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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201488

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201488

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 avril 2022 et le 8 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Madrid, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet prise par la préfète du Loiret, ensemble l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de temps et sous la même condition d'astreinte ;

3°) de dire qu'il se verra délivrer dès la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de la délivrance du titre de séjour sollicité ou du réexamen de sa situation, une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande par la préfète ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il justifie de circonstances exceptionnelles au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son jeune fils tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande par la préfète ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation notamment eu égard à la présence de son jeune fils.

Par ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023 à douze heures.

Un mémoire présenté par la préfète du Loiret a été enregistré le 1er juin 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me Madrid, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 17 septembre 1982, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en juin 2019. Le 31 août 2020, il a demandé auprès des services de la préfecture du Loiret son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 juin 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande par la préfète ainsi que de l'arrêté du 30 juin 2022.

2. En premier lieu, si une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois sur la demande de titre de séjour présentée par M. A, un arrêté exprès de rejet est intervenu le 30 juin 2022. Par suite, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première et les moyens visant la décision implicite sont inopérants.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 435-1 et L. 611-1, dont la préfète a fait application. Il fait aussi mention dans ses considérants de l'article L. 423-23 du même code, citant ainsi l'ensemble des dispositions fondant la demande de M. A. Par ailleurs, il rappelle les conditions d'entrée et de séjour du requérant et mentionne les circonstances de fait propres à sa situation personnelle et familiale, notamment s'agissant de sa situation de concubinage et de paternité, ainsi que professionnelle. La préfète, qui n'était pas tenue d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant, a indiqué, de manière précise et non stéréotypée, les motifs pour lesquels M. A ne pouvait pas prétendre à la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, alors que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme en l'espèce, ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mentions spécifiques pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il repose, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la préfète aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la demande de titre de séjour du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2019 et qu'il vit depuis cette date en concubinage avec une compatriote qu'il connaît depuis 2017, Mme B, titulaire d'une carte de résident et mère de deux enfants nés en 2012 et en 2015 issus d'une précédente union avec un ressortissant sénégalais résidant en France. Il a eu un fils avec Mme B, né le 31 mars 2020, à l'entretien et à l'éducation duquel il dit participer. Toutefois, par la seule production de facturettes datées de février à septembre 2020, il n'établit pas la réalité de cette dernière allégation. Au demeurant, la réalité de la communauté de vie du couple n'est pas établie par les pièces du dossier. S'il se prévaut aussi de la présence sur le territoire français de son frère et d'une cousine, il n'établit pas avoir des relations avec eux. Enfin, si M. A fait valoir que sa compagne est enceinte du deuxième enfant du couple depuis octobre 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait reconnu ce second enfant. Ainsi, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A justifie d'une particulière intégration dans la société française et qu'il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans et où il a eu deux enfants nés en 2005 et 2012, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Il ne résulte pas de ce qui a été dit au point 6 et eu égard à la formation et à l'expérience professionnelle de M. A dans le secteur du bâtiment et au fait qu'il bénéficierait d'une promesse d'embauche en qualité de peintre que celui-ci justifierait de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de ces dispositions.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant de M. A en refusant de délivrer un titre de séjour au requérant et en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

11. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () II - Pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, l'étranger dispose d'un délai de trente jours à compter de sa notification et peut solliciter, à cet effet, un dispositif d'aide au retour dans son pays d'origine. Eu égard à la situation personnelle de l'étranger, l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français () ".

13. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet aurait entaché sa décision accordant au requérant un délai de départ volontaire de trente jours d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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