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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201571

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201571

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et un mémoire enregistrés le 7 mai 2022 et le 30 mars 2023, Mme E D épouse C, représentée A Me Mariette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022, A lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler la décision du 11 février 2022, A laquelle la préfète d'Eure-et-Loir a procédé à la rétention de son passeport ;

3°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte d'un montant de 150 euros A jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte d'un montant de 150 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée en fait en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et de droit, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision qui porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé A les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée tant en fait qu'en droit ;

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant rétention de la carte d'identité :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

A un mémoire enregistré le 25 juillet 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale A une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D épouse C, ressortissante malienne née le 30 juin 1981, est entrée régulièrement en France le 21 juin 2015 munie d'un visa de type C valable du 19 juin 2015 au 17 août 2015. Le 16 février 2017, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé. La préfète d'Eure-et-Loir, A un arrêté du 5 juin 2018, a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme C s'étant maintenue sur le territoire, elle a sollicité le 13 septembre 2021 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de parent d'enfant scolarisé sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A un arrêté du 14 janvier 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Puis, A une décision du 11 février 2022, cette même autorité a procédé à la rétention du passeport de l'intéressée en échange de la remise d'un récépissé valant justification d'identité. A sa requête, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2022, ainsi que de la décision du 11 février 2022.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée A le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Le caractère suffisant de la motivation d'une décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs.

3. En l'espèce, la décision de refus de séjour vise les textes applicables à la situation de Mme C et indique les éléments de sa situation qui sont déterminants pour l'appréciation de son droit au séjour. La décision mentionne notamment que si la requérante est mère de deux enfants dont elle a la charge et que ces derniers sont scolarisés en France depuis six ans, l'intéressée ne présente aucun motif exceptionnel ni aucune circonstance humanitaire et qu'elle ne peut ainsi se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfants scolarisés sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision précise que Mme C, entrée en France le 21 juin 2015, est mariée depuis le 23 décembre 2007 à un ressortissant malien résidant au Mali et qu'elle n'atteste pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Ainsi, la décision litigieuse, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que la décision est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et A suite que le moyen doit être écartée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme C fait valoir l'ancienneté de son séjour en France remontant à 2015, la présence sur ce territoire de ses deux enfants, ainsi que leur scolarisation. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que la requérante était présente en France depuis près de sept ans à la date de l'arrêté attaqué, il est constant qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 5 juin 2018, qu'elle n'a pas exécutée. Ensuite, à supposer même que Mme C, mariée depuis 2007 à un compatriote malien résidant au Mali, était séparée de ce dernier à la date de l'arrêté attaqué, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches au Mali, pays dans lequel elle est née et a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans et où résident son père, sa mère, ainsi que ses frères et sœurs. A ailleurs, Mme C ne démontre pas davantage que les deux enfants du couple, respectivement nés le 9 septembre 2008 et le 22 janvier 2011, dont la situation doit être regardée comme étant indissociable de celle de leurs parents en considération de leur jeune âge, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité au Mali. A ailleurs, Mme C ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision de refus de séjour prise à son encontre ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée A rapport aux buts en vue desquels cette mesure est intervenue. A suite, la préfète d'Eure-et-Loir, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. Dans les circonstances rappelées au point 5, Mme C n'établit ni A sa durée de séjour en France, ni A la présence sur ce même territoire de ses deux enfants et A leur scolarisation depuis six ans à la date de l'arrêté attaqué de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A suite, les moyens tirés d'une erreur de fait et de droit, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation commises A la préfète d'Eure-et-Loir doivent être écartés.

8. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale constituée A la requérante et ses deux fils se reconstitue au Mali et que ces deux enfants y poursuivent leur scolarité. Dès lors, la préfète d'Eure-et-Loir n'a pas méconnu les dispositions de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui imposent de prendre en considération l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions qui les concernent.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 3, ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. A suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que la décision portant refus de séjour prise à l'encontre de Mme C n'est pas illégale. A suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre est dépourvue de base légale. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que Mme C est de nationalité malienne et précise qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée.

12. En second lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 9 et 10 que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français délivrée à l'encontre de Mme C n'est pas établie. A suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite est dépourvue de base légale. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant rétention du passeport :

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. A suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant rétention du passeport de Mme C, ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées A Mme C doivent être rejetées ainsi que, A voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D épouse C et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

Emmanuel B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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