vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201411 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ECHCHAYB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2022, M. A C, représenté par Me Echchayb, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à la préfète de procéder au réexamen de sa demande sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros à verser à son conseil.
M. C soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision est insuffisamment motivée ; elle ne mentionne pas l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et vise des articles abrogés ;
- le signataire de cette décision n'établit pas qu'il avait compétence à cet effet ;
- l'arrêté attaqué n'a pas été pris à l'issue d'un examen de sa situation personnelle et il n'a pas été entendu ni mis en situation de présenter ses observations orales ;
- il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle pour déterminer si les formalités requises par la succession de son père étaient susceptibles de justifier une prorogation du délai de départ volontaire prévu par l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- en outre, la décision fixant le pays de destination implique son retour dans son pays d'origine, situation qui est inenvisageable.
Par un mémoire enregistré le 11 août 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Echchayb, représentant C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 22 mars 1985, a été entendu le 5 avril 2022 par les services de la police aux frontières et a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Il demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté du 5 avril 2022 attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme B E, préfète du Loiret, a donné délégation à M. D à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les conditions dans lesquelles M. C déclare être entré en France, relève, d'une part, que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français sans avoir effectué aucune démarche administrative auprès d'une préfecture en vue de régulariser sa situation administrative, d'autre part, qu'il tire ses revenus d'un travail sans toutefois avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail. L'arrêté attaqué, au surplus, vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et relève que l'intéressé déclare être célibataire et sans charge de famille et que dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs l'arrêté attaqué, qui vise les articles L. 721-3 à 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle que M. C est de nationalité marocaine et relève en outre qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Si le requérant fait valoir que l'arrêté " vise des articles abrogés ", il n'apporte aucune précision à l'appui de cette allégation. L'arrêté attaqué - qui, contrairement à ce que soutient le requérant et en tout état de cause, vise également l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 - est ainsi suffisamment motivé, tant en ce qu'il fait obligation à M. C de quitter le territoire français qu'en ce qu'il fixe le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.
4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. C avant de prendre l'arrêté attaqué.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et particulièrement du procès-verbal d'audition du 5 avril 2022, que M. C a été interrogé sur sa situation administrative et expressément invité à présenter ses observations sur une éventuelle mesure d'éloignement à destination du Maroc. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été mis en situation de présenter ses observations avant l'intervention de l'arrêté attaqué manque en fait.
6. En cinquième lieu, en se bornant à énoncer que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre " est notamment entachée d'erreur de droit ", M. C n'assortit pas ce moyen des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". A supposer que M. C, en faisant état de sa résidence en France depuis 2017 et en indiquant qu'il " remplit, et satisfait, les conditions d'octroi d'un titre ", ait entendu, d'une part, invoquer le principe selon lequel un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français lorsqu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, d'autre part, se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les éléments qu'il produit ne permettent pas de justifier de l'ancienneté alléguée de son séjour sur le territoire français, alors au demeurant qu'il indiquait lui-même au cours de son audition le 5 avril 2022 avoir quitté la France pour l'Espagne en 2019. Le requérant, qui a résidé sur le territoire français sans chercher à régulariser sa situation administrative, ne justifie que d'activités professionnelles épisodiques, exercées en méconnaissance de la législation sur l'emploi des étrangers et en faisant d'ailleurs usage en dernier lieu, selon ses propres déclarations, d'une fausse carte d'identité espagnole. S'il fait état d'une procédure en cours concernant la succession de son père - lequel, jusqu'à son décès survenu le 5 août 2017, était associé d'une SARL exerçant en France une activité de paysagiste -, il n'établit pas la nécessité de sa présence sur le territoire français pour les besoins de cette procédure. Enfin M. C, qui se déclare célibataire sans enfant, ne fait état que de la présence de cousins éloignés en France. Dès lors, le requérant ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions précitées.
8. En septième lieu, eu égard aux éléments, exposés au point précédent, de la situation personnelle de M. C, l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant l'arrêté attaqué. Eu égard aux mêmes éléments, la préfète n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'elle a faite des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C.
9. En huitième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments portés à sa connaissance de la situation personnelle de M. C pour fixer le délai de départ volontaire qu'elle lui a accordé. Par ailleurs, nonobstant la procédure, mentionnée au point 7, concernant la succession du père de M. C, la préfète n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
10. Enfin, si M. C fait valoir que son retour dans son pays d'origine constitue une " situation inenvisageable ", il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2022 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de M. C en application de ces dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric F
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026