 l'a déclarée apte à la reprise de ses fonctions et a indiqué, en reprenant les déclarations de la requérante, que l'absence de reprise de ses fonctions était essentiellement due au refus de son employeur de lui accorder un temps partiel thérapeutique. Dans ces conditions, et à supposer même que le traitement médicamenteux en lien avec les troubles psychologiques qu'elle présentait au début de l'année 2022 ait pu engendrer des difficultés de concentration, elle n'établit pas par les pièces qu'elle produit la gravité de cet état et son incapacité à entreprendre des démarches administratives, ainsi qu'en témoignent ses échanges de courriels avec le service du personnel du conseil départemental.

8. Par ailleurs, si Mme D a adressé à son employeur, les 19 janvier et 28 février 2022, des certificats médicaux la plaçant en arrêt de travail pour les périodes du 10 janvier 2022 au 7 février 2022 et du 13 février 2022 au 15 mars 2022, ces certificats n'apportaient aucun élément nouveau relatif à son état de santé, tel qu'apprécié par le comité médical et par le médecin expert agréé en charge de la contre-expertise, réalisée le 20 décembre 2021, et ne lui ouvrait ainsi aucun droit à être placée en congé de maladie. Par suite, et alors que la requérante n'établit pas s'être trouvée, nonobstant la circonstance que son employeur a refusé de la placer à mi-temps thérapeutique, dans l'impossibilité de reprendre son travail le 7 février 2022, elle doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant rompu le lien qui l'unissait au département d'Indre-et Loire. C'est donc sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le président du conseil départemental a pu prononcer sa radiation des cadres pour abandon de poste.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 février 2022 prononçant sa radiation des cadres pour abandon de poste à compter du 15 mars 2022 et de la décision du 12 avril 2022 rejetant son recours gracieux doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département d'Indre-et-Loire la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que le département d'Indre-et-Loire a présentées au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département d'Indre-et-Loire sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au département d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

Le président,

Benoist GUEVELLe greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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