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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201610

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201610

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL OFFICIO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées le 10 mai 2022 et le 11 mars 2023, M. A B, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le président du syndicat intercommunal d'élimination des ordures ménagères (SIEOM) du groupement de Mer a fixé à la somme de 402,50 euros le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) qui lui sera versée mensuellement, ensemble la décision du 29 avril 2022 rejetant son recours gracieux.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur de droit car elles ont pour effet de lui attribuer un régime indemnitaire inférieur à celui dont il bénéficiait précédemment ;

- ces décisions portent atteinte au principe d'égalité car les agents classés dans un même groupe peuvent percevoir un complément de rémunération différent ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation car il n'a pas été tenu compte de son niveau d'expertise, de ses compétences administratives et techniques et de son engagement personnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le syndicat intercommunal d'élimination des ordures ménagères (SIEOM) du groupement de Mer, représenté par Officio avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne ressort pas des dispositions législatives et réglementaires applicables que le SIEOM était dans l'obligation de maintenir le régime indemnitaire antérieur de ses agents dans le cadre de la mise en place du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat (RIFSEEP), transposé à la fonction publique territoriale ;

- les modalités d'attribution de l'IFSE ne font pas obstacle à ce que le montant de l'IFSE attribué aux membres d'un même groupe de fonctions soit différent entre ces agents pour tenir compte de l'expérience et de la technicité acquise par chacun dans l'exercice de ses fonctions ;

- le montant de l'indemnité attribuée a pris en compte l'expérience et la technicité acquise sur le poste ainsi que les sujétions spécifiques liées à chaque poste.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- l'arrêté du 28 avril 2015 pris pour l'application aux corps d'adjoints techniques des administrations de l'Etat des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Agnoletti, représentant le SIEOM du groupement de Mer.

Considérant ce qui suit :

1. M B, adjoint technique territorial titulaire, a été recruté par le syndicat intercommunal d'élimination des ordures ménagères (SIEOM) du groupement de Mer le 1er février 2004 et occupe les fonctions de chauffeur de benne à ordures ménagères à chargement latéral. Par une délibération du 15 décembre 2021, l'assemblée délibérante du SIEOM a approuvé la mise en place du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) et a réparti les différents emplois du SIEOM au sein de différents groupes de fonctions établis en fonction de critères professionnels permettant de regrouper, par catégorie hiérarchique, les postes pour lesquels le niveau de responsabilité et d'expertise est similaire. Par un arrêté du 20 décembre 2021, notifié le 14 janvier 2022, le président du SIEOM a attribué à M. B une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) d'un montant de 402,50 euros, correspondant au groupe de fonctions 2a de la catégorie C. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté le 8 mars 2022, expressément rejeté par le président du SIEOM par décision du 29 avril 2022. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2021 fixant le montant du régime indemnitaire attribué au titre du RIFSEEP ainsi que la décision du 29 avril 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 88 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. Ces régimes indemnitaires peuvent tenir compte des conditions d'exercice des fonctions et de l'engagement professionnel des agents. Lorsque les services de l'Etat servant de référence bénéficient d'une indemnité servie en deux parts, l'organe délibérant détermine les plafonds applicables à chacune de ces parts et en fixe les critères, sans que la somme des deux parts dépasse le plafond global des primes octroyées aux agents de l'Etat () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat: " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : / 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; / 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; / 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. / Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions et les montants maximaux applicables aux agents logés par nécessité de service. / Le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est mensuel. ". L'arrêté du 28 avril 2015 pris pour l'application aux corps d'adjoints techniques des administrations de l'Etat des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat a fixé les montants minimaux et maximaux annuels pouvant être servis en fonction du groupe dans lequel a été classé leur emploi.

3. Par une délibération du 15 décembre 2021 le SIEOM de Mer a approuvé la mise en place du RIFSEEP à compter du 1er janvier 2022 au profit des agents relevant des cadres d'emplois y ouvrant droit. Cette délibération prévoit, en application des dispositions rappelées au point précédent, que les fonctions occupées par les agents d'un même cadre d'emplois sont réparties au sein de différents groupes au regard de critères professionnels expressément mentionnés au point 4 de cette délibération en vue de l'attribution individuelle de ce complément indemnitaire. Cette même délibération précise pour chaque groupe les montants annuels maximaux retenus par l'assemblée délibérante du SIEOM et, en regard, les montants annuels maximaux fixés pour la fonction publique d'Etat.

4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par un arrêté du 20 décembre 2020, le président du SIEOM du groupement de Mer a fixé le montant mensuel de l'IFSE de M. B, adjoint technique territorial à 402,50 euros, correspondant au classement de son emploi dans le groupe fonctionnel 2a " chauffeur BOM bras latéral, chauffeurs-ripeurs, conducteurs de four ".

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 20 mai 2014 : " Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent, sans préjudice du réexamen au vu de l'expérience acquise prévu au 2° de l'article 3 ". Il résulte de ces dispositions qui garantissent à l'agent concerné, jusqu'à son prochain changement de fonctions, un montant d'IFSE au moins égal au montant des primes et indemnités qu'il percevait antérieurement à la mise en place de cette nouvelle indemnité, à l'exception des versements à caractère exceptionnel, d'une part, que la seule circonstance qu'une part du régime indemnitaire antérieurement servi était liée à l'appréciation de ses résultats et de sa manière de servir n'a pas pour effet d'exclure cette part variable du calcul du montant minimal garanti de l'IFSE, d'autre part, que sont en revanche exclus de ce calcul les versements qui, par leur nature ou par leur montant au regard de la moyenne des versements antérieurs, présentent un caractère exceptionnel.

6. M. B soutient que l'arrêté du 20 décembre 2021 fixant le montant mensuel de l'IFSE qui lui est attribué est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il a pour effet de lui attribuer un régime indemnitaire inférieur à celui dont il bénéficiait précédemment, avant la mise en place du RIFSEEP. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que s'il percevait au titre du régime indemnitaire qui lui était alloué un montant mensuel de primes de 450,98 euros, ainsi qu'il l'indique lui-même dans ses écritures, ce montant incluait une prime exceptionnelle de 165,83 euros mensuels, versée annuellement, pour la conduite de camions à bras latéral, mise en place en 2014 à la suite d'une réorganisation du travail liée à l'acquisition de camions bennes à chargement latéral. Il s'ensuit que, le montant de prime revendiqué, servi antérieurement au 1er janvier 2021 à M. B, résultant de la prise en compte d'une prime à caractère exceptionnel, c'est sans erreur de droit que le président du SIEOM a pu ne pas l'intégrer dans le calcul du montant de l'IFSE servie.

7. En deuxième lieu, le principe d'égalité de traitement, qui ne peut être invoqué que pour des agents appartenant à un même corps ou à un même cadre d'emplois qui sont placés dans une situation identique, ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

8. Si M B soutient que l'autorité territoriale a méconnu le principe d'égalité entre agents du même cadre d'emplois, la délibération du 15 décembre 2021 a classé dans le groupe 2a les chauffeurs BOM bras latéral (BCL), les chauffeurs ripeurs et les conducteurs de four. En application de cette délibération, le SIEOM a établi en vue de l'attribution de l'IFSE un tableau recensant l'ensemble des critères pris en compte et l'ensemble des agents du groupe, chaque critère étant affecté d'un nombre de points et le total de ces points conduisant à l'attribution d'un montant de prime. Le montant de l'IFSE de l'ensemble des agents du service a été déterminé en fonction du nombre de points octroyés pour chacun de ces critères. Ainsi, M. B s'est vu octroyer 23 points lui permettant de bénéficier d'une IFSE d'un montant de 402,50 euros, tandis que ses collègues du même groupe ont vu leur nombre de points s'échelonner de 19 à 60. Alors que le principe d'égalité de traitement ne s'applique qu'entre agents du même corps et que le requérant n'établit pas être dans une situation identique au collègue dont il produit la fiche de paie anonymisée, il ne peut en tout état de cause s'appuyer valablement sur cette comparaison. Le moyen doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, si M. B soutient que le montant attribué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses qualités et compétences professionnelles, arguant de ce qu'il n'a pas été tenu compte de son niveau d'expertise, de ses compétences administratives et techniques, ni de l'engagement personnel dont il a fait montre, le tableau annexé aux écritures en défense du SIEOM fait apparaître, ainsi qu'il a été dit au point précédent, qu'il a été évalué sur la base des critères fixés par la délibération du 15 décembre 2020. En se bornant à de simples affirmations, M. B n'établit pas que le président du SIEOM aurait mal évalué ses compétences et qualités mises en œuvre dans le cadre de son exercice professionnel. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le président SIEOM a fixé le montant de l'IFSE à lui verser mensuellement ainsi que la décision du 29 avril 2022 rejetant son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du SIEOM présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le SIEOM de Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au syndicat intercommunal d'élimination des ordures ménagères du groupement de Mer.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALe greffier

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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