jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201829 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | VIZINHO JONEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2022 et le 30 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Vizinho-Joneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle le directeur de l'Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Marronniers " a prononcé à son encontre la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois ;
2°) de condamner l'EHPAD " Les Marronniers " à lui verser un revenu de remplacement évalué sur la base de sa dernière rémunération à compter du 6 avril 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'EHPAD " Les Marronniers " une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée en droit ;
- les faits ne sont pas établis et/ou sont prescrits ;
- ces faits ne constituent pas un manquement à son obligation de dignité, d'impartialité, d'équité et de probité ;
- la sanction est disproportionnée par rapport à la gravité des faits reprochés et n'a pas tenu compte de l'avis émis par le conseil de discipline.
Par des mémoires, enregistrés le 20 juin 2023 et le 12 décembre 2023, l'EPHAD " Les Marronniers " conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, agent d'entretien qualifié au sein de l'EHPAD " Les Marronniers ", a fait l'objet, le 15 novembre 2021, d'une mesure conservatoire de suspension de ses fonctions. Une procédure disciplinaire a été engagée à son encontre et le conseil de discipline a été saisi le 6 janvier 2022. Par un avis du 23 mars 2022, le conseil de discipline a proposé une exclusion temporaire de quinze jours avec un aménagement de la perte de salaire étalée sur un an et la mise en place d'un parcours de soins et un accompagnement par le biais de formations. Par un arrêté du 4 avril 2022, le directeur de l'EPHAD " Les Marronniers " lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonction de douze mois. M. A demande l'annulation de cette décision et à ce que l'EHPAD soit condamné à lui verser un revenu de remplacement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui () / 2° infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision du 4 avril 2022 du directeur de l'EHPAD " Les Marronniers " prononçant une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois à l'encontre du requérant, a été prise au visa notamment du code général de la fonction publique ainsi que du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière. Cette décision est dès lors suffisamment motivée en droit. Par ailleurs, à supposer le moyen invoqué, en mentionnant qu'il est reproché à M. A un comportement harcelant et intimidant à l'encontre du responsable de cuisine depuis la prise de poste de ce dernier au 1er juillet 2021, d'avoir proféré des injures à l'encontre du responsable de cuisine, une présence dans un service dont il n'a pas à être présent pendant ni en dehors de ses heures de services ainsi que la mise en cause de la manière de servir d'un autre agent ayant un grade supérieur, cette sanction se fonde sur des agissements précis et doit ainsi être regardée comme suffisamment motivée en fait, le directeur de l'EHPAD " Les Marronniers " n'étant pas tenu de mentionner avec plus de précisions l'ensemble des situations de fait relevées.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Aux termes de l'article L. 532-2 de ce code : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. / En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation / Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre du fonctionnaire avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : () 3° Troisième groupe : () b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans () ".
5. D'une part, si comme le soutient M. A, la décision attaquée fait état de faits commis par l'intéressé en 2016 et en 2017, il ressort des pièces du dossier que la procédure disciplinaire ayant conduit à la sanction attaquée a été engagée en 2022 pour des faits commis à compter de juillet 2021, soit depuis moins de trois ans. La mention de faits antérieurs n'avait d'autre objet que de mettre en lumière la réitération du comportement violent et injurieux de M. A sans pour autant fonder la sanction en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que certains faits reprochés seraient prescrits doit donc être écarté.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la sanction attaquée a été prise aux motifs que M. A avait adopté un comportement " harcelant " et intimidait le responsable de cuisine depuis sa prise de poste le 1er juillet 2021, proférait des injures répétées à son encontre, se rendait dans le service du responsable de cuisine alors qu'il n'avait pas à y être présent et qu'il mettait en cause la manière de servir d'un autre agent ayant un grade supérieur. Si M. A conteste la matérialité des faits ainsi reprochés, il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu de pré-entretien disciplinaire du 7 décembre 2021, ainsi que du rapport introductif du conseil de discipline que M. A a reconnu avoir un différend avec le responsable de cuisine depuis son arrivée dans l'établissement, et qu'un incident est survenu le 12 novembre 2021, pour lequel l'intéressé s'est justifié par le comportement déplacé qu'aurait eu le responsable de cuisine envers la gent féminine et envers un autre collègue affecté dans ce service. A la suite de cet incident, le responsable de cuisine a dénoncé les faits de harcèlement et de menace qu'il subissait de la part de M. A à la direction de l'établissement par un courrier du 14 novembre 2021 et a déposé une plainte pour menace réitérée de violence le 16 novembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que M. A se rendait dans les cuisines en dehors des opérations de maintenance programmées ou de réparations urgentes pour provoquer le responsable de cuisine. Les nombreux témoignages au dossier permettent d'établir qu'il s'y rendait principalement pour injurier le responsable et lui saper son autorité en demandant, parfois par sms, au personnel de cuisine de " choisir son camp ". Les attestations produites par M. A permettent de corroborer cette inimitié de M. A envers le responsable de cuisine. Il en résulte que la matérialité des faits reprochés à M. A est établie.
7. Enfin, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, qu'en adoptant un comportement agressif et en proférant des injures à l'encontre du responsable de cuisine, et ce, quand bien même ce dernier aurait eu une attitude déplacée envers d'autres collègues, M. A a manqué à son obligation de dignité. Il a, par ailleurs, manqué à son devoir d'obéissance hiérarchique en se rendant régulièrement dans un service où il n'avait pas à être en dehors des missions qui lui étaient confiées et en mettant en cause la manière de servir du responsable de cuisine, ayant un grade supérieur au sien. Il a, par suite, commis une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.
9. Eu égard à la gravité et à la répétition des manquements reprochés, ainsi que du trouble engendré dans le fonctionnement de l'établissement, le directeur de l'EHPAD " Les Marronniers " n'a pas, en prononçant à l'encontre de M. A, la sanction d'exclusion temporaire de fonction de douze mois, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, et ce alors même que l'intéressé n'a jamais fait l'objet antérieurement de sanction et que le conseil de discipline était d'avis de prononcer une sanction moins sévère.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. En l'absence d'illégalité fautive de la décision du 4 avril 2022 prononçant une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de douze mois à l'encontre de M. A, les conclusions indemnitaires présentées par le requérant doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'EHPAD " Les Marronniers ", qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'EHPAD " Les Marronniers " et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à l'EHPAD " Les Marronniers " la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur de l'EHPAD " Les Marronniers ".
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sophie Lesieux, présidente,
M. Virgile Nehring, premier conseiller,
Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
La présidente,
Fatoumata C
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026