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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201886

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201886

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 juin 2022 et le 19 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Aubry, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher a rejeté ses demandes d'autorisation de travail et de certificat de résidence en qualité de salarié ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un certificat de résidence valable un an portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros hors taxes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

- sa requête n'est pas privée d'objet dès lors que le silence gardé par le préfet sur ses demandes a fait naître des décisions implicites de rejet ;

Sur la décision implicite de refus d'autorisation de travail :

- le silence gardé par le préfet sur la demande d'autorisation de travail formée par son employeur vaut décision de rejet et sa demande de communication des motifs de ce rejet est restée sans suite entachant ainsi cette décision individuelle défavorable d'un défaut de motivation ;

- en l'absence de décision explicite, la compétence de l'auteur de la décision est inconnue et ne peut être contrôlée par le requérant ;

Sur le refus de titre de séjour :

- le silence gardé sur sa demande de titre de séjour pendant plus de quatre mois vaut décision implicite de rejet ;

- la décision étant implicite, ses motifs sont inconnus ;

- le caractère implicite de la décision cache l'auteur de celle-ci dont la compétence n'est pas établie et ne peut être contrôlée ;

- la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de délivrance de l'autorisation de travail ;

- le préfet méconnaît sa compétence en refusant de délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié " au motif qu'il est dans l'attente de la délivrance d'une autorisation de travail qui relève de sa compétence.

Par un mémoire enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le recours contentieux déposé par M. A n'a pas lieu d'être dès lors que sa demande de délivrance d'un titre de séjour est toujours en cours d'instruction et qu'elle n'a pas fait l'objet d'un rejet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me Aubry, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 27 mai 1993, est entré sur le territoire français le 29 septembre 2017 pour suivre des études. Il a bénéficié de certificats de résidence successifs en qualité d'étudiant dont le dernier expirait le 27 septembre 2021. De février 2018 à août 2021, il a été employé par l'entreprise ACS Moussi dans le cadre de contrats d'apprentissage. Le 27 juin 2021, une demande d'autorisation de travail a été déposée pour M. A par le gérant de la société. Le 2 novembre 2021, le gérant de la société ACS Moussi était informé qu'à défaut de production d'un titre de séjour valide ou de tout autre document faisant office de titre de séjour, son dossier serait clôturé. Le même jour, M. A a saisi les services de la préfecture de Loir-et-Cher de sa situation. Il lui a alors été demandé de déposer une demande de changement de statut dans l'attente de la décision du service instructeur sur sa demande d'autorisation de travail de son employeur. Le 29 novembre 2021, M. A a sollicité des services de la préfecture de Loir-et-Cher la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Par un message du 25 janvier 2022, il a été informé par les services de la préfecture qu'un récépissé de demande de titre de séjour était à sa disposition et que son dossier restait " en attente de l'autorisation de travail des services de la main d'œuvre étrangère ". Par un courrier du 30 mars 2022, réceptionné le 31 mars, le conseil du requérant a sollicité des services de la préfecture de Loir-et-Cher la communication des motifs ayant donné lieu au rejet implicite de sa demande d'autorisation de travail. Le 6 avril 2022, les services de la préfecture de Loir-et-Cher ont informé M. A que sa demande de titre de séjour était " toujours en attente de l'autorisation délivrée par les services de la main d'œuvre étrangère ". M. A conteste les décisions implicites de refus de délivrance d'une autorisation de travail et de rejet de titre de séjour.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet :

2. Le préfet de Loir-et-Cher fait valoir que la demande de changement de statut du requérant est toujours en instance dans l'attente qu'il fournisse l'autorisation de travail sollicitée par son employeur. Le préfet soutient que dès lors, aucune décision de rejet n'a été prise pouvant être contestée devant le tribunal administratif.

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

4. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté par le préfet que M. A a présenté une demande de titre de séjour le 29 novembre 2021. Dès lors, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent, à défaut de décision expresse prise par le préfet, le requérant est fondé à soutenir qu'à la date d'introduction de sa requête, soit le 2 juin 2022, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet pendant plus de quatre mois. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de Loir-et-Cher.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant refus de délivrance d'une autorisation de travail :

5. D'une part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

6. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour dès lors que ces ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, en prévoyant l'apposition de la mention " salarié " sur le certificat de résidence délivré aux ressortissants algériens et en précisant que cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française, les stipulations du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien rendent applicables à l'exercice par les ressortissants algériens d'une activité salariée les dispositions du code du travail.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet () ".

8. Enfin, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par le préfet, que la société ACS Moussi a sollicité le 27 juin 2021 la délivrance d'une autorisation de travail pour M. A et que le préfet n'a pris aucune décision sur cette demande alors qu'aux termes des dispositions précitées de l'article R. 5221-17, cette compétence lui appartient. Il n'est pas plus contesté que le dossier présenté par la société ACS Moussi était complet. Dès lors le silence gardé par le préfet pendant un délai de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet que le requérant est fondé à contester.

10. En second lieu, il ressort également des pièces du dossier que par un courrier du 30 mars 2022, le conseil de M. A a sollicité auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher, la communication des motifs du refus de délivrance de l'autorisation de travail. Il est constant que les motifs de la décision n'ont pas été communiqués à l'intéressé dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a rejeté la demande de délivrance d'une autorisation de travail sollicitée par la société ACS Moussi.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

11. Le préfet de Loir-et-Cher, en indiquant le 6 avril 2022 à M. A que sa demande de changement de statut était en attente de la délivrance de l'autorisation de travail, a motivé sa décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " par le seul motif tiré du défaut de production d'une autorisation de travail alors qu'il lui appartenait de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée par la société Moussi pour le requérant. Dès lors, le motif invoqué par le préfet pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il sollicite est entaché d'erreur de droit. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ".

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de Loir-et-Cher procède au réexamen des demandes d'autorisation de travail et de titre de séjour présentées pour M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

13. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a rejeté la demande d'autorisation de travail de M. A est annulée.

Article 2 : La décision implicite par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de procéder au réexamen des demandes d'autorisation de travail et de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Blois.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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