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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201565

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201565

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP GERIGNY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 mai 2022 et le 21 mars 2024, M. B A, représenté par Me Bouillaguet, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet du Cher lui a ordonné de se dessaisir de son arme et des munitions en sa possession dans un délai de trois mois à compter de la notification de cet arrêté, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions des catégories B et C et a annulé la validation de son permis de chasser pour l'année 2021/2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas un danger pour lui ou pour autrui.

Par un mémoire enregistré le 20 octobre 2022, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déclaré, le 9 septembre 2021, avoir fait l'acquisition d'un fusil de marque Khan Arms. A la suite de cette déclaration, le préfet du Cher a procédé à une enquête administrative à l'issue de laquelle il a estimé que le comportement de l'intéressé était de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et des biens et était incompatible avec la détention d'une arme. Par un courrier du 30 novembre 2021, le préfet du Cher a informé M. A qu'il envisageait de mettre en œuvre une procédure de dessaisissement de son arme. L'intéressé a présenté des observations en préfecture le 19 janvier 2022. Par un arrêté du 4 mars 2022, le préfet lui a ordonné de se dessaisir de son arme et des munitions en sa possession dans un délai de trois mois à compter de la notification de cet arrêté et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions des catégories B et C. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation de ces armes dangereuses pour elles-mêmes ou pour autrui ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ".

3. Pour prendre l'arrêté attaqué du 4 mars 2022, le préfet du Cher s'est fondé sur les données figurant dans le fichier de traitement d'antécédents judiciaires. Il a relevé que l'intéressé était connu pour des faits de violence aggravée et de détention sans déclaration d'arme commis le 6 août 2019. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a reconnu les faits et notamment avoir exercé volontairement des violences ayant entraîné une incapacité totale de travail d'un jour sur sa fille, ces violences ayant été commises sous l'empire d'un état alcoolique, à la suite d'une dispute. Une composition pénale a été validée par une ordonnance du président du tribunal de grande instance de Bourges du 17 octobre 2019 au terme de laquelle M. A a accepté de se soumettre à quatre entretiens obligatoires auprès de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie dans un délai de quatre mois, à raison d'un entretien par mois et de remettre ses armes aux autorités compétentes. La composition pénale a été exécutée, entraînant l'extinction de l'action publique. Sa fille n'a pas porté plainte et atteste, dans un courrier du 29 avril 2022, que son père est sobre et que leur relation " est revenue sans difficultés ". Lors de l'entretien en préfecture du 19 janvier 2022, le requérant a déclaré ne plus consommer d'alcool et toujours suivre un traitement contre la dépression et précisé qu'il regrettait beaucoup son geste. Par ailleurs, les témoignages produits, émanant de ses amis chasseurs, dépeignent un homme sociable, serviable et prudent et, selon l'enquête administrative à laquelle il a été procédé le 22 octobre 2021, l'intéressé ne s'est pas fait connaître défavorablement depuis les faits de 2019. Dans ces circonstances, eu égard notamment au caractère isolé de l'infraction, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. A était, à la date de l'arrêté attaqué, incompatible avec la détention d'une arme, ni que ce comportement laisse craindre une utilisation de ses armes dangereuse pour lui-même ou pour autrui. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que le préfet du Cher a commis une erreur d'appréciation en ordonnant le dessaisissement et l'interdiction d'acquisition et de détention d'armes contestés.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du 4 mars 2022 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Cher du 4 mars 2022 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cher.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bourges.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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