mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201731 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL INGELAERE & PARTNERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mai 2022 et le 21 novembre 2023, M. A B, représenté par la Selarl Ingelaere et Partners avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle la direction départementale des finances publiques (DDFIP) d'Eure-et-Loir l'a placé en congé de maladie ordinaire d'office ;
2°) d'enjoindre à la DDFIP d'Eure-et-Loir de le réintégrer dans ses fonctions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur quant à la matérialité des faits dès lors que la DDFIP ne démontre pas en quoi son comportement vis-à-vis de ses collègues crée un climat de tension qui génère des incidents relationnels au sein du service, mobilise fortement les cadres responsables de la direction et perturbe gravement le fonctionnement du service, qu'il n'est pas l'instigateur de l'incident survenu le 21 février 2022 et que le 24 mars 2022, lorsque le médecin de prévention lui a indiqué devoir prolonger son arrêt de travail, il a uniquement exprimé sa désapprobation quant à ces méthodes de mises à l'écart ;
- elle est entachée d'une erreur de droit car elle méconnaît l'article 34 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 dès lors que si l'employeur public détient effectivement la possibilité de saisir le conseil médical afin de demander à ce que la situation médicale d'un agent soit examinée en vue de son placement éventuel en congé de maladie, cette faculté est subordonnée à l'établissement d'une attestation médicale ou d'un rapport des supérieurs hiérarchiques de l'agent concerné, mais qu'en l'espèce aucune attestation ni aucun rapport émanant d'un médecin ou de ses supérieurs hiérarchiques n'a été dressé, et la DDFIP ne dispose pas de compétences médicales ; de même il ne peut être placé en congé de maladie ordinaire d'office à titre conservatoire à compter du 25 mars 2022 sur le fondement des dispositions de l'article 24 du décret n° 86-442 car la maladie de l'agent doit avoir été dûment constatée et le mettre dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions alors qu'aucune circonstance ne le place dans une telle impossibilité ainsi que le démontrent les deux refus de son médecin traitant de le placer en congé de maladie ;
- il est victime de discrimination liée au fait qu'il a récemment effectué un parcours de transition et qu'il est à tort accusé d'être agressif, d'être incapable de gérer ses émotions et de créer des tensions au sein du service en raison de son traitement médicamenteux, la décision attaquée méconnaissant ainsi les articles L. 131-1 et L. 131-12 du code général de la fonction publique ; le comportement adopté par sa hiérarchie à son encontre le 21 février 2022 démontre la volonté manifeste de le placer en position d'agresseur et de l'évincer du service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Keiflin,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, contrôleur des finances publiques de 1ère classe, a rejoint la direction générale des finances publique le 1er novembre 1997 et a été titularisé le 1er novembre 1998. Il est affecté, depuis le 1er septembre 2021, au service comptabilité de la trésorerie hospitalière départementale (THD) d'Eure-et-Loir. Le 21 février 2022, une altercation s'est produite au sein du service de la THD entre M. B et des agents du service. Il a été placé en autorisation d'absence le 22 février 2022 puis en arrêt de travail du 24 février 2022 au 24 mars 2022. La DDFIP d'Eure-et-Loir a, le 24 mars 2024, organisé une visite de reprise auprès du médecin du travail. Le 25 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques a décidé de saisir le comité médical d'Eure-et-Loir d'une demande de placement de M. B en congé de longue maladie (CLM) ou de longue durée (CLD) en application des dispositions de l'article 34 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires et, dans cette attente, l'a placé d'office en congé de maladie ordinaire. Le 1er juillet 2022, le conseil médical départemental d'Eure-et-Loir a rendu un avis d'inaptitude temporaire aux fonctions assorti d'un avis favorable à l'octroi d'un congé de longue maladie d'office à compter du 25 mars 2022 pour une durée de six mois renouvelable trois mois. M. B demande l'annulation de la décision du 25 mars 2022 le plaçant d'office en congé de maladie ordinaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, M. B soutient que la décision attaquée, qui fait état de l'existence de sa part de comportements violents, insultants et menaçants adoptés de façon réitérée au préjudice de ses collègues, comportements à l'origine de nombreux incidents révélant suffisamment la nécessité d'une prise en charge médicale, d'une part s'appuie sur un rapport non circonstancié de son supérieur hiérarchique relatant des faits qu'il n'a pas personnellement constatés, d'autre part que la DDFIP d'Eure-et-Loir ne démontre pas en quoi son comportement créerait un climat de tension et des incidents relationnels au sein du service et enfin qu'il n'est pas l'instigateur de l'incident survenu le 21 février 2022, quand bien même il regrette avoir répondu à sa collègue et avoir eu une altercation avec deux autres collègues, dont l'un était un supérieur hiérarchique. Par ailleurs, il soutient que le 24 mars 2022, lorsque le médecin de prévention lui a indiqué devoir prolonger son arrêt de travail, il a uniquement exprimé sa désapprobation quant à ces méthodes de mises à l'écart.
3. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport circonstancié de l'une des adjointes à la cheffe de poste, inspectrice à la trésorerie hospitalière d'Eure-et-Loir, que M. B, le 21 février 2022, suite à un bref échange avec une collègue, contrôleuse au service hébergés, qui s'était déplacée dans son bureau pour lui rappeler une consigne, a adopté un comportement menaçant et proféré des insultes à son encontre, puis a continué à être menaçant verbalement et physiquement à l'encontre de deux autres collègues, dont l'un était un supérieur hiérarchique, ainsi qu'à l'égard de la directrice des ressources humaines, de son adjointe et d'une assistante sociale, qui s'étaient rendues à la trésorerie suite au signalement de la situation par la cheffe de poste et qu'il a refusé le dialogue en quittant la pièce. Il ressort également des pièces du dossier que les personnels de la direction ont alors été amenés à contacter les forces de l'ordre pour que M. B, suite à plusieurs refus, quitte les locaux de la trésorerie. En outre, il ressort des fiches de signalement rédigées par les trois collègues impliqués et six autres collègues présents lors de l'altercation que M. B a tenu des propos insultants et a adopté un comportement menaçant, tant verbalement à l'encontre de ses trois collègues, que physiquement pour l'un d'entre eux ainsi qu'à l'égard des personnels de la direction et de l'assistante sociale et que cela a généré un climat de tension et d'insécurité et a perturbé le fonctionnement du service au sein de la trésorerie. Il ressort en outre de ces mêmes fiches de signalement l'existence de comportements incontrôlables chez l'intéressé, d'un mal-être grandissant également illustré par un chantage au suicide, de la peur qu'il inspire, et par suite du danger qu'il représente tant pour eux que pour lui-même.
4. Dans ces conditions, M. B, qui se borne à faire valoir qu'il a lui-même rédigé des fiches de signalement en tant que victime de l'altercation du 21 février 2022, et à faire état, sans aucun élément au soutien de cette allégation, d'inimitiés des collègues et de sa hiérarchie à son égard, n'établit pas, quand bien même la collègue qui s'est rendue à son bureau le 21 février 2022 a pu se montrer agacée et aurait adopté un ton autoritaire, l'inexactitude matérielle des faits qui lui sont reprochés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 : " (), en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie ". Aux termes de l'article 34 du même décret dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'un chef de service estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs hiérarchiques, que l'état de santé d'un fonctionnaire pourrait justifier qu'il lui soit fait application des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, il saisit le conseil médical de cette question. Il informe de cette saisine le médecin du travail qui transmet un rapport au conseil médical ".
6. Ces dispositions ne subordonnent pas la mise en congé de maladie à une demande du fonctionnaire et ne sauraient donc par elles-mêmes faire obstacle à ce qu'un fonctionnaire soit placé d'office dans la position dont s'agit dès lors que sa maladie a été dûment constatée et qu'elle le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Ainsi, lorsque l'administration a engagé une procédure de mise en congé de longue maladie conformément à l'article 34 du décret du 14 mars 1986, elle peut, à titre conservatoire et dans l'attente de l'avis du comité médical sur la mise en congé de longue maladie, placer l'agent concerné en congé d'office lorsque la maladie de l'agent a été dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions.
7. Il ressort des pièces du dossier que la DDFIP d'Eure-et-Loir, lors du placement de M. B, à titre conservatoire, en congé maladie ordinaire d'office dans l'attente de la réunion du comité médical, disposait du rapport circonstancié d'un supérieur hiérarchique du 23 février 2022 ainsi que de la fiche de visite de pré-reprise établie par le médecin du travail de la DDFIP, qui conclut à une " situation exceptionnelle - avis impossible " assortie des commentaires selon lesquels l'agent est orienté vers son médecin pour une prolongation de son arrêt maladie actuel et que l'administration pourra saisir le comité médical en vue de statuer sur l'avis d'aptitude à l'emploi de M. B en application de l'article 34 du décret du 14 mars 1986. Dans un courriel du même jour, le médecin du travail, médecin coordonnateur national, précise que le fait que le médecin du travail de la DDFIP indique que l'agent ne peut reprendre le travail permet à l'administration de positionner l'agent en congé maladie ordinaire d'office en attendant l'avis du comité médical.
8. M. B soutient qu'aucune circonstance ne le place dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions en s'appuyant sur les deux refus de son médecin traitant de le placer en congé maladie. Il n'établit pas par cette seule production que l'avis du 24 mars 2022 du médecin du travail de la DDFIP estimant que son état de santé justifiait la prolongation de son congé maladie était erroné. Par suite, le directeur départemental des finances publiques n'a, en le plaçant au vu de cet avis en congé maladie ordinaire d'office dans l'attente de la réunion du comité médical, pas méconnu les dispositions des articles 24 et 34 du décret du 14 mars 1986.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7 ". Aux termes de l'article L. 131-12 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un agent public en prenant en considération le fait : / 1° Qu'il a subi ou refusé de subir des agissements contraires aux principes énoncés aux articles L. 131-1, L. 131-2 et L. 131-3 ; / 2° Qu'il a formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire respecter ces principes ; / 3° Ou bien qu'il a témoigné d'agissements contraires à ces principes ou qu'il les a relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent public ayant procédé ou enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. ".
10. Si M. B soutient être victime de discrimination du fait qu'il a récemment effectué un parcours de transition et que la décision attaquée ainsi que le comportement adopté par sa hiérarchie à son encontre le 21 février 2022 démontreraient la volonté manifeste de le placer en position d'agresseur et de l'évincer du service, ces allégations qui ne sont corroborées par aucun élément de preuve, ne permettent pas d'établir une situation de discrimination à son encontre. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 25 mars 2022 par laquelle le directeur départemental des finances publiques d'Eure-et-Loir l'a placé en congé maladie d'office ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
Laura KEIFLIN
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
Le greffier,
Vincent DUNET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026