mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | VEAUVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 avril 2022 et le 6 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Benoît, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Veigné s'est opposé à sa déclaration préalable portant sur la réalisation d'une clôture composée de grillage vert d'une hauteur de 1,80 m et d'un portail ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de prendre un arrêté de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à titre subsidiaire de reprendre l'instruction de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Veigné la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté n'est pas signé en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de fait sur le zonage de ses parcelles ;
- l'arrêté est illégal du fait de l'illégalité du plan de prévention des risques inondation de la Vallée de l'Indre approuvé le 28 avril 2005.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la commune de Veigné, représentée par Me Veauvy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- l'arrêté attaqué peut légalement être fondé sur le motif tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions de l'article N11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune applicables aux clôtures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Benoit, représentant M. B, et de Me Gault-Ozinck, représentant la commune de Veigné.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 novembre 2021, M. B a déposé un dossier de déclaration préalable pour la réalisation d'une clôture composée de grillage vert et d'un portail vert d'une hauteur de 1,80 mètres sur les limites séparatives sur des terrains situés au lieu-dit Bourroux à Veigné (Indre-et-Loire). Par un arrêté du 30 novembre 2021, le maire de Veigné s'est opposé à cette déclaration préalable. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, rejeté par décision de la commune du 24 février 2022. Il conteste les refus qui lui ont été opposés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, en vertu du I de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, l'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que, notamment, les inondations. Ces plans ont notamment pour objet, en vertu du II du même article, de délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de leur nature et de leur intensité, d'y interdire tout type de construction ou réalisation d'aménagements ou d'ouvrages, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines, ou de prescrire les conditions dans lesquelles les constructions, aménagements ou ouvrages doivent être réalisés, utilisés ou exploités. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 562-4 du code de l'environnement : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme. " L'article L. 151-43 du code de l'urbanisme dispose : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'Etat. " L'article R.* 151-51 du même code indique que : " Les annexes au plan local d'urbanisme comprennent, s'il y a lieu, outre les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol appartenant aux catégories figurant sur la liste annexée au présent livre mentionnées à l'article L. 151-43, les éléments énumérés aux articles R. 151-52 et R. 151-53. " La liste annexée citée ci-dessus comprend notamment les " Plans de prévention des risques naturels prévisibles établis en application de l'article L. 562-1 du code de l'environnement ", qui doivent ainsi être annexées au plan local d'urbanisme (PLU).
3. Le requérant invoque une exception d'illégalité du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation (PPRI) de la Vallée de l'Indre du 28 avril 2005 en ce que le classement de ses parcelles en zone A3 et A4 du règlement du PPRI est erroné.
4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe en zones A3 et A4 (aléa fort et aléa très fort) du PPRI de la Vallée de l'Indre du 28 avril 2005. A ce titre tant en zone A3 qu'en zone A4, l'article 1 de son règlement interdit tous les remblais, constructions, ouvrages, installations, travaux, exploitations des terrains à l'exception de ceux admis et énoncés aux articles 2 et 3, dont il n'est pas allégué que les travaux projetés par le requérant feraient partie. Si le dossier de déclaration préalable vise les parcelles cadastrées section AC 108, 623, 625, 626, 109, 627, 104, 100, 105, 106, 101, 103, 102, 107, A87P, il ressort toutefois du plan de masse joint au dossier ainsi que des informations accessibles sur le site Géoportail, que le projet de construction de clôture et de portail est situé précisément sur les parcelles cadastrées section AC 625, 626, 627 et 100. Pour contester le classement de ces parcelles, M. B produit un rapport d'expertise de l'aléa inondation au droit de sa propriété, réalisé à sa demande, par la société ALP'GEORISQUES le 2 mars 2020, lequel établit que les bâtiments de la Vacherie, de la maison du gardien et du poulailler sont hors d'eau pour la cote de référence du PPRI, ce qui représente environ les 9/10 de la surface de la parcelle AC 625 et que, pour cette parcelle, seule l'extrémité ouest, au droit du vieux Logis, devrait être classée en zone A3 au regard des critères du PPRI de la vallée de l'Indre. Cette démonstration n'est pas sérieusement contredite par la commune en défense. Le rapport d'expertise indique ensuite qu'en ce qui concerne le vieux logis et le chalet Sainte-Marie, le classement en A4 est conforme aux critères retenus par le PPRI. Il résulte dès lors des pièces du dossier qu'une grande partie de la propriété B, et en particulier sur la parcelle AC 625 les bâtiments de La Vacherie et de la maison du Gardien, se situe plus de 3 mètres au-dessus de la cote de référence. Le classement de cette parcelle en zone A3 du PPRI est dès lors entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, compte tenu de la localisation des autres parcelles concernées par le projet (parcelles cadastrées section AC 626, 627 et 100) par rapport à la parcelle AC 625 et du profil altimétrique du site, celles-ci doivent être considérées comme étant également situées hors d'eau et au-dessus de la cote de référence NGF retenue par le PPRI. Le classement de ces parcelles en zone A3 et A4 du PPRI est dès lors également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le requérant est fondé à exciper de l'illégalité du PPRI de la Vallée de l'Indre en ce qui concerne le classement des parcelles d'implantation du projet, objet de sa déclaration préalable, en zone A3 ou A4 du PPRI. La commune ne pouvait dès lors légalement se fonder sur ce motif unique pour opposer un refus à la déclaration préalable déposée par le requérant.
5. En second lieu, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. La commune de Veigné sollicite en défense une substitution de motifs de nature à justifier la décision en litige, et invoque les motifs tirés de ce que, d'une part, le projet méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone N secteur Np en ce que sa clôture n'est pas entièrement ajourée puisque le projet prévoit également un portail de deux portes métalliques pleines de 3,50 mètres de long et 1,80 mètres de haut et, d'autre part, le projet ne s'insère pas harmonieusement dans son environnement qui est un espace naturel en bordure de l'Indre.
7. D'une part, aux termes du règlement du PLU de la commune, les clôtures sont admises dans le secteur Np. L'article N11 du règlement du PLU dispose que dans les secteurs localisés en zone inondable et dans l'ensemble de la zone Np : " Les clôtures doivent être entièrement ajourées. Cette règle s'applique aussi aux clôtures et autres éléments de séparation ou de protection intérieurs aux propriétés ".
8. Il ressort du dossier de déclaration préalable que, si le projet prévoit la construction d'une clôture grillagée ajourée, il prévoit également l'édification d'un portail électrique, composé de deux portes pleines métalliques s'ouvrant vers l'intérieur de la propriété. Par suite, la commune de Veigné est fondée à soutenir que le projet, en raison de la création de ce portail, méconnaît les dispositions citées au point précédent. Toutefois, et alors que le projet porte également sur l'édification d'une clôture ajourée, dont il n'est pas établi qu'elle méconnaît les dispositions de l'article N11 du règlement du PLU, et que le maire pouvait prescrire au pétitionnaire de modifier ce projet de portail, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Par suite, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du PLU n'étant pas susceptible de fonder la décision contestée, la demande de substitution de motif ne peut être accueillie sur ce point.
9. D'autre part, aux termes de l'article N11 du règlement du PLU : " () Les clôtures éventuelles doivent, tant par leur conception, que par leurs matériaux et leurs couleurs, s'insérer harmonieusement à l'ambiance de la rue () et parmi les constructions et clôtures voisines. () "
10. La commune soutient que le projet, par sa conception et ses matériaux, ne s'insère pas harmonieusement dans son environnement, caractérisé par un espace naturel en bordure de l'Indre. Toutefois le projet consiste en l'édification d'une clôture grillagée ajourée métallique de couleur vert foncé, d'une hauteur de 1,80 mètres et d'un portail également de couleur vert foncé, d'une hauteur de 1,80 m et d'une longueur de 3,50 mètres. La couleur et les matériaux utilisés permettent au contraire l'insertion dans l'environnement naturel. Par suite, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du PLU n'étant pas susceptible de fonder la décision contestée, la demande de substitution de motif ne peut être accueillie sur ce point.
11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme aucun autre moyen, en l'état du dossier, n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée du 30 novembre 2021.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le maire de Veigné a fait opposition à la déclaration préalable de travaux de M. B doit être annulé, ainsi que la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Eu égard à l'annulation prononcée par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Veigné de délivrer à M. B une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Veigné la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Veigné le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Veigné s'est opposé à la déclaration préalable de M. B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Veigné de délivrer à M. B une décision de non-opposition à la déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : La commune de Veigné versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Veigné et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026