jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201894 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | SCP PETIT |
Vu la procédure suivante :
H une requête, enregistrée le 2 juin 2022, Mme B G, représentée H la SCP Petit, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République démocratique du Congo comme pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- l'arrêté n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
H un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
Mme G a été admise à l'aide juridictionnelle totale H décision du
8 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 27 mars 1993, a déclaré être entrée en France en avril 2017 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 26 juin 2017, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 17 octobre 2017 H l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 7 juin 2018 H la cour nationale du droit d'asile. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise H le préfet du Loiret le 20 mai 2019. Interpellée H les services de police d'Orléans le 9 mars 2021, elle a fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire le jour même. H un jugement n° 2101045 du 19 mai 2021 frappé d'appel, le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision. Elle s'est maintenue sur le territoire français. H l'arrêté attaqué du 20 mai 2022, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République démocratique du Congo.
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 20 mai 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, quel que soit le bien-fondé de ses motifs, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de la requérante.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les termes de l'ancien article L. 511-4 : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues H l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
6. En se prévalant des dispositions précitées au point 5, la requérante soutient qu'elle ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire en faisant valoir qu'elle est la mère d'un enfant français, prénommé A, né le 17 juillet 2017 à Orléans de sa liaison avec M. D C, ressortissant français, et que l'enfant réside avec elle depuis la naissance.
7. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité, incombe à celui dont la nationalité est contestée. /. Toutefois, cette preuve incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Aux termes de l'article 29 du code : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel. ". En défense, la préfète du Loiret soutient que le père du fils de la requérante n'a pas la nationalité française dans la mesure où la carte nationale d'identité qui lui a été délivrée a été invalidée et détruite en mai 2019 à la suite d'une décision du 11 janvier 2019 du tribunal d'instance de Montmorency qui a refusé de lui délivrer un certificat de nationalité française. Il résulte des dispositions de l'article 30 du code civil que la charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause, sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française et que l'exception de nationalité ne constitue, en vertu des dispositions de l'article 29 du même code, une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse. En l'espèce, la requérante ne produit pas de certificat de nationalité française pour son fils A et il lui appartient dès lors d'apporter la preuve de sa nationalité française. Si elle soutient que son fils aurait la nationalité française H filiation paternelle, elle ne produit que la copie du livret de famille de M. C qui mentionne A comme premier enfant de l'intéressé et la requérante comme mère de l'enfant et la copie de la carte nationale d'identité française de
M. C, né le 2 mai 1985 à Kinshasa en République démocratique du Congo, délivrée le
22 août 2018 H le sous-préfet du Raincy. Ces éléments ne sauraient suffire à établir la nationalité française de M. C et, H suite, que son fils a, H filiation paternelle, la nationalité française. Au surplus, la préfète du Loiret produit le procès-verbal, en date du
10 octobre 2002, de notification d'une décision refusant la délivrance de la nationalité française à M. C H le greffier en chef du tribunal d'instance de Montmorency. Dans ces conditions, la question de la nationalité française du père du fils de la requérante et celle de son fils ne soulevant aucune difficulté sérieuse, la requérante, qui ne justifie pas être la mère d'un enfant français, ne peut prétendre au bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue H la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. La requérante se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'elle vit avec un ressortissant français, M. F, qu'ils ont des projets matrimoniaux et la date de leur mariage est fixée au 20 août 2022 à la mairie d'Orléans, qu'elle est mère de deux enfants mineurs nés le 30 décembre 2015 et le 17 juillet 2017 dont la situation est indissociable de la sienne, que l'enfant français sera séparé de son père vivant en France alors qu'il a le droit de vivre auprès de ses deux parents, que ses enfants ont toujours vécu avec elle depuis son entrée en France et que leur vie privée et scolaire est en France. Toutefois, elle est entrée très récemment en France et s'est maintenue sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelles dont il est fait état au point 1. Sa relation avec M. F est très récente. H ailleurs, si elle soutient qu'elle doit rester sur le territoire national pour que son second fils A, de nationalité française, puisse vivre à la fois avec son père et sa mère, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'elle ne justifie pas que le père de son fils a la nationalité française et il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que le père de l'enfant contribue effectivement à son entretien et à son éducation. En outre, il ressort des écritures de la requérante que l'enfant vit avec elle depuis sa naissance. L'intéressée ne fait état d'aucune autre intégration particulière sur le territoire français alors qu'il n'est pas contesté qu'elle n'est pas dépourvue de tout lien dans son pays d'origine et que la situation de ses deux enfants est indissociable de la sienne. Enfin, rien ne fait obstacle à ce que ses enfants l'accompagnent dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions de séjour en France de l'intéressée et de ses enfants et du caractère récent de ce séjour, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En cinquième lieu, si la requérante fait valoir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine. H suite et en tout état de cause en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.
11. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus, le moyen de la requérante tiré de ce que l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peut être accueilli.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme G doit être rejetée y compris, H voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée H Mme G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G et à la préfète du Loiret.
Rendu public H mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel E
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026