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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201450

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201450

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSEL DUFOUR & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2022 et 24 juin 2022, Mme D A C, représentée par Me Dufour, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours gracieux du 29 décembre 2021 formé à l'encontre d'une décision 48SI ;

2°) d'annuler la décision 48SI du 9 novembre 2021 l'informant de la perte de validité de son permis de conduire, compte tenu d'un solde de points nul ;

3°) d'annuler les décisions de retrait d'un point de son permis de conduire faisant suite à des infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020, 27 septembre 2019 à 15h47, 27 septembre 2019 à 11h23 et 15 juin 2019 ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu les informations prescrites par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la commission des infractions en litige ;

- la réalité des infractions, qui ont fait l'objet de contestations auprès de l'officier du ministère public, n'est pas établie ;

- les décisions successives de retrait de points, non matérialisées par un écrit, sont nécessairement entachées d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loisy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que le solde en points du permis de conduire de Mme A C a été réduit à zéro à la suite d'infractions au code de la route. La requérante, aux termes de ses écritures, demande l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours gracieux du 29 décembre 2021 formé à l'encontre d'une décision 48SI, l'annulation de la décision 48SI du 9 novembre 2021 l'informant de la perte de validité de son permis de conduire, l'annulation des décisions de retrait d'un point de son permis de conduire faisant suite à des infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020, 27 septembre 2019 à 15h47, 27 septembre 2019 à 11h23 et 15 juin 2019, et qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés.

Sur l'étendue de litige :

2. Le ministre de l'intérieur a produit en défense le relevé d'information intégral relatif à la situation de Mme A C, extrait du fichier national du permis de conduire, édité à la date du 30 mai 2022. Ce relevé ne mentionne aucune infraction au code de la route commise à la date du 15 juin 2019. Il mentionne que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 27 septembre 2019 à 15h47 a été restitué le 7 juillet 2020 sur le permis de conduire de Mme A C. Il ressort enfin de ce relevé que, par l'effet des trois points ajoutés le 26 juillet 2020 sur le permis de conduire de l'intéressée, le solde en points dudit permis s'établissait à cette date à douze points. Par suite, les conclusions de la requérante, en tant qu'elles sont dirigées contre les décisions de retraits de points faisant à une infraction du 15 avril 2019 et aux infractions des 27 septembre 2019 à 15h47 et 27 septembre 2019 à 11h23, dont aucune au demeurant ne figure sur la décision 48SI en litige, sont irrecevables. Ses conclusions en injonction tendant à ce que les points correspondant à ces retraits soient ajoutés à son permis de conduire sont également irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'absence de motivation des décisions de retrait d'un point faisant suite aux infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020 :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité. Ainsi, le moyen de la requérante, tiré de ce que la preuve de la notification des retraits de points consécutifs aux infractions en litige n'est pas rapportée par l'administration, est inopérant. Par suite, il en est nécessairement de même du moyen tiré de l'absence de motivation de ces décisions.

En ce qui concerne l'absence de réalité des infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020 :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route que le nombre de points du permis de conduire est réduit de plein droit lorsque la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement de l'amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou une condamnation pénale devenue définitive, et que le permis perd sa validité lorsque le nombre de points est nul. L'article L. 225-1 du code de la route fixe la liste des informations qui, sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, sont enregistrées au sein du système national des permis de conduire. Sont notamment mentionnés au 5° de cet article les procès-verbaux des infractions entraînant retrait de points et ayant donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire en vertu de l'article 529 du code de procédure pénale ou à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée prévu à l'article 529-2 de ce code. En vertu de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues à l'article L. 30 (4°, 5°, 6° et 7°) du code de la route, les informations mentionnées au 6° de l'article 30, devenu le 5° de l'article L. 225-1 de ce code, sont communiquées par l'officier du ministère public par support ou liaison informatique. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral de la requérante, que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis s'agissant des infractions en litige, ayant chacune entraîné un retrait d'un point. La requérante ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les énonciations du relevé d'information intégral et n'établit pas, ni n'allègue, que les titres exécutoires auraient été annulés à la suite des réclamations qu'elle précise avoir formé devant l'officier du ministère public. Par suite, la réalité de ces infractions est établie au sens des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

En ce qui concerne l'absence d'information préalable lors de la commission des infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020 :

6. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une condamnation pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction du 22 février 2021 :

7. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettaient au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et qui portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

8. En l'espèce, le ministre de l'intérieur produit une attestation du comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé selon laquelle l'intéressée s'est acquittée de la somme due à raison de l'infraction du 22 février 2021, constatée par radar automatique. La requérante ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les mentions du relevé d'information intégral et l'attestation du comptable public et notamment que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé. Dans ces conditions, le retrait d'un point opéré à raison de cette infraction doit être regardé comme étant intervenu selon une procédure régulière.

S'agissant des infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020 :

9. Pour ces infractions, constatées par radar automatique, qui ont donné lieu à des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée, le ministre de l'intérieur ne produit aucun document de nature à établir que la requérante aurait reçu l'information exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de leur constatation. La délivrance de l'information ne saurait résulter de la seule circonstance que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis à raison de ces infractions et que des avis d'amende forfaitaire majorée ont été adressés à l'intéressée dès lors que l'administration n'établit pas que la contrevenante a reçu ces documents ou qu'elle aurait payé les amendes forfaitaires majorées correspondantes. Si la seule circonstance que l'intéressée n'a pas été informée, lors de la constatation de ces infractions de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité les décisions de retrait de points correspondantes s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, il n'en va pas de même pour l'information portant sur la possibilité d'un retrait de points qui permet au contrevenant de savoir si l'infraction va ou non entraîner un retrait de points et lui permettre, le cas échéant, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire et de contester l'infraction devant le juge pénal. Dans ces conditions, le ministre ne peut être regardé comme apportant la preuve du respect des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que les retraits de chaque fois un point opérés à raison des infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020 sont intervenus selon une procédure irrégulière.

10. Pour les motifs exposés au point précédent, la requérante est fondée à demander l'annulation des décisions de retrait de chaque fois un point consécutives aux infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020, ainsi que, par suite, de la décision 48SI du ministre de l'intérieur du 9 novembre 2021 et de la décision de rejet du recours administratif du 29 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement implique nécessairement que soit enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à la requérante les points illégalement retirés de son permis de conduire, mentionnés au point précédent, dans la limite du capital de points affecté au permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de chaque fois un point consécutives aux infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020, la décision 48SI du 29 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a informé Mme A C de la perte de validité de son permis de conduire et la décision de rejet du recours administratif du 29 décembre 2021 de Mme A C sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer les points retirés lors des infractions des 8 mars 2021, 22 février 2021, 3 décembre 2020, 22 octobre 2020, 9 octobre 2020, 28 septembre 2020, 20 août 2020, 22 juin 2020, 4 juin 2020, 7 mai 2020, 30 avril 2020, 22 avril 2020, 15 avril 2020 à 7h48, 15 avril 2020 à 7h05, 2 avril 2020, dans la limite du capital de points affecté au permis de conduire de Mme A C et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui a invalidé ce permis.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 13 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Paule B

Le greffier

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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